Journal de mon troisième voyage d'exploration dans l'empire chinois








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saules, le troëne japonais, le paulownia des cyprès de trois espèces, le cryptomeria, le chamœrops chinois ; puis des magnolia, des azalées, des rosiers divers, etc. Le quartier américain, qui est à l'extrémité septentrionale, est le moins remarquable.

D'après ce que j'entends dire, le total de tous les Européens de Changhay n'atteint pas le chiffre de dix mille ; mais le nombre des Chinois qui vivent avec eux et dans leurs maisons (qu'ils louent) est de beaucoup plus considérable. En général, les Occidentaux vivent dans le luxe et entretiennent un personnel nombreux de p1.023 domestiques. Aussi plusieurs d'entre eux renoncent-ils à retourner dans leur patrie où ils ne pourraient plus faire les grands seigneurs.

A Ning-po, les habitations européennes, en petit nombre et peu importantes, sont distribuées confusément sur la rive occidentale du fleuve. Le consulat français est plus loin, dans un lieu isolé ; il est vide, hélas ! et d'ailleurs, en dehors des missionnaires français, il ne reste plus qu'un seul de nos compatriotes dans cette grande ville.

Je trouvai M. Swinhoe paralysé, depuis plus d'un an déjà, de tout le côté gauche. Cela n'empêchait pas le zélé zoologiste de continuer à augmenter ses collections d'animaux, au moyen de chasseurs chinois grassement payés, et par le concours généreux des résidents anglais qui, presque tous, se font un devoir d'aider de leur mieux les recherches scientifiques de tout genre. C'est avec le plus grand étonnement que je vis dans ses tiroirs deux espèces nouvelles d'oiseaux des plus remarquables qu'il s'était procurés dans le voisinage de Ning-po : un faisan, aux couleurs étrangement distribuées (Phas. Ellioti) et un Eulophe (Pucrasia Darwini) ressemblant plus à l'espèce de l'Himalaya qu'à celle de Pékin. Il y avait encore deux oiseaux nouveaux pour la faune chinoise : le Garrulax Moniliger, déjà signalé au Népaul, et l'étourneau aux joues rousses du Japon (Lamprotornis pyrrhogenys).

La vue de ces nouveautés ornithologiques, prises dans un pays ouvert depuis si longtemps au p1.024 commerce européen, la beauté du pays et les invitations de mes confrères m'engagèrent à faire quelques courses rapides dans l'intérieur de la province. J'allai d'abord à Fong-hoa, au sud et non loin de Ning-po ; et puis à Kiou-tcheou, au sud-ouest, près des frontières du Kiangsi.

C'est en bateau chinois que je me rendis à Fong-hoa ; le trajet n'est pas désagréable ; je le fis en un peu plus d'une nuit, par une série de canaux et de rivières qui communiquent entre eux au moyen d'écluses. Je trouvai là un très joli pays de montagnes s'élevant à mille ou douze cents mètres d'altitude et qui sont couvertes de bois taillis et de bambous splendides. Mais, quoiqu'il fit déjà chaud, la végétation n'y était pas très avancée pour la saison (fin de mars).

Les vallons étaient animés par de nombreux et bruyants oiseaux. Cependant je ne vis et ne capturai, de nouveau pour moi, que le Dendrocitta sinensis, sorte de geai à couleurs sombres et à queue allongée, qui a un gros bec un peu courbé au bout, et l'Athene Whiteleyi, jolie et gaie petite chouette, qui ne diffère de sa voisine indienne (Ath. cuculoïdes) que par de légères nuances.

Sous les frais ombrages des bambous gigantesques qui ornent tous les vallons, je vis voler, pour la première fois en Chine, une Anthocharis ressemblant à s'y méprendre à notre gracieuse Aurore de France, mais ayant la tache orangée du bout des ailes un peu plus étendue. Malheureusement, comme j'étais venu au Tché-kiang sans p1.025 l'intention d'y faire des collections d'histoire naturelle, je n'avais avec moi rien de tout ce qu'il faut pour capturer et conserver les insectes.

Rentré à Ning-po après quatre jours d'absence, j'en repartis le 2 avril pour une excursion plus lointaine, vers le sud-ouest de la province. Accompagné d'un vieux et bon chrétien de la ville, nommé A-lo, je m'embarquai sur une jonque chinoise assez commode, qu'on avait louée pour nous seuls, et je me dirigeai vers le couchant, par une série de canaux et de rivières à niveaux différents, lesquels me menèrent, en quatre jours et quatre nuits, près du grand fleuve de Han-tchéou, capitale du Tché-kiang.

Les canaux et les cours d'eau ne communiquent pas naturellement. Pour passer de l'un à l'autre, les barques toutes chargées sont hissées et précipitées, au moyen de câbles tirés par des buffles et enroulés à des cabestans, sur un sol rendu glissant par de la boue humide. Dans l'une de ces descentes les plus rapides, mon bateau mal manœuvré vint à se heurter contre une digue de pierre, et il nous fallut perdre une demi-journée pour faire les réparations indispensables.

Ayant changé d'embarcation et de direction, au cinquième jour, je quittai les canaux et je remontai la rivière vers le sud, niché parmi des ballots de coton. Le brave A-lo, qui avait eu l'adresse de louer à bon marché nos places dans cette grande barque, n'était pas embarrassé pour se procurer, chemin faisant, nos aliments : du riz, du bambou p1.026 frais et du poisson excellent. Mais sa cuisine n'était pas savante, et il préparait tout bouilli à l'eau et assaisonné de jus salé de gingembre, condiment excitant, mais trop échauffant pour moi. En remontant le fleuve, je vis plusieurs fois sur des plages isolées des échassiers que je reconnus pour des Ibis, mais dont la couleur cendrée me frappa d'étonnement.

Après le premier jour de navigation, ce cours d'eau devient moins considérable ; il offre plusieurs rapides qui sont moins dangereux qu'ennuyeux, pour la perte de temps qu'ils occasionnent, et qui n'ont rien de comparable avec les effrayantes cataractes du Yang-tsé supérieur, que j'ai franchies jadis.

C'est le 11 avril que j'arrivai sous la ville départementale de Kiou-tcheou ; j'y quittai la barque pour aller passer la nuit dans une maison chrétienne, située dans l'intérieur des murailles. Le lendemain, après avoir célébré les saints mystères dans la petite chapelle catholique (quoique je n'en parle guère dans mes journaux, il est bien entendu que mes courses de naturaliste ne me dispensent point des obligations religieuses de mon état), je me transportai à Che-léang, à une lieue ou deux au nord de la ville, sur la rive droite de la rivière. Je séjournai chez les braves chrétiens de ce village et de Tché-san jusqu'au 28 du même mois, et je rentrai à Ning-po le 5 mai. J'avais fait cette excursion dans la mon des pluies p1.027 du printemps, et j'avais perdu plusieurs journées précieuses, à cause du mauvais temps.

La région entre Ning-po et Han-tchéou est toute plane ; mais, çà et là, les canaux passent à peu de distance de plusieurs jolies petites collines, qui m'ont paru être basaltiques et porphyritiques. On voit les porphyres dominer encore, en remontant le grand fleuve (dont mes Chinois n'ont pu me dire le nom propre). Plus haut se montrent des grès gris et rougeâtres, assez semblables à ceux qui forment une partie du Setchuan ; et, à l'ouest de Kiou-tcheou, près de Che-léang, reparaissent les roches porphyritiques, En continuant à monter le long de la rivière, on trouve vers Tché-san des conglomérats contenant des cailloux de calcaire bleu ; et, à quelques lieues plus haut, s'exploite une pierre à chaux de la même couleur, tout près de la frontière du Kiangsi. On me dit qu'il y a une mine de bonne houille, exploitée au sud, non loin de la ville de Kiou-tcheou, et que des puits d'eau salée sont utilisés, vers l'intérieur de cette portion méridionale de la province.

A l'exception de la fertile plaine du nord du Tché-kiang, tout le reste du pays est montueux ; au sud-ouest, j'ai vu des montagnes qui paraissent avoir de deux mille à trois mille mètres d'altitude. J'entends même dire qu'il y en a de plus considérables sur les frontières du Fokién.

Pendant cette excursion improvisée à la hâte, dépourvu des instruments nécessaires et muni de vêtements chinois d'emprunt et d'un fusil prêté p1.028 par un indigène, je n'ai pu faire une grande récolte d'objets d'histoire naturelle. Toutefois mon temps n'a pas été perdu. L'une de mes intéressantes captures est celle d'un Ibis, qui a la taille, les proportions et une partie des couleurs roses de l'Ibis nippon, mais qui diffère de l'espèce de Pékin par les teintes cendrées de toutes les parties supérieures du corps. Serait-ce une race locale constante, une forme distincte de l'oiseau du Japon décrit par Temmink ?

Cet oiseau est permanent au pays, et il niche régulièrement sur les grands pins des sépultures, près de Kiou-tcheou et dans plusieurs autres localités. On le nomme Houy-ho (grue cendrée), et l'on ne connaît dans cette région que cette variété grise. Mes deux exemplaires de cette curieuse race, pris dans leurs nids et sur leurs petits, sont bien certainement des adultes ; cela se reconnaît d'ailleurs à l'absence des taches noirâtres qui salissent toujours le bout des grandes rémiges des sujets plus jeunes.

Les petits étaient deux par nid ; ils étaient couverts d'un duvet grisâtre et avaient le bec court et droit encore. Leurs parents étaient obligés de veiller sans cesse et à tour de rôle sur leurs nouveau-nés, pour les protéger contre la rapacité d'un couple de milans (Milvus melanotis), qui nichait aussi sur le même grand arbre.

Ces ibis se voient, hiver et été, sur les rizières et le long des cours d'eau, chassant aux petits poissons et aux sangsues. Quand ils volent, ils p1.029 poussent un cri monosyllabique, très sonore, qui a quelque analogie avec le croassement du corbeau.

Je capturai encore le Dicrurus leucogenys, joli Drongo d'un cendré clair et à l'œil couleur de feu, et un autre oiseau, nouveau pour moi, le Volvicivora melaschistos, qui a la taille et les couleurs de l'espèce précédente, mais qui en diffère par la forme de sa queue, arrondie au lieu d'être fourchue, et par les notes sonores de sa voix, qui méritent le nom de chant. Le premier de ces oiseaux insectivores voyage jusqu'à Pékin et en Mantchourie, tandis que le second ne dépasse guère les latitudes voisines des tropiques.

L'Hypsipetes leucocephalus, sorte de loriot noir, avec la tête blanche, le bec et les pattes rouges, était très abondant au pays. Il volait rapidement en petites troupes, à la recherche de baies sauvages, pendant que le Pericrocotus cantonensis fréquentait surtout le haut des grands camphriers, donnant la chasse aux chenilles, aux papillons et aux mouches. On sait que les gobe-mouches de ce genre sont munis d'une assez longue queue cunéiforme, et ornés pour la plupart de rouge flamboyant. L'espèce que j'ai nommée et le Pericrocotus cinereus, de Chine aussi, diffèrent de leurs congénères par leurs humbles couleurs cendrées, mais point par leur voix ni par leurs mœurs.

J'acquis aussi une paire de Ceryle lugubris, ce gros et rare martin-pêcheur aux teintes soyeuses, qui n'a été jusqu'ici signalé qu'au Japon, ainsi p1.030 que l'Halcyon pileatus, cet autre ravissant martin-chasseur au gros bec rouge et au dos d'azur, qui pousse jusqu'à Pékin ses pérégrinations d'été. Les deux Ixos (sinensis et xanthorrhous) étaient très abondants partout, de même que le chanteur favori des Chinois, le Hoamy ou Leucodioptron sinense.

Parmi ces intéressantes montagnes de Kiou-tcheou, j'abattis, sans pouvoir m'en emparer, un oiseau inconnu, gros comme un geai, à queue carrée, et ayant un bec court et rouge ; il paraissait tout noir, à l'exception de la poitrine, qui était cendrée. Il avait un cri en deux notes, monotone et triste, qu'il faisait entendre pendant des heures, du milieu des arbres où il se tenait caché. Je ne pense pas que ce fût un Eurystomus orientalis, ou Rolle, qui a les mêmes dimensions, mais le plumage bleu : je connais très bien ce dernier oiseau, que j'ai eu à Pékin même.

Je rencontrai encore dans la même contrée montueuse un rapace, qui n'a pas été précédemment signalé en Chine : c'est l'Elanus melanopterus, sorte de petit milan d'un cendré clair, qui vit dans l'Inde et l'Afrique, et qui s'égare parfois jusqu'en Europe. Un couple de ces oiseaux avait établi son nid au haut d'un immense camphrier, mais mon mauvais fusil ne parvint pas à en abattre un.

Je vis aussi là un gros Spizaetos, ou aigle huppé, aux couleurs brunâtres, qui vint fondre comme la foudre sur un pauvre Sciurus griseipectus, que je guettais inutilement depuis un quart p1.031 d'heure. Ce bel écureuil est le seul du pays, et il est assez abondant sur les vieux arbres de Che-léang ; il est d'un roux rouge en dessous, et gris-brun en dessus.

En gravissant une grande montagne, qui est à une demi-journée à l'ouest de ce village, j'eus la chance de faire voler une Eulophe à joues noir et blanc, que je crus être de l'espèce que M. Swinhoe venait de décrire ; mais je dus me contenter de l'émotion d'avoir vu un oiseau nouveau !

L'autre seul gallinacé connu au pays est le faisan ordinaire de Chine, dont le collier blanc est ici toujours interrompu devant et derrière le cou.

En m'approchant de Han-tchéou, pendant mon voyage de retour, je fus étrangement surpris d'apercevoir un couple de ces milans roux, à tête et poitrine blanches (Haliastur indus), qui tournoyaient sur le grand fleuve, au-dessus de ma tête. C'est un fait nouveau et digne d'être noté que les pérégrinations si lointaines de cet oiseau de proie, commun dans les ports de l'Inde, mais qui n'avait jamais été observé dans des parages si septentrionaux.

J'ajouterai enfin, pour consigner ici toutes mes observations ornithologiques, que je me procurai dans cette excursion le Lusciniopsis canturiens, ce parent éloigné de notre rossignol, qui faisait entendre son monotone petit couplet de dessous tous les buissons, de concert avec un autre congénère en qui j'ai cru reconnaître le Lusc. brevipennis, de Moupin. En fait d'oiseaux de rivage, je p1.032 capturai le nouvel Ægialites Hartingi, que j'avais eu précédemment à Pékin et ailleurs, et je trouvai abondamment, dans toutes les rizières du pays, la poule d'eau à poitrine blanche (Gallinula phœnicura), qui montait au soir sur les arbres pour y crier à son aise, tandis que le gros Gallicrex cristatus faisait entendre sa profonde et altisonnante voix du milieu des herbes aquatiques. La grande et la petite aigrettes et l'élégant Ardeola prasinosceles étaient communs aussi, et je vis le héron cendré nichant en nombreuse compagnie sur le sommet plat et nu d'une vieille tour.

En fait d'autres animaux, outre quelques poissons et un gros scinque aux flancs marqués de rouge, je pris plusieurs exemplaires d'un Triton fort intéressant, que je pense être nouveau pour les naturalistes : j'en envoyai la description à Paris. Cette petite salamandre, que je nomme Triton orientalis, est noirâtre en dessus et rouge en dessous ; je ne l'ai rencontrée que dans quelques mares de Tché-san. A mon arrivée, M. Swinhoe me montra la figure et la diagnose d'un Triton ou Cynops provenant de cette ville : mais ce batracien diffère du mien par une taille bien plus forte et par les couleurs inférieures, qui sont rouges.

Un autre animal dont je dois parler ici, c'est une énorme tortue fluviatile que j'aperçus dormant sur un rocher à fleur d'eau, en descendant la rivière de Kiou-tcheou. Les Chinois du pays lui donnent le nom de La-tè-yu, et ils soutiennent p1.033 qu'il y en a de plus d'un mètre de long ! C'est peut-être le Chitra indica, que Gray indique en Chine, je ne sais d'après quelles preuves.

Les habitants de ce district du Tché-kiang chassent peu ou point. Ils me disent que l'automne et le commencement de l'hiver sont la bonne saison pour se procurer les animaux, et qu'alors le temps est constamment beau. La
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