Littérature québécoise








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Je n’ai pas tué


Le Manchot retourna dans la salle no 4. Candy était penchée sur le lit et causait gentiment avec la malade.

– Ah, vous voilà !

Candy faisait des signes de la main au Manchot.

– Elle est prête à vous parler, mais soyez plus calme avec elle. Vous feriez peur à n’importe quelle femme. Je lui ai dit que la police était en route pour ici, qu’on voulait l’arrêter et l’accuser de meurtre. Je lui ai dit que vous étiez le seul à pouvoir l’aider mais qu’il y avait pas une minute à perdre et qu’elle devait tout dire, peu importe ce qu’elle avait promis à son mari.

Cette fois, beaucoup plus calme, Robert Dumont approcha une chaise, s’assit près du lit et prit la main de Marianne.

– Candy a raison, j’ai été malhabile, tantôt. C’est votre mari qui vous a fait promettre de garder le silence ? Si vous vous obstinez, vous vous retrouverez derrière les barreaux et moi, j’aurai beaucoup plus de difficulté à mener mon enquête.

Marianne murmura :

– Je ne me souviens pas de tout. C’est vague... Euclide vous renseignerait mieux que moi...

– Nous allons commencer par le tout début. Hier soir, au commencement de la soirée, Euclide vous a téléphoné. Vous aviez parlé à votre sœur, à votre mari...

– Oui et ils n’ont rien compris. Ils croient que... Victor et moi...

Elle avait des sanglots dans la voix. Patiemment, le Manchot continua l’interrogatoire.

– Euclide vous a fait promettre de vous coucher. Vous l’avez fait ?

– J’ai pris deux séconals. Je ne parvenais pas à dormir, alors j’en ai pris une autre. Je ne pensais qu’à Victor qui risquait de briser toute ma vie. Brusquement, j’ai pris ma décision. Je me suis levée. J’étais étourdie, je marchais comme... comme...

– Comme une automate ?

– Oui, comme en rêve. J’ai pris mon pistolet. Je voulais aller tuer Victor. Je suis sortie de la maison. J’ai pris un taxi... je ne sais pas si j’ai donné la bonne adresse. J’ai marché aussi... il faisait froid, il neigeait.

Le Manchot avait hâte de savoir.

– Vous êtes montée à l’appartement de Gauvin ?

– Oui, je me suis annoncée. Au début, il semblait ne pas vouloir me recevoir. Je lui ai dit que c’était important... qu’il s’agissait d’une question de vie ou de mort.

– Et vous êtes entrée ?

– Oui. Nous avons discuté, je ne me souviens plus très bien. Mais à un moment, j’ai sorti mon pistolet... et puis, il y a eu le coup de feu. J’ai vu Victor tomber. Je suis devenue tout étourdie... j’ai perdu conscience...

– Donc, vous l’avez tué ?

– Non ! cria-t-elle. Non, je n’ai pas tiré, je vous jure que je ne l’ai pas tué. J’ai ouvert les yeux, j’ai vu qu’il était mort... J’avais toujours mon arme à la main. Mais toutes les balles étaient là, les six balles. Je ne l’ai pas tué.

Et elle se mit à pleurer.

Le Manchot la laissa se calmer avant de demander :

– Vous êtes sortie de l’appartement... vous vous êtes sauvée ?

– Je ne sais pas... Le pistolet... oui, mon automatique... Je devais m’en débarrasser... Je ne me souviens plus... J’ignore ce que j’en ai fait. J’avais froid... et Euclide était là, près de moi.

– Euclide ?

– Oui. Il me questionnait, mais je ne pouvais pas répondre. Il m’a fait monter dans un taxi et... je ne sais plus... quand j’ai repris conscience, j’étais chez lui. Là, j’ai conté tout ce qui s’était passé, je m’en souviens. Et Euclide m’a rassurée, il m’a dit que si je n’étais pas coupable, on ne pourrait pas m’accuser. Et il est venu me reconduire à la maison. Bernard était là.

– Dans la maison ?

– Je ne sais pas, je ne sais plus. Je ne suis pas certaine... je crois qu’ils m’ont donné des somnifères... je ne sais plus... J’ai fait un rêve, je crois... Je ne pouvais pas dormir... alors, j’ai pris d’autres pilules... quatre ou cinq.

Candy se pencha vers le détective Marois.

– Maintenant, ça explique tout, murmura-t-elle. Elle avait pris des somnifères avant d’aller chez Gauvin, ensuite son mari, ou le bonhomme à la pipe, lui en a donné d’autres et elle en a repris...

Le Manchot, pendant ce temps, continuait :

– Quand vous êtes-vous réveillée ?

– Ici, à l’hôpital. J’ignore ce qui s’est passé, mais je ne l’ai pas tué... Je n’ai pas tué Victor Gauvin.

Le détective Marois s’approcha.

– Je crois qu’elle est fatiguée. Et puis elle vous a dit tout ce qu’elle savait.

Le Manchot se leva brusquement.

– Il faut que je donne un coup de fil.

Il retourna au téléphone public, dans le corridor de l’hôpital. Il composa un numéro, puis :

– Je voudrais parler à monsieur Euclide Raymond, de la part du Manchot.

Quelques secondes plus tard, il reconnut la voix de celui que Marianne considérait comme son père.

– Qu’est-ce qui se passe ?

– Pourquoi ne m’avez-vous pas dit toute la vérité, monsieur Raymond ? J’ai pourtant insisté... je vous ai dit qu’on ne devait pas me prendre pour un imbécile.

– Mais, je ne comprends pas...

– Finie la comédie ! Marianne a tout raconté. Je ne veux savoir que deux choses.

– Marianne vous a dit que...

– Elle a tout dit. Elle est plus intelligente que vous et que son mari. Elle a compris qu’il ne servait à rien de mentir. Tout d’abord, lorsque vous avez ramené Marianne chez elle, son mari, qui était près de la maison, est entré avec vous. Avez-vous donné des somnifères à madame Tanguay ?

– Oui, deux séconals. C’était normal, elle était à bout...

– Seconde question, quand elle s’est endormie, vous et Tanguay, qu’avez-vous fait ?

– J’ai entraîné Bernard à l’extérieur, je lui ai conté tout ce que je savais. Ensuite, je suis rentré chez moi. Bernard, lui, a préféré dormir dans sa voiture. Il ne voulait pas déranger sa femme.

– Cette visite dans la maison, avec Marianne, puis votre entretien avec Tanguay, ça a duré longtemps ?

– Je ne sais pas, trente, quarante minutes, peut-être.

Le Manchot réfléchit, puis :

– Monsieur Tanguay est à son bureau, présentement ?

– Oui. Il est arrivé, il y a quelques minutes.

– Rejoignez-le. Entrez également en communication avec Lorraine et son jeune ami, Lionel Riendeau. Je vous attends tous à l’hôpital.

– À l’hôpital ? Mais pourquoi ?

– Il est grandement temps de mettre un terme à toute cette affaire.

Euclide demanda, surpris :

– Dites-moi pas que vous savez qui a tué Gauvin !

– Oui, je le sais ; du moins, je crois le savoir. Il me manque certains détails et, surtout, des preuves. Mais, j’en trouverai bien. Ce qu’il y a d’ignoble, dans cette affaire, c’est non seulement d’avoir tué Gauvin, mais d’avoir laissé tomber les soupçons sur Marianne. Mais un assassin ne pense pas à tout, il commet des erreurs impardonnables.

– Que voulez-vous dire ?

– Vous comprendrez, tantôt. Je vous attends, tous les quatre, n’est-ce pas ? La police officielle sera ici. Quand j’en aurai terminé avec l’assassin, le détective Sirois n’aura plus qu’à faire son devoir.

Et le Manchot raccrocha.

– Robert ! Vous allez me dire qui a tué ?

Dumont se retourna. Il n’avait pas remarqué que Candy l’avait suivi dans le corridor. Elle avait dû tout entendre.

– J’aimerais tellement le savoir avant les autres... surtout avant ce grand escogriffe de Beaulac. Ça lui en boucherait un coin si je lui laissais croire que j’ai trouvé le coupable.

Le Manchot eut un petit sourire narquois :

– Mais tu pourrais l’avoir trouvé, tout comme moi. Tu en sais aussi long que moi. Il y a certaines questions que tu dois te poser ; et si tu y réponds, tu connais l’assassin.

– Quelles questions ?

Le détective n’eut pas à répondre, car juste à ce moment il vit Michel Beaulac qui marchait vers lui dans le corridor. Il était accompagné du détective Sirois, un colosse d’une quarantaine d’années qui tendit la main au Manchot.

– Salut, Bob. Comment allez-vous ?

– Bien. Je suppose que Michel vous a raconté le gros de l’histoire ?

– Oui, mais tout ce que je sais maintenant, c’est que nous avons cinq suspects de plus.

Le Manchot le rassura :

– Ça ne durera pas. Tout d’abord, je voudrais savoir si vous soupçonnez encore l’épouse de Gauvin et son concubin, dont j’ignorais l’existence.

Tout le groupe pénétra dans la salle d’attente, attenante à la pièce où reposait la malade. Marois et Sirois se saluèrent, puis le Manchot et les deux détectives se retirèrent à l’écart. Candy en profita pour s’approcher de Michel.

– Tu sais quoi ? Robert et moi, on va faire coffrer l’assassin.

– Pour ça, faut d’abord le démasquer. J’ai ma petite idée, là-dessus.

– Moi aussi, mon grand. J’ai fait part de mes déductions à Robert, on a eu seulement à tirer les conclusions pour tout comprendre. C’était facile. Il s’agissait simplement de se poser certaines questions.

– Quelles questions ? demanda Michel.

– Les hommes sont tous les mêmes, soupira Candy. Il faut leur donner ça tout cuit dans le bec. Ils sont incapables de faire un effort. Tout à l’heure, tu as dit que mon intelligence baignait dans la graisse...

– Je plaisantais.

– Eh bien, maintenant, trouve-les toi-même, les questions. Tu apprendras la vérité lorsque... lorsque Robert et moi, nous aurons décidé de la dire, pas avant.

Une infirmière apparut et coupa court à toutes les conversations.

– Je tiens à vous prévenir. Nous avons une chambre privée pour madame Tanguay ; on va la transporter d’un instant à l’autre.

Et elle donna le numéro de la chambre.

– Marois, fit le Manchot, vous resterez ici et lorsque la famille viendra, le mari, la sœur, les autres, vous les ferez tous monter à la chambre.

Puis, se tournant vers Sirois, il demanda :

– Alors, si vous me parliez de cette dame Gauvin ?

– Elle n’a rien à voir avec le meurtre de son mari. Depuis qu’elle est séparée de son époux, elle vit avec un type qui a de l’argent. Gauvin l’a appris et il a cherché à soutirer de l’argent au mari. Ils ont eu de violentes discussions, ça a attiré l’attention des voisins. C’est comme ça que j’ai appris l’existence de cette dame Gauvin.

– Mais vous dites qu’ils n’ont rien à voir avec la mort de Victor Gauvin ?

– Non. Hier soir, le couple était à l’extérieur de Montréal. C’est pour cette raison que j’ai eu de la difficulté à les rejoindre. Ils ont passé la nuit chez des amis. Il y avait une fête. Une dizaine de personnes peuvent leur servir d’alibi. D’ailleurs, depuis que Beauséjour, l’amant de l’ex-madame Gauvin, a menacé Gauvin de le faire arrêter pour chantage, comme tous les faux braves de cette espèce le salaud n’a plus donné signe de vie.

– Deux suspects en moins ! conclut le Manchot.

– Il en reste cinq !

– Pas pour longtemps.

Candy, qui était sortie en même temps que l’infirmière, revint pour annoncer :

– Madame Tanguay est rendue à sa chambre. Si vous voulez me suivre, messieurs, je vais vous indiquer le chemin.

Michel passa le premier. Le Manchot suivait avec le détective Sirois, pendant que Marois restait de faction près de la salle no 4, attendant l’arrivée d’Euclide et de son groupe.

– Dis donc, Robert... cette fille n’a pas déjà fait partie de la police ?

– Oui, je l’appelais Candy !

– Je me souviens d’elle, fit Sirois. Dis-moi pas qu’elle travaille pour toi ?

– Pourquoi pas ?

Sirois haussa les épaules :

– C’est un genre... Enfin... quand elle a été en service... disons qu’elle avait la cuisse légère.

Le Manchot ne put s’empêcher de rire.

– Avoue que c’est tout un exploit.

– Quoi donc ?

– Avoir la cuisse légère... avec son poids !

*

Le Manchot, Candy, Michel et le détective Sirois attendaient dans une sorte de salon, au bout du corridor. On était en train d’installer Marianne Tanguay dans sa chambre.

Une infirmière parut, regarda les trois hommes, puis :

– La malade est installée, fit-elle, mais je me demande si je dois prévenir le médecin.

– Pourquoi ?

– Elle est très nerveuse. Je crains une dépression. Par trois fois, elle m’a dit : « Je ne l’ai pas tué. Il ne veut pas me croire. Je suis innocente, je ne l’ai pas tué. » Je lui ai demandé qui ne voulait pas la croire et elle m’a répondu : « Le Manchot. »

Dumont réfléchit quelques instants.

– Je ne veux surtout pas qu’elle dorme, déclara-t-il enfin. Vous pouvez lui donner un calmant, mais dites bien au médecin qu’il faut qu’elle reste éveillée. Vous verrez, bientôt elle sera beaucoup plus calme.

– Je vais faire mon rapport au médecin.

Michel s’approcha du Manchot.

– Vous croyez réellement que c’est elle qui a tué Victor Gauvin ?

– Pourquoi dis-tu ça ? Puisqu’elle déclare qu’elle ne l’a pas tué, c’est peut-être la vérité. Jamais je croirai que dans ce groupe, il n’y a pas une seule personne de franche.

Michel n’en savait pas plus long, d’autant plus que Candy s’amusait à se moquer de lui.

– La vérité, Michel, voilà tout ce qui compte, disait-elle en riant. Discerner le vrai du faux... Mais toi, tu n’as pas l’intelligence du Manchot... ou l’intuition des femmes.

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