Littérature québécoise








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Un beau salaud


Michel Beaulac entra dans le bureau de Robert Dumont. Pour la première fois depuis des semaines, Dumont lui avait dit bonjour. C’était bon signe.

– J’ai une histoire à te conter, Michel. Puis, plus tard, je te présenterai notre nouvelle employée.

– Carabine ! Dites-moi pas que vous avez encore changé de secrétaire ?

– Non, Rita reste avec nous. Elle fait du bon travail.

Et le Manchot lui conta l’histoire de Candine Varin.

– Comme elle a un curieux de prénom, nous continuerons à l’appeler tout simplement Candy.

Et lorsqu’il eut terminé son récit, le Manchot déclara :

– Je vais permettre à cette fille de satisfaire son rêve. Elle va travailler pour nous. Elle servira d’adjointe à Rita, mais sera également détective. Elle dirigera des enquêtes, comme toi et moi. Une chose est certaine, elle a suffisamment de cran pour réussir dans le métier, et il n’y a pas un homme pour l’impressionner ou lui faire peur.

– Elle est venue s’offrir, comme ça ?

– Elle a cru le moment propice.

Le Manchot ajouta, à voix plus basse :

– Elle a lu dans les journaux l’histoire de Nicole. Certains journalistes ont parlé de moi, disant que, je souffrais de dépression, que personne ne pouvait demeurer à mon emploi. Alors, elle a cru que c’était le bon moment et, tu vois, je l’ai engagée.

Quelques minutes plus tard, Candy arrivait. Michel ne put s’empêcher de dire au Manchot :

– C’est tout une femme... et très jolie.

– Eh bien, je te préviens, tu fais mieux de tenir ta place, car elle pourrait facilement te mettre knock-out.

Ce jour-là, le Manchot sortit enfin pour s’occuper personnellement d’une enquête. L’homme reprenait goût à la vie.

Et c’est pendant son absence qu’Euclide Raymond se présenta au bureau.

– Monsieur, que puis-je faire pour vous ? demanda Rita.

– Écoutez, mademoiselle, ça fait plusieurs fois que j’appelle pour obtenir un rendez-vous avec monsieur Dumont. Il me connaît. On me dit toujours qu’il va me rappeler. J’ai beau mentionner que c’est urgent, il ne me rappelle pas. Eh bien, aujourd’hui, j’ai pris ma journée et je ne partirai pas d’ici avant de l’avoir vu !

– Vous êtes monsieur ?

– Raymond, Euclide Raymond. Ce doit être à vous que j’ai parlé...

– Oui, je me souviens. J’ai transmis votre message à monsieur Dumont. Malheureusement, il a dû oublier. Il est très occupé, vous savez et...

– Occupé ! Un appel, ça ne prend pas un an. Je vous dis que je ne partirai pas d’ici avant de l’avoir vu.

– Mais il est absent présentement, et je ne sais pas au juste quand il reviendra.

Euclide donna un coup de poing sur le comptoir.

– Je ne vous crois pas. Qu’est-ce qu’il attend pour me recevoir ? Qu’il y ait eu un meurtre ? C’est justement ce que je veux empêcher.

Juste à ce moment, Euclide vit la belle blonde, assise au fond du bureau, se lever.

– Laissez, Rita, je vais m’occuper de monsieur.

Puis, s’adressant à Euclide :

– Tout d’abord, je suis pas sourde. Donc, inutile de crier. Vous allez me raconter, calmement, ce qui vous arrive et...

– C’est pas vous, Robert Dumont ! C’est lui que je veux voir, personne d’autre.

– Écoutez, mon petit bonhomme, fit Candy en perdant patience, si monsieur Dumont recevait personnellement tous les gens qui appellent et qui se disent ses amis, il passerait ses journées en entrevues et ne pourrait jamais mener à bien ses enquêtes. S’il fallait tous vous écouter, nous n’aurions que du travail très urgent. Alors, êtes-vous décidé à me conter ce qui vous arrive ?

Comme Euclide ne répondait pas, Candy se tourna du côté de Rita.

– Je vais prendre le bureau de monsieur Robert. Si vous voulez bien me suivre, monsieur.

Mais, brusquement, Euclide s’assit dans un fauteuil réservé aux visiteurs.

– Non, je ne vous suivrai pas. Je préfère attendre. C’est à monsieur Dumont que je veux parler !

– Allons, qu’est-ce qui se passe ici ? Dans le brouhaha personne n’avait entendu la porte s’ouvrir.

Euclide se retourna et s’écria :

– Mais c’est vous, le Manchot ! Je vous reconnais, vous n’avez pas changé du tout. Vous vous souvenez de moi ?

– Je regrette, monsieur, mais je rencontre tellement de gens... S’il fallait me souvenir de tous les visages...

– Comment, dites-moi pas que vous avez oublié Marianne Tanguay ? C’est vrai qu’à ce moment-là, elle ne se nommait pas Tanguay. C’était mademoiselle Prince, de la compagnie Prince.

– Mais oui, je me souviens, maintenant.

Le Manchot remercia Candy et fit passer le brave homme dans son bureau.

– Vous savez, je n’ai pas changé mes habitudes. Je fume toujours la pipe. Vous permettez ?

– Certainement.

Pendant qu’Euclide chargeait sa pipe de bon tabac canadien, le Manchot expliqua :

– J’aurais dû vous téléphoner. Mais j’ai passé par une très mauvaise période. J’oubliais tout, je ne travaillais plus. Remarquez que je ne cherche pas une excuse...

– Je vous comprends. Moi aussi, je suis passé par là, il y a une dizaine d’années, quand j’ai perdu ma femme. C’est pas trompant, je voulais mourir. Je ne me voyais pas vieillir tout seul. J’avais oublié que de bons amis m’entouraient : une autre famille, monsieur Prince et ses deux filles, Marianne et Lorraine.

Après que le bonhomme eut enfumé la pièce en allumant sa pipe, le Manchot déclara :

– Je crois me souvenir exactement de l’affaire Prince. Est-ce que votre visite concerne encore cette affaire ?

– Comment, si elle la concerne ! C’est toujours la même histoire qui se continue. Le même beau salaud, Victor Gauvin, le fameux comptable qui aurait dû échouer derrière les barreaux.

– Alors, avant de me dire ce qui se passe aujourd’hui, pourriez-vous me rafraîchir la mémoire ? Il s’agissait d’une histoire de détournements de fonds, n’est-ce pas ?

– C’est bien ça.

Et Euclide Raymond lui rappela ce qui s’était passé.

*

C’est Euclide Raymond qui s’était adressé à la police et qui avait demandé que l’on ouvre une enquête à la compagnie Prince.

– Je suis certain que mademoiselle Marianne se fait voler.

Et on avait confié cette enquête à Robert Dumont. Il s’agissait d’une affaire facile, une simple histoire de détournements de sorte que même avec son handicap on considérait que le Manchot pouvait la mener à bonne fin.

Euclide avait raconté au détective Dumont :

– Notre compagnie emploie de nombreux voyageurs. En plus de leur salaire, ces voyageurs ont un compte de dépenses. Le comptable l’étudie et, si c’est raisonnable, il prépare les chèques et mademoiselle les signe.

– Vous, monsieur Raymond, quel est votre emploi, exactement ?

– On m’a confié le poste de gérant, mais ça ne veut rien dire. Je suis le bouche-trou de la compagnie. Je fais le travail de messager, je m’occupe souvent des vendeurs, j’aide parfois à la comptabilité, ça m’arrive même de faire du ménage.

Mais, en fait, il était l’homme de confiance de la jolie Marianne Prince. La jeune fille avait pris la direction de la compagnie à la mort de son père ; mais elle était bien jeune. Elle faisait confiance à Euclide Raymond, le plus vieil employé de la compagnie, et au comptable Victor Gauvin, à son service depuis déjà cinq ans.

– En jetant un coup d’œil dans les livres, j’ai remarqué que les voyageurs ont reçu de gros chèques pour leurs dépenses. Je suis certain qu’avec monsieur Prince, ça n’aurait jamais passé.

– Qui a approuvé ces dépenses ?

– Mademoiselle Marianne, semble-t-il, puisqu’elle a signé les chèques. Mais voilà l’affaire : j’ai posé des questions à mademoiselle... sans trop l’inquiéter... Autrement dit, j’ai fait ma petite enquête et elle ne se souvient pas du tout d’avoir signé de tels chèques.

La situation était claire.

– Un employé de la comptabilité ferait des chèques aux noms des voyageurs, imiterait la signature de mademoiselle Prince et, ensuite, changerait ces chèques, dit le Manchot.

– C’est ce que je crois.

– Mais vous n’êtes pas nombreux dans cette compagnie ? Combien y a-t-il d’employés, à l’exception des vendeurs ?

– Nous sommes neuf seulement. Monsieur Gauvin, le comptable, a un assistant. Il est avec nous depuis six mois seulement. Il se nomme Bernard Tanguay. Ensuite, il y a le département de l’expédition. Un homme le dirige et il a deux employés sous ses ordres. Avec moi, ça fait six hommes, il y a deux jeunes filles qui travaillent dans le bureau et, enfin, mademoiselle Marianne. Donc, neuf en tout.

Robert Dumont avait compris que l’enquête serait facile.

– À l’exception de vous et des deux comptables, personne ne touche aux livres ?

– Personne.

– Vous soupçonnez quelqu’un ?

– Vous me placez dans une drôle de situation. Monsieur Gauvin travaille pour la compagnie depuis cinq ans. Quant au jeune Tanguay, il m’est bien sympathique. Il se confie souvent à moi.

Et Euclide avait avoué au Manchot que le jeune Tanguay était amoureux de Marianne.

– Mais il arrive souvent à mademoiselle de sortir avec monsieur Gauvin. Moi, je crois que le jeune Tanguay conviendrait mieux à mademoiselle. C’est plus de son âge. Mais Bernard trop timide. Je lui ai conseillé de suivre des cours de personnalité.

Dumont avait rapidement tiré ses conclusions. Il était clair qu’Euclide Raymond n’aimait pas beaucoup le comptable Gauvin ; par contre, son assistant lui était sympathique.

– Pouvons-nous sortir les livres de la compagnie ? Je suppose que vous désirez une enquête discrète ?

– La plus discrète possible.

Euclide pouvait sortir les livres de la compagnie, le vendredi ; mais il fallait absolument qu’ils soient en place le lundi matin.

L’enquête fut menée rapidement. Dumont alla questionner quelques vendeurs, des comptables experts scrutèrent les livres et la vérité éclata.

Quelqu’un avait imité la signature de Marianne Prince et plus de dix mille dollars avaient été détournés. En outre, les comptables et Dumont se rendirent compte que, du temps que monsieur Prince vivait, quelques faux chèques avaient également été faits. Ils étaient passés inaperçus car les montants étaient beaucoup moins élevés.

Puis, on confia à des graphologues professionnels la tâche d’étudier les fausses signatures et, bientôt, Robert Dumont eut en mains toutes les preuves nécessaires pour faire arrêter le comptable, Victor Gauvin.

Euclide Raymond avait fait venir le détective au bureau de Marianne. Il n’avait rien dit à la jeune directrice et ce fut le Manchot qui lui apprit la vérité.

– Non, non, je ne veux pas le croire ! s’écria-t-elle.

– Nous avons toutes les preuves.

– Et Victor disait qu’il m’aimait ! C’est incroyable. Il doit avoir une excuse.

– Allons donc, il a même volé votre père.

Marianne se résolut enfin à convoquer Victor Gauvin à son bureau. Lorsqu’il comprit qu’il était démasqué, l’homme ne broncha pas. Au contraire, il prit un petit air moqueur.

– Tout ça est ridicule, lança-t-il. Depuis quand accuse-t-on quelqu’un de se voler lui-même ?

– Comment ça, Victor, te voler ? avait demandé Marianne.

Et, à la grande surprise d’Euclide, Gauvin avait déclaré :

– Je serai le grand patron dans quelques mois, peut-être quelques semaines. Marianne et moi ne sommes pas encore mariés mais c’est tout comme, puisqu’elle est ma maîtresse.

Marianne se leva, blême, la mâchoire crispée.

– Salaud ! siffla-t-elle. Ce secret devait demeurer entre nous. Et dire que je croyais que tu m’aimais. Je mourrai vieille fille s’il le faut, mais jamais je ne serai ta femme, tu entends, jamais. Pars, va-t’en, je ne veux plus te voir la face !

Et la jeune fille avait fait une véritable crise de nerfs.

– Tu fais mieux de réfléchir, Marianne. Si tu me chasses, tu le regretteras. Tout le monde saura qui est cette fausse sainte nitouche qui se dit la patronne.

Mais Marianne avait tenu son bout et congédié Victor Gauvin sur-le-champ. Cependant, malgré les conseils d’Euclide et de Robert Dumont, pour éviter un scandale elle refusa de déposer une plainte contre l’homme qui avait été son amant.

*

– En réalité, monsieur Dumont, Marianne n’avait jamais aimé Gauvin. C’est lui qui avait su l’enjôler.

– Je me souviens d’avoir vu la photo du jeune Tanguay et de mademoiselle Prince dans les journaux.

Euclide esquissa un large sourire.

– Mes conseils ont porté fruit, vous savez. Bernard a pris des cours de personnalité. Il est devenu comptable en chef et, en moins de six mois, il a réussi à se faire aimer de mademoiselle. Maintenant, ils sont mariés. Ça, c’est de l’amour, monsieur !

Mais le Manchot se demandait, maintenant, pour quelle raison Euclide Raymond était venu lui rendre visite.

– Victor Gauvin a toujours dit qu’il se vengerait. Eh bien ! il vient de réapparaître dans le décor et, le pire, c’est que Marianne ne se doutait de rien.

– Comment ça ?

– Marianne a une jeune sœur, Lorraine, qui a passé presque toute sa jeunesse dans les couvents. Marianne a eu très peu de contacts avec sa sœur. Lorraine habite en appartement depuis un an. Elle a hérité de son père et possède des actions dans la compagnie, mais elle ne travaille pas. Elle dépense passablement. Il y a plus d’une semaine, Lorraine a dit à sa sœur qu’elle était amoureuse et qu’elle allait se marier.

Le Manchot bondit :

– Dites-moi pas qu’il s’agit du même homme ? Lorraine serait amoureuse de Victor Gauvin ?

– Vous avez deviné juste. Ce beau salaud s’est attaqué à la sœur de Marianne. Gauvin est un Don Juan, un beau parleur et la petite est tombée dans le piège. Marianne voudrait tout faire pour empêcher ce mariage.

– Justement, a-t-elle fait quelque chose ?

– Elle a rencontré Victor Gauvin. Il s’est moqué d’elle. Il l’a mise au défi de faire éclater la vérité. Il sait que Lorraine ne croira jamais sa sœur.

Robert Dumont resta un long moment sans parler. Il réfléchissait.

– Vous croyez que Bernard Tanguay est sérieux, qu’il adore sa femme ?

– Oui.

– Eh bien, elle devrait tout avouer à son mari.

Euclide bondit :

– Jamais ! Bernard adore sa femme, mais ce n’est pas un homme parfait. Pour se donner du cran, quand il a trop de travail ou quand il est fatigué, il prend un verre... parfois, un peu trop. Et quand il boit, il devient violent. Il perd la tête, il ne peut plus réfléchir. Il ne croira pas sa femme.

– Mais, puisqu’il l’aime, il doit avoir confiance en elle ?

– Il a confiance... mais il y a aussi les lettres.

– De quelles lettres voulez-vous parler ? demanda le Manchot.

– J’aurais dû vous le dire plus tôt, s’excusa Euclide. Quand ça allait bien entre Gauvin et mademoiselle, du temps qu’elle était sa maîtresse, il disait s’ennuyer beaucoup et il lui demandait de lui écrire presque tous les jours.

– Et elle l’a fait ?

– Non seulement elle l’a fait, mais ces petits mots d’amour, ces courtes lettres d’une maîtresse à son amant ne sont pas datés. Gauvin les a conservés précieusement et, si Marianne essaie d’empêcher le mariage avec Lorraine, il fera croire à tous que Marianne est toujours demeurée sa maîtresse.

Le Manchot avait de la difficulté à croire qu’il puisse exister des êtres aussi vils, aussi bas.

– Vous auriez dû voir madame Marianne. Je ne l’ai jamais connue dans cet état. Heureusement que j’ai pensé à vous.

– Comment ça ?

– Elle voulait revoir Gauvin et était prête à le tuer. Je vous le dis, elle avait perdu la tête. C’est pour cette raison-là que j’ai mentionné à votre secrétaire que c’était urgent.

À la grande surprise d’Euclide Raymond, le Manchot était très calme.

– Elle n’a plus à s’en faire, monsieur Raymond. Vous allez me donner l’adresse de Gauvin et j’aurai une petite conversation avec lui.

– Et vous croyez qu’il s’effacera, sans rien dire ?

– J’ai plus d’un tour dans mon sac, vous savez.

Il montra sa main gauche.

– Parfois, cette prothèse m’est très utile, c’est une bonne cachette.

– Comment ça ?

– Je peux y placer un micro miniature. Je pose mon bras sur le bureau et tout ce que Gauvin dira sera enregistré. J’irai le voir, sans témoin. Nous parlerons de ce qui s’est passé il y a deux ans. Il n’a aucune raison de me jouer la comédie, à moi. Sans aucun témoin, il parlera, dévoilera son jeu. Par la suite, je lui ferai savoir que tout ce qu’il a dit est enregistré et que cette conversation pourrait l’envoyer à l’ombre pour plusieurs années. Madame Marianne peut encore l’accuser de détournement. Avec l’enregistrement en mains, elle pourra dire l’exacte vérité à son mari et à sa sœur. Ils seront obligés de la croire.

Euclide paraissait soulagé.

– Espérons que ça marchera. Demain, je passerai voir Madame et je la rassurerai.

– Quant à moi, je ne prendrai même pas de rendez-vous avec Gauvin. Je l’attaquerai par surprise ; c’est encore le meilleur moyen.

Quelques instants plus tard, Euclide Raymond sortait du bureau. Il venait à peine de refermer la porte que Candy s’écria :

– Qu’est-ce que ça sent ici ?

Le Manchot se mit à rire.

– La pipe... le véritable tabac canadien.

Candy haussa les épaules.

– Pour moi, le bonhomme a dû le mélanger avec du fumier !

III



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