Recherches sur








télécharger 0.59 Mb.
titreRecherches sur
page1/16
date de publication06.10.2017
taille0.59 Mb.
typeRecherche
l.21-bal.com > histoire > Recherche
  1   2   3   4   5   6   7   8   9   ...   16


@

Jean-Pierre ABEL-RÉMUSAT

HISTOIRE DE LA VILLE DE KHOTAN

suivie de

Recherches sur

la pierre de iu




à partir de :

HISTOIRE DE LA VILLE DE KHOTAN

tirée des Annales de la Chine

et traduite du chinois

par Jean-Pierre ABEL-RÉMUSAT (1788-1832)

suivie de

Recherches sur la substance minérale appelée par les Chinois pierre de iu, et sur le jaspe des anciens.

Doublet, imprimeur, Paris, 1820, 258 pages.
Une première note sur les Recherches a été publiée dans le Journal des Savants, décembre 1818, pp. 748-757.

Édition en format texte par

Pierre Palpant

www.chineancienne.fr

juin 2014

TABLE DES MATIÈRES

Préface

Histoire de la ville de Khotan

Sous la dynastie des HanSous les seconds HanSous les Trois RoyaumesSous les TsinSous les LiangSous les 'Wei septentrionauxSous les Tcheou septentrionauxSous les SouïSous les ThangSous les seconds TsinSous les derniers HanSous les SoungSous les Ming.

Extrait de la Géographie des Ming, sur les montagnes et les rivières du pays de Iu-thian.

Extrait de la Géographie des Thsing.

Recherches sur la substance minérale appelée par les Chinois pierre de iu, et sur le jaspe des anciens.

§ I§ II§ III§ IV§ V§ VI.

À Monsieur le baron

A. BRUGUIÈRE DE SORSUM,

Membre de la Société royale des Sciences de Gœttingue, etc.

comme un tribut d'estime, d'amitié,

et de dévouement inaltérable



PRÉFACE

@

p.III Le morceau dont je publie la traduction est du nombre des matériaux que j'ai rassemblés pour servir à la rédaction de mes Recherches sur les langues tartares. Après en avoir tiré ce qui était relatif à la littérature, j'ai cru qu'on pourrait voir avec quelque intérêt la partie historique et géographique, qui était étrangère au plan de mon ouvrage sur les langues, et je me suis décidé à la traduire en entier.

En effet, de tous les pays sur lesquels les Européens n'ont encore aucun renseignement précis, et qui sont décrits par les géographes chinois, il n'y en a guère qui soient plus dignes de fixer notre attention que la contrée improprement nommée petite Boukharie, où sont situées les villes de Khotan, de Yerkiyang, et de Kaschgar ou Khasigar. On ignore encore si ce pays, qui a servi depuis longtemps de passage au commerce entre la Perse et la Chine, et p.IV qui a reçu de bonne heure les doctrines indiennes, a été primitivement peuplé par les Tartares, par les Hindous, par les Sartes ou les anciens Tadjiks. Toutes ces races mêlées paraissent s'y retrouver encore de nos jours ; mais il serait intéressant de connaître les circonstances qui les y ont conduites.

En particulier l'histoire de Khotan m'a semblé mériter d'être recherchée. On ne trouve guère que de simples mentions de cette ville dans les écrivains arabes et persans ; mais son nom revient souvent chez les poètes, parce qu'on tire de son territoire le musc, dont le parfum et la belle couleur noire fournissent tant de lieux communs à la poésie orientale. Khotan a d'autres titres à l'attention des historiens. Cette ville a été la capitale d'un État qui paraît avoir conservé son indépendance jusqu'à l'invasion des Mongols. Ses environs étaient couverts de monastères où les bouddhistes des pays plus orientaux allaient chercher les livres sacrés et les traditions de leur croyance. Les rivières qui arrosaient le pays arrachaient du flanc des p.V monts Himâlaya la célèbre pierre de Kasch, ou le jaspe antique, qui, dès les premiers âges du monde, était transporté de là dans toute l'Asie. Des rapports religieux et commerciaux étaient entretenus avec l'Inde, au travers du Kaschemire et des montagnes de neige. Les noms des lieux, dans cette partie de la Tartarie, étaient samskrits, et on les reconnaît encore dans les transcriptions que les Chinois en ont faites. Toutes ces particularités font désirer des éclaircissements ; elles font naître des questions, dont on ne peut guère à présent chercher la solution que dans les traditions qui ont été recueillies et conservées par les Chinois. J'ai donc pensé qu'on verrait avec plaisir tout ce que leurs livres contiennent à ce sujet.

L'histoire de Khotan forme le LVe livre d'une collection chinoise très volumineuse, dans laquelle on a rassemblé tous les faits relatifs aux nations étrangères, en les arrangeant chronologiquement, suivant l'ordre des dynasties sous le règne desquelles on a eu des rapports avec ces nations. C'est ce qui explique la forme que ce morceau p.VI a dans l'original, et que j'ai presque entièrement conservée dans ma version. Telle qu'est celle-ci, elle fera juger de ce qu'on peut trouver dans les livres chinois, qu'on a, jusqu'à présent, extraits plutôt que traduits et de la manière dont les faits y sont racontés : j'adopterai un système de rédaction plus resserré et plus conforme au goût européen, dans les traductions que je compte donner, après celle-ci, de l'histoire particulière des villes de Yerkiyang, de Khasigar ou Kaschgar, de Bisch-balikh et de quelques autres pays, situés entre le Tibet et les limites méridionales de l'empire russe actuel, dans des lieux qui répondent à de grands espaces blancs sur nos cartes, et qui ne sont ni aussi complètement inhabités, ni aussi totalement privés de traditions historiques, qu'on a coutume de le supposer.

Je crois devoir un éclaircissement au sujet du nom de montagnes Bleues, que j'ai donné, d'après les Chinois, à la chaîne détachée de l'Himâlaya qui est au midi de Khotan. Son nom en chinois est Thsoung-ling. Le mot de Thsoung est p.VII ambigu : il signifie oignon, et désigne aussi la couleur bleue pâle. Quelques géographes chinois disent qu'on trouve dans ces montagnes des oignons, d'où elles ont tiré leur nom. Cette étymologie m'a paru peu vraisemblable ; et malgré l'autorité de ces écrivains, j'ai préféré l'autre interprétation qui semble bien plus naturelle. Au reste, les montagnes Bleues sont célèbres depuis longtemps dans la géographie de la Tartarie, comme le point culminant d'où les eaux vont, à gauche se jeter dans la mer d'Occident, et à droite se perdre dans les sables du Cha-mou. Suivant l'I-toung-tchi, ces montagnes sont au S. O. de Yerkiyang ; le commentaire sur le livre des eaux leur donne mille li de hauteur, ce qui, du moins, indique des montagnes du premier ordre. Un livre, où il est traité des fleuves de l'Occident, les place à 8.000 li à l'ouest de Thun-hoang (Cha-tcheou), et leur attribue une très grande élévation. Les rivières qui y prennent leur source se partagent en deux courants principaux. La géographie des Thang leur donne le nom de Ki-i, et dit qu'elles entourent le royaume de p.VIII Kho-phan-tho. Selon la géographie des Ming, ces montagnes sont hautes de plusieurs centaines de tchang (ou plusieurs milliers de pieds chinois). Leur véritable nom est Ta-eul-ta-chi-ta-pan. Suivant les modernes, elles sont au S. O. de Yerkiyang, et se dirigent du S. O. au N. E. en s'inclinant un peu vers l'orient, où elles se lient aux montagnes du Ciel, c'est-à-dire à la chaîne de Kamoul. On remarque que les monts Thsoung-ling, dont il est parlé dans le temps de la dynastie des Han, sont ces montagnes à l'ouest de Tourfan, d'où sortent un grand nombre de rivières, et que la montagne située au midi de Iu-thian est dans le pays de Yerkiyang, d'où sort le Ta-li-mou. Dans les temps postérieurs on a pris, l'une pour l'autre, ces deux chaînes des monts Thsoung-ling et de la montagne méridionale. Ces divers détails donnés par le Taï-thsing-i-toung-tchi m'ont paru utiles à connaître pour mieux entendre ce qui est dit de la situation de Khotan et des pays voisins, dans l'histoire dont je donne la traduction.

Parmi les traditions qui ont été recueillies p.IX par les Chinois sur Khotan, on en trouvera quelques-unes qui sont fabuleuses, particulièrement au temps de la dynastie des Thang, où Khotan ayant été réuni à l'empire, on put traduire les livres qui étaient conservés dans les monastères. Sous ce rapport, les fables mêmes dont il s'agit peuvent offrir quelque intérêt. Mais il ne faut pas s'étonner d'y trouver quelque obscurité ; les opinions sur lesquelles elles reposent, les saints personnages dont il y est parlé, les pays mêmes dont il y est fait mention, sont encore presque inconnus ; et l'on ne réussirait à démêler ce qui a pu donner lieu à ces traditions, qu'autant qu'on parviendrait à tracer l'histoire du culte de Bouddha dans la Tartarie, et à rédiger le tableau des révolutions qui ont conduit les Samanéens si loin de leur contrée natale, et étendu dans les régions du nord l'influence des religions, des institutions et des langues de l'Hindoustan. Pour de telles recherches, les livres des Chinois sont encore les seuls qu'on pourrait consulter, et c'est peut-être l'un des sujets les plus intéressants qui restent à étudier p.X dans le domaine de l'histoire orientale.

Ce qu'on trouve jusqu'à présent sur Khotan, dans les livres imprimés en Europe qui sont venus à ma connaissance, se réduit à quelques indications auxquelles je renvoie le lecteur 1. Sa position sur nos cartes a certainement besoin d'être rectifiée. Pour l'établir avec le secours seul des géographes chinois, il faudrait un mémoire exprès, et des recherches étendues. Suivant l'almanach impérial pour l'an 1769, dont j'ai sous les yeux la traduction mandchoue, le 1er de la première lune, le soleil se lève à deux kemou, douze fouen après le milieu de l'heure du lièvre 2, dans les pays suivants : Keriya, p.XI Khotiyan-ni-ilitsi (Khotan) ; Bolor, Sandjou, Youroung-khachi (pays du iu blanc), Orochan, Siknan, Badakchan. Le commencement du Aga-mouke, c'est-à-dire le premier degré des poissons, est fixé pour Khotiyan-ilitsi (Khotan) à un kemou, onze fouen après le milieu de l'heure du cheval 3. Mais il est difficile de rien tirer de précis de ces indications, et l'on a même lieu de croire ces calculs établis d'après les cartes, et sur la distance présumée de Khotan au méridien de Peking, plutôt que fondés sur des observations véritablement faites dans le pays.

J'avais beaucoup regretté de ne pouvoir terminer cette histoire par quelques renseignements sur l'état actuel du pays de Khotan, tels que ceux que je supposais donnés dans le Taï-thsing-i-toung-tchi. Ce vaste et important recueil de géographie, rédigé par les soins des empereurs de la dynastie régnante, manque à la Bibliothèque du Roi ; c'est une privation p.XII qu'on sent vivement, toutes les fois qu'on veut rattacher la géographie moderne des Chinois à celle des temps anciens, et pousser jusqu'à nos jours des recherches relatives aux pays qu'ils ont connus autrefois. Néanmoins, pour l'objet dont il s'agit en ce moment, mon attente ne s'est pas réalisée. M. Klaproth ayant bien voulu me prêter le volume de cet ouvrage qui traite des pays étrangers, je n'y ai trouvé, au lieu des détails que j'y cherchais, qu'une très courte notice sur Khotan, notice dont tous les matériaux, sans exception, sont tirés de ces mêmes relations, annexées à l'histoire des différentes dynasties, qu'on va trouver ici traduites en entier.

Il est même assez remarquable que cette notice n'est pas donnée comme une description d'un état actuellement subsistant, mais qu'elle fait partie de l'article consacré au royaume de Ye-eul-kin ou Yerkiyang. Ce qu'on serait tenté d'en inférer, c'est qu'à l'époque où le Taï-thsing-i-toung-tchi a été rédigé, Khotan n'existait plus, et que le territoire qui en dépendait autrefois appartenait alors au prince de Yerkiyang. p.XIII La première partie de cette conclusion serait certainement erronée, car le nom de cette ville reparaît dans plusieurs ouvrages d'une date postérieure. Quant à l'état politique actuel de ces contrées, on le trouve sans doute décrit dans la nouvelle édition de la géographie des Mandchous. Le Rév. Morrison, qui a été assez heureux pour pouvoir la consulter, ne donne qu'un extrait d'une ligne sur Iu-thian, que les Mandchous ont nommée Ho-thian. Il en fixe la position à trente-cinq degrés trente-six minutes nord, et trente-quatre degrés ouest du méridien de Peking. On y compte 13.642 familles, évaluées à 44.630 individus 1. Tout porte à croire que la latitude indiquée en cet endroit approche de la véritable latitude de Khotan, qui se trouve ainsi à deux degrés plus au sud qu'elle n'est sur la carte de Danville, et de quatre degrés et demi plus méridionale qu'on ne le supposait, d'après les relations des officiers suédois p.XIV prisonniers en Sibirie 2. Les relations chinoises indiquent un déplacement semblable pour toutes les régions environnantes ; et quand elles seront mieux connues, on trouvera, pour les documents recueillis par M. Elphinstone, une explication moins insoutenable que la supposition du double Kaschgar, que nos géographes se sont un peu trop empressés d'admettre et qui n'a aucun fondement dans l'histoire de ces contrées.

J'ai jugé un petit nombre de notes nécessaires, soit pour la concordance des dates, soit pour la rectification des noms samskrits que les transcriptions des Chinois ont quelquefois fort altérés. Parmi ces transcriptions est le nom même de la ville dont Iu-thian n'est qu'une corruption. Le nom original est Koustana, en samskrit mamelle de la terre, et non Khotan, comme l'écrivent Abulfeda 1 et les autres Orientaux. Ce nom ne vient pas non plus, p.XV comme l'ont cru quelques auteurs, du mot mongol Khotan qui signifie ville ; et l'on n'a par conséquent aucun sujet d'être surpris, en le trouvant dans une lettre d'un évêque du Tibet et de Khotan, Tebet oue Khoutan, citée par Aboulfaradje 2, et qui se rapporte à une époque antérieure aux expéditions de Tchinggis. Ce nom est plus ancien que les Mongols, et il est du nombre de ceux que les Indiens ont portés dans la Tartarie, et qui y conservent le souvenir de leurs émigrations.

J'ai placé à la suite de ma traduction un morceau d'un genre différent, mais dont le sujet se rattache à l'histoire de Khotan : c'est une dissertation sur cette pierre célèbre que les Chinois nomment iu, et qui est la production la plus remarquable de ce pays. Cette dissertation, composée à l'occasion d'une discussion qui s'est élevée dans le sein de l'Académie, est comme une longue note où l'on a repris, pour tâcher de les éclaircir, les nombreux p.XVI passages des livres chinois où il est parle de cette substance minérale. À cet égard, on a réuni tout ce qu'ils contiennent d'essentiel, et l'on croit la monographie de la pierre de iu assez complète. Plusieurs questions incidentes s'étant présentées soit sur la lithologie historique, soit sur divers points d'antiquités, on a cru devoir les traiter succinctement ; et la conclusion qu'on se croit en droit de tirer de ces recherches, si elle est adoptée par les savants, jettera du jour sur une des branches du commerce de l'Asie, très peu connue en Europe, quoique très ancienne et très importante, et qui doit, comme celui de la soie des schals, des porcelaines, des pierres précieuses et des épiceries, être comptée parmi les causes qui ont exercé de l'influence sur la direction des colonies et les rapports mutuels des peuples orientaux.

@

HISTOIRE DE LA VILLE DE KHOTAN 1

@

Sous la dynastie des Han

p.001 L'année... 2 du règne de Wou-ti, on envoya pour la première fois des officiers dans le pays de Iu-thian. On ne trouve pas ce fait dans la Vie de Wou-ti ; p.002 mais voici ce qu'on lit dans la Notice sur les pays occidentaux :

Le roi de Iu-thian fait sa résidence dans la ville occidentale, éloignée de Tchang-'an de 9.670 li. On y compte 2.300 maisons ou familles, et 19.300 personnes. Le nombre des soldats est de 2.400. Il y a dans cet État un premier ministre, un général de la droite, et un général de la gauche, un prince de la cavalerie de la droite, et un autre de la gauche, un commandant de la ville occidentale, et un autre de la ville orientale.

Au nord-est, jusqu'à la résidence du gouverneur-général de la Tartarie, on compte 3.947 li. Ce royaume a, au midi, les No-kiang, et au nord, les Kou-me.

À l'ouest de Iu-thian, toutes les rivières coulent vers l'occident, et vont se jeter dans la mer occidentale. À l'est, au contraire, elles coulent vers l'orient, et se jettent dans le lac Salé 3, d'où sort le fleuve Jaune.

On trouve dans ce pays beaucoup de pierres de iu. À l'ouest, est le pays de Phi-chan, à 380 li.

Sous les seconds Han

p.003 La seizième année Young-phing du règne de Ming-ti (73 après J.-C.), Pan-tchao fut nommé généralissime et commandant des contrées occidentales. Le roi de Iu-thian Kouang-te, se soumit. Il n'est pas parlé de ce fait dans la Vie de Ming-ti ; mais dans la Notice sur les contrées occidentales, on lit :

La capitale du pays de Iu-thian est la ville occidentale. Elle est à 5.300 li du siège du gouvernement général de la Tartarie, et à 11.700 li de Lo-yang. On y compte 32.000 familles, 83.000 personnes, et plus de 30.000 soldats. Vers la fin du règne de Kian-wou, le roi de So-khiu étant devenu très puissant, soumit le pays de Iu-thian, et réduisit le roi Iu-lin au rang de roi de Li-koueï. Dans les années Young-phing de l'empereur Ming-ti (58-75 de J.-C.), un général du pays de Iu-thian, nommé Hieou-mou-pa, révolta contre le prince de So-khiu, et prit le titre de roi de Iu-thian. À la mort de Hieou-mou-pa, le fils de son frère aîné, Kouang-te, lui succéda. Il détruisit à son tour le p.004 royaume de So-khiu, et rendit au pays son ancienne splendeur. Treize États, situés vers le nord-ouest, jusqu'à Kaschgar, lui furent soumis. Vers le même temps le roi des Chen-chen commença aussi à devenir puissant. Depuis lors, ces deux pays furent les clefs de la route méridionale qui conduit des montagnes Bleues aux contrées situées à l'orient.

On lit dans la vie de Pan-tchao, que la seizième année Young-phing (73), le général des chars, Teou-kou, fut chargé d'aller combattre les Hioung-nou. En même temps Pan-tchao fut fait commandant de la cavalerie, et envoyé dans les contrées occidentales avec quelques autres officiers. Le roi des Chen-chen donna son fils en otage, et plusieurs autres se soumirent à Pan-tchao. On demanda alors qu'un général fût choisi pour commander dans les pays de l'Occident, et l'empereur nomma Pan-tchao, auquel il donna le titre de généralissime. Dans ce temps, le roi de Iu-thian, Kouang-te, venait d'attaquer et de soumettre le pays de So-khiu, et il commandait la route du midi. Les Hioung-nou envoyèrent un officier pour défendre le pays de So-khiu. Pan-tchao marcha p.005 vers l'ouest pour arriver à Iu-thian avant les Hioung-nou. Kouang-te n'était pas un prince très instruit des devoirs de la politesse, et de plus il avait une grande confiance aux devins. Ceux-ci lui dirent que l'Esprit (Dieu) était irrité du projet qu'il avait de s'unir aux Chinois ; que le général des Chinois avait des chevaux bai-clair, et qu'il fallait se hâter de lui en demander, pour en faire un sacrifice. Kouang-te envoya demander des chevaux à Pan-tchao, mais ce général qui était averti du dessein des devins, répondit qu'il fallait que ceux-ci vinssent les prendre eux-mêmes. Il y en eut quelques-uns qui y allèrent, et Pan-tchao leur fit trancher la tête. Quand Kouang-te l'eut appris, et qu'il sut de plus que Pan-tchao, parvenu au pays des Chen-chen, avait déjà soumis et châtié les chefs des Tartares, il fut saisi d'une grande frayeur : il attaqua et tua le général hioung-nou, et se soumit à Pan-tchao. Celui-ci lui accorda de grandes récompenses, et mit une garnison dans ses États.

La sixième année Young-kian du règne de Chun-ti (131), l'automne, à la neuvième lune, le roi de Iu-thian envoya un de ses officiers offrir un tribut. C'est p.006 ce qu'on lit dans la Vie de Chun-ti ; il est dit de plus, dans la Notice sur les contrées occidentales, que la quatrième année Young-kian (129), Fang-thsian, roi de Iu-thian, avait tué le roi de Kiu-mi, et mis à sa place son fils. Il voulut envoyer une ambassade avec un tribut. Le gouverneur de Thun-hoang demanda que le roi de Iu-thian fût puni. L'empereur voulut bien lui pardonner à condition qu'il rendrait les États du roi de Kiu-mi. Fang-thsian s'y refusa. Mais la sixième année, il envoya un de ses officiers pour offrir ses excuses et présenter un tribut.

La seconde année Youan-kia du règne de Houan-ti (152), au printemps, à la première lune, le gouverneur-général des contrées occidentales, Wang-king, fut tué par le roi de Iu-thian. Ce fait est rapporté dans la Vie de Houan-ti, et raconté plus au long dans la Notice sur les contrées occidentales.

La première année Youan-kia (151), le gouverneur-général de Tchao-phing était mort à Iu-thian, du charbon. Son fil, qui accompagnait la pompe funèbre, étant passé dans les États du roi de Kiu-mi, celui-ci, qui avait une inimitié contre Kian, p.007 roi de Iu-thian, dit au fils du mort que les médecins étrangers, au service du roi de Iu-thian, avaient empoisonné les plaies de son père, et que c'était là ce qui l'avait fait mourir. Le flls de Tchao-phing le crut ; et en entrant sur les terres de l'empire, il accusa Kian auprès de Ma-tha, gouverneur de Thun-hoang (actuellement Cha-tcheou). L'année suivante, on nomma Wang-king pour succéder à Tchao-phing dans la charge de gouverneur-général. Ma-tha engagea le nouveau gouverneur à prendre secrètement des informations sur le fait qui lui avait été dénoncé. Mais Wang-king étant passé d'abord chez Tchhing-koue, roi de Kiu-mi, celui-ci lui dit :

— Les habitants de Iu-thian souhaitent de m'avoir pour roi ; si, dans ce moment, on profitait du crime de Kian pour avoir occasion de le faire mourir, Iu-thian ne manquerait pas de se soumettre.

Wang-king, qui ne souhaitait que d'acquérir du renom, entra dans les vues de Tchhing-koue ; et quand il fut arrivé à Iu-thian, il prépara un festin auquel il invita Kian dans le dessein de s'emparer de lui. Quelqu'un avertit Kian du dessein de Wang-king ; mais ce prince dit :

— Je n'ai rien à p.008 me reprocher : pourquoi le gouverneur-général voudrait-il me faire mourir ?

Et le lendemain matin, il alla chez Wang-king, suivi de plusieurs dizaines d'officiers. À table, au moment où le prince se leva pour boire, Wang-king fit un signal, et ceux qui entouraient Kian se saisirent de lui. On n'avait pas intention de le tuer ; tous ceux de sa suite s'échappèrent. Alors un des conseillers de Tchhing-koue, nommé Thsin-mou, entra dans l'assemblée l'épée à la main, et dit :

— La grande affaire est décidée : qu'est-il besoin de délibérer ?

Et il coupa la tête à Kian. Cependant le gouverneur de Iu-thian, Chu-pe, et quelques autres, assemblèrent à la hâte des troupes, et vinrent attaquer Wang-king. Celui-ci monta sur le haut de la maison, et tenant à la main la tête de Kian, il cria que l'empereur lui avait ordonné de punir de mort Kian. Mais le gouverneur fit mettre le feu à la maison, massacra les gardes, et étant monté au haut de la maison, il coupa la tête à Wang-king, et la fit suspendre dans le marché. Chu-pe eut voulu se faire proclamer roi ; mais les habitants du pays le tuèrent, et élevèrent au trône le fils de Kian, nommé 'An-koue. p.009 Ma-tha ayant appris ces nouvelles, voulut assembler toutes les troupes de son département, et marcher sur Iu-thian pour en châtier les habitants. Mais l'empereur Houan-ti ne le permit pas : on rappela même Ma-tha, et Soung-liang fut nommé à sa place gouverneur de Thun-hoang. En arrivant à son gouvernement, Soung-liang envoya ordre à ceux de Iu-thian de tuer eux-mêmes Chu-pe, et de lui apporter sa tête. À cette époque, il y avait déjà plus d'un mois que Chu-pe était mort. On coupa donc la tête à un autre homme, et on l'envoya à Thun-hoang sans dire ce qui en était. Soung-liang l'apprit par la suite ; mais il ne put faire sortir des troupes pour tirer vengeance de cette supercherie. Les habitants de Iu-thian en conçurent beaucoup de confiance et devinrent très orgueilleux.

La septième année Kian-'an du règne de Hian-ti (202), le pays de Iu-thian envoya en tribut des éléphants apprivoisés. C'est ce qu'on apprend par la Vie de l'empereur Hian-ti.

La première année Yan-khang (220), à la deuxième lune, le roi de Iu-thian envoya un ambassadeur avec un tribut. p.010 C'est ce qu'on lit, non dans la Vie de Hian-ti, de la dynastie des seconds Han, mais dans l'Histoire de la dynastie des 'Weï, et dans la Vie de Wen-ti.

Sous les Trois Royaumes

(Au troisième siècle)

Au temps où la Chine fut partagée en trois royaumes, les États de Joung-lou, de Iu-mi, de Sou-le (Kaschgar) et quelques autres, dépendaient de celui de Iu-thian. On l'apprend par la Notice sur les Joung-lou, qui fait partie de l'Histoire des 'Weï.

La troisième année Hoang-tchou, du règne de Wen-ti de la dynastie des Weï (222), dans le printemps, à la seconde lune, ceux de Iu-thian envoyèrent une ambassade et des présents. On apprend par la Vie de Wen-ti que les rois de Chen-chen 1 des Koueï-tseu 2, et de Iu-thian, ayant p.011 envoyé chacun un ambassadeur avec des présents, il parut un décret où il était dit :

« Quand les barbares d'Occident rentraient dans l'ordre, quand les Ti et les Kiang venaient se soumettre, leur conduite leur méritait les louanges du
  1   2   3   4   5   6   7   8   9   ...   16

similaire:

Recherches sur iconRecherches historiques sur

Recherches sur iconRecherches sur le profit, le crédit, l’intérêt

Recherches sur iconRecherches sur la nature et les causes de la richesse des nations

Recherches sur iconRésumé L’adaptation stratégique de l’organisation a fait l’objet...

Recherches sur iconRecherches en génomique animale
«apis-gene» a été créée avec quatre ambitions : déterminer des priorités professionnelles, orienter les programmes de recherche,...

Recherches sur iconCentre rhone –alpes d’ingenerie sociale solidaire & territoriale
«Recherches sur les régimes sociaux contemporains», sans jamais se départir de l’élaboration d’une œuvre philosophique dont le projet...

Recherches sur iconRecherches sur la nature et les causes de la richesse des nations
«école classique». IL la définit par la référence à la théorie de la valeur travail

Recherches sur iconTendant à actualiser et conforter le statut d’autonomie de la Polynésie française
«consolidés», le citoyen est obligé de procéder à de longues et périlleuses recherches sur le site de Légifrance pour tenter de L...

Recherches sur iconRecherches socio conduites entre 1915-1940
«Ecole de Chicago» = ensemble de recherches socio conduites entre 1915-1940 par profs et étudiants univ. Chicago

Recherches sur iconNote Sur
«sous Word» du précieux ouvrage que Monsieur Amédée Brocard dut livrer vers 1884. Le but étant de faciliter les recherches orthographiques,...








Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
l.21-bal.com