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III. LA THÉORIE GÉNÉRALE DE L'EMPLOI

Keynes utilise le qualificatif 'générale' pour sa théorie de l'emploi de façon à l'opposer à la théorie 'classique' puisque, dans son modèle, l'équilibre peut survenir en plusieurs situations autres que celle caractérisée par le plein emploi (Keynes, 1936, p. 3). Dans ce contexte, Keynes utilise l'expression 'équilibre' pour référer à une situation de 'repos' quant au niveau de l'emploi (Asimakopulos, 1973). Étant donné la valeur des paramètres, il n'y a aucune pression pour faire modifier le niveau de l'emploi. Keynes critique la théorie classique d'avoir avancé des postulats qui 'ne correspondent pas à la société économique dans laquelle nous vivons réellement ! (Keynes, 1936, p. 3), et sa propre théorie économique incorpore plusieurs caractéristiques institutionnelles importantes de cette 'société économique'. L'une d'eues est que les négociations salariales se font en tenues monétaires, le salaire réel et le niveau d'emploi étant tous deux déterminés par les prix qui s'établissent alors sur le marché des produits. À partir des hypothèses marshalliennes qui sous-tendent son analyse de courte période, Keynes déduit que le salaire réel est inversement relié au niveau de l'emploi. Avec un équipement et des taux de salaires monétaires donnés, et un coût marginal croissant, les entreprises n'augmenteront le niveau de production et « emploi que si les prix sont plus élevés. Keynes développe sa théorie de l'emploi avec des taux de salaires monétaires donnés et examine par la suite comment ses conclusions sont affectées si les taux de salaires monétaires baissent sous la pression du chômage. 1

Dans l'intervalle de temps à l'intérieur duquel Keynes analyse les facteurs déterminant le niveau d'équilibre de l'emploi, les décisions de produire, et donc d'offrir de l'emploi, sont prises par ceux qui contrôlent les entreprises. On suppose que ces entreprises sont concurrentielles et que leurs décisions de production sont basées sur les prévisions de court terme entourant les prix. Chaque firme choisit le niveau de production qui égalise le prix anticipé et son coût marginal de courte période ; sa quantité de travail est déterminée de cette façon. Pour pouvoir traiter du niveau agrégé d'emploi, Keynes fait l'hypothèse que le travail peut être rendu 'homogène' en utilisant les taux de salaires relatifs comme pondération pour arriver à une mesure de l'emploi total en équivalent heures-hommes de travail non qualifié (Ibid, p. 41). Pour obtenir une représentation des prévisions de court terme qui s'appliquerait à l'ensemble de l'économie, Keynes passe du concept de prix, qui sont spécifiques à chaque produit, à celui de recettes -- le produit, moins les coûts d'usage, des prix et des quantités correspondantes sur la courbe de coût marginal -- qui sont exprimées dans les mêmes termes pour toutes les industries. Ces produits sont utilisés pour définir sa fonction d'offre globale qui montre la relation entre un niveau d'emploi dans l'économie et « le ‘produit’ espéré par les entrepreneurs qui est juste suffisant pour les décider à offrir ce volume d'emploi » (Mid, p. 24). 2 L'emploi est la variable dépendante dans cette fonction et les Produits anticipés, la variable indépendante. Cette fonction n'est évidemment qu'un instrument facilitant la démonstration. L'emploi est déterminé, les courbes de coût marginal étant données, par les prévisions des entreprises individuelles concernant le prix de leurs produits.

Keynes définit ensuite une courbe de demande globale qui doit être jumelée à la courbe d'offre globale : « De même, soit D le 'produit' que les entrepreneurs espèrent tirer de l'emploi de N personnes... » (Ibid, p. 25), où D est la variable dépendante. Il n'y a pas de fondement pour une telle fonction de demande globale 'anticipée' dans son modèle de concurrence. Les prix anticipés des entrepreneurs keynésiens sont indépendants de leur production individuelle (et de l'emploi). 1 La théorie de Keynes utilise par la suite une fonction de demande globale qui est cohérente avec ses fondements micro-économiques. Cette fonction montre la relation entre le niveau d'emploi et le produit qui en résultera. Keynes fait l'hypothèse implicite que ces produits sont ceux qui se réalisent quand l'investissement réalisé est égal à l'investissement planifié et que la consommation est dans une relation désirée avec le revenu. La demande effective est donnée par la valeur du produit au point d'intersection de la courbe de demande globale et d'offre globale. Ce point nous donne aussi le volume d'emploi d'équilibre de courte période. Il dépend « (i) de la fonction d'offre globale... (ii) de la propension à consommer... et (iii) du volume d'investissement... Ceci constitue l'essentiel de la Théorie générale de l'emploi » (Ibid, p. 29).

Cet exposé de la théorie de Keynes démontre clairement qu'il postulait implicitement que l'effet multiplicateur lié à tout changement dans le niveau d'investissement par rapport à la période précédente a produit tous ses effets à l'intérieur de la courte période. Il a pris ici quelques libertés par rapport au temps historique. Il n'y a aucune raison de croire que la courte période, durant laquelle on peut légitimement négliger les changements dans la capacité de production, est suffisamment longue pour permettre au multiplicateur de produire tous ses effets. Keynes fait donc un traitement 'atemporel' du multiplicateur. La première présentation qu'il en fait sous forme de définition (Ibid, p. 115) peut aussi induire en erreur. Dans cette formule, la propension marginale à consommer n'a pas de relation stricte avec la propension marginale à consommer de l'économie mais indique l'augmentation survenue dans la consommation durant la période.

Keynes a recours à l'analyse 'statistique comparative' pour illustrer les effets, sur son niveau d'emploi d'équilibre, de différents niveaux d'investissement ou de propension à consommer. Cette analyse ne peut donner aucune indication sur le temps nécessaire à l'atteinte d'un nouvel équilibre suite à des changements dans l'un des paramètres, mais Keynes s'est penché sur la question de la stabilité de cet équilibre. Il a conclu que la propension de l'économie à consommer et le niveau d'investissement étant donnés, le niveau d'équilibre de l'emploi est stable. Par exemple, si les prévisions de court terme des entreprises concernant les produits sont fausses, et trop élevées, alors le niveau d'emploi offert est plus grand que le niveau d'équilibre. Mais des forces entreront en jeu, le niveau d'investissement restant inchangé, de façon à ramener l'emploi vers son niveau d'équilibre parce que la propension marginale à consommer de l'économie est plus faible que l'unité (Ibid, p. 30). Keynes opposait ce raisonnement à la théorie classique qui, selon lui, supposait en effet que les fonctions de demande globale et d'offre globale coïncidaient, de sorte que toute amélioration des prévisions à court terme qui ferait augmenter le niveau de l'emploi provoquerait une augmentation de la demande suffisante pour justifier, après coup, le fait d'avoir offert ce niveau plus élevé d'emploi.

En étudiant comment ses conclusions étaient affectées suite à des modifications dans les taux de salaire monétaire, Keynes a dépassé ce cadre de statique comparative. Ce cadre d'analyse indiquait simplement qu'un taux de salaire monétaire plus faible entraînerait un déplacement de la courbe d'offre globale vers la droite et de la courbe de demande globale vers le bas, l'intersection des nouvelles courbes donnant à peu près le même volume d'emploi d'équilibre que les anciennes courbes. Il a étudié les effets possibles de changements dans les taux de salaire monétaire sur les facteurs déterminant son niveau d'emploi d'équilibre dans un contexte qui fait référence aux événements dans l'ordre même où ils surviennent dans la réalité. Entre autres, les conséquences des changements actuels dans les salaires monétaires sur les prévisions entourant leur valeur ultérieure déterminaient de façon importante l'efficacité d'une réduction des salaires monétaires comme politique pour augmenter le niveau d'emploi. Des facteurs institutionnels, comme le fait que les dettes étaient libellées en termes monétaires et l'existence des lois de faillite, furent aussi introduits dans l'analyse. Keynes pensait que « si la baisse des salaires et des prix prend une certaine extension, les entrepreneurs qui sont fortement endettés peuvent se trouver rapidement gênés au point de devenir insolvables, ce qui porte une grave atteinte à l'activité de l'investissement » (Ibid, p. 264). La baisse des salaires monétaires en période de dépression ne réussirait donc pas à faire augmenter l'emploi. En plus des effets adverses sur l'investissement, la redistribution du revenu en faveur des rentiers et au détriment des travailleurs qui suivrait une baisse des salaires monétaires, diminuerait la propension de l'économie à consommer.

IV. LA DÉTERMINATION
DE L'INVESTISSEMENT


Étant donné que l'analyse de Keynes se situe dans le temps historique, la détermination de l'investissement dans son modèle doit être 'ouverte'. L'investissement est basé sur les prévisions de long terme, prévisions qui sont plutôt fragiles dans un monde où « notre connaissance du futur est fluctuante, vague et incertaine » (Keynes, 1973b, p. 113). La valeur de l'investissement devrait donc être déterminée par les circonstances historiques, les arrangements institutionnels et les attitudes qui influencent ces prévisions. On retrouve la reconnaissance de cette volatilité potentielle des décisions d'investissement dans le chapitre 12 de la Théorie générale et dans l'article de Keynes publié en 1937 dans le Quarterly Journal of Economics. Dans le chapitre Il de son livre, Keynes a aussi développé une « courbe de demande d'investissement - ou, dit autrement, une courbe d'efficacité marginale du capital » (Keynes 1936, p. 136) qui donnait une apparence de stabilité et de précision aux facteurs déterminant l'investissement. Il n'y avait qu'un petit pas à franchir pour passer de la description de Keynes à une représentation de l'activité d'investissement en termes de courbe de 'demande' à pente négative, semblable à la courbe de demande d'un bien sur le marché, avec le taux d'intérêt remplaçant le prix du produit. Sous cette nouvelle forme, cette courbe est devenue l'une des bases de la courbe IS dans l'article de Hicks « Mr. Keynes and the 'Classics' » et pouvait ainsi être absorbée par la théorie orthodoxe.

Il y a deux problèmes principaux avec la courbe de demande d'investissement de Keynes en tant que véhicule pour sa 'vision' du fonctionnement d'une économie capitaliste moderne. En 'enfermant' les prévisions de long terme dans la forme de cette fonction, cela donne l'impression que les rendements futurs des dépenses d'investissements sont 'calculables' d'une façon qui permet facilement la comparaison avec le taux d'intérêt. Afin de pouvoir dériver sur le plan conceptuel une courbe d'efficacité marginale du capital à pente négative, Keynes sort son analyse du temps historique et mêle des éléments ex ante et ex post. De plus, il ne retient que les éléments qui produisent les résultats désirés.

Dans la courte période de Keynes, l'investissement qui survient n'a pas d'effet appréciable sur le stock d'équipement en capital de cette période. On ne peut donc imputer la baisse du rendement escompté de l'investissement dans cette période au rendement décroissant du stock de capital gonflé par un niveau d'investissement plus élevé. Keynes explique, dans ce cas, la baisse des rendements escomptés par l'augmentation du prix d'offre des biens d'équipement lorsque de grande quantités sont produites au cours de la période. Dans le modèle de concurrence de Keynes, le fait que la courbe d'offre de la production ait une pente positive en courte période signifie qu'il faut des augmentations de prix pour entraîner des augmentations de production. Dans cette explication, il est incorrect de combiner dans la même fonction des éléments ex ante (les rendements anticipés) et ex post (l'augmentation du prix des biens d'équipement lorsque l'investissement est plus élevé). Le choix des élément ex post est aussi sélectif puisque Keynes ignore l'effet qu'a, sur les rendements escomptés, un niveau plus élevé d'investissement dans la période actuelle qui fait augmenter la production courante et les profits. On doit rendre compte des éléments ex ante et ex post dans deux fonctions séparées, comme l'a fait Kalecki dans sa double relation entre l'investissement et les profits. 1

L'analyse de Keynes obscurcit le déroulement temporel du processus d'investissement. Des décisions d'investissement, dépendant des prévisions de long terme et des conditions sur le marché financier (incluant le taux d'intérêt), sont prises et entraînent des dépenses d'investissement qui, à travers le multiplicateur, déterminent le revenu et l'épargne. Il n'est pas étonnant de constater que Keynes a senti le besoin de centrer sa réplique aux critiques de son livre sur le rôle de l'investissement comme 'causa causans' (Ibid, p. 121) et d'insister sur le fait qu'il ne s'agit pas d'une variable qui peut facilement être captée par une quelconque fonction stable. Les « facteurs... dont dépend le niveau d'investissement... ne sont pas du tout fiables, puisque ce sont eux qui sont influencés par notre vision de l'avenir à propos duquel nous connaissons si peu de choses » (Ibid). 1

V. LA MONNAIE ET LES FINANCES

La préoccupation de Keynes était de développer la logique des politiques gouvernementales ayant pour but d'améliorer l'emploi dans des économies réelles ayant à la fois des chômeurs et des capacités de production inutilisées. Ces économies étaient des économies de production monétaire évoluant dans le temps historique et leurs caractéristiques devaient se retrouver dans sa théorie. La monnaie et l'incertitude entourant le résultat d'événements qui ne seraient complétés que dans le futur, caractéristique du temps historique, sont donc deux éléments fondamentaux de sa théorie. En fait, la monnaie en tant que réservoir de richesse ne peut avoir de rôle potentiel que dans un modèle qui respecte les règles du temps historique. La critique fondamentale que Keynes adresse à la théorie classique est qu'elle se situe 'hors du temps'. Dans une telle théorie, la monnaie ne peut avoir aucun rôle en tant que réservoir de richesse, en dépit de ses prétentions contraires.

Dans le modèle de Keynes, au contraire, il y a de bonnes raisons à vouloir détenir une partie de sa richesse sous forme de monnaie ou de 'quasi-monnaie' qui peut être rapidement convertie en monnaie avec un minimum de pertes en capital ou de difficultés. La possibilité d'avoir un accès rapide à la monnaie est importante parce que plusieurs contrats - les contrats salariaux n'étant pas les moins importants - sont libellés en termes monétaires. Quand les conditions ultérieures, et donc le prix monétaire d'autres actifs, sont incertaines, le fait de détenir une certaine quantité de monnaie (ou de quasi-monnaie) est une précaution sensée. Keynes considère cela comme une indication de la conscience que les calculs à partir desquels les engagements ont été pris, pourraient s'avérer faux « ... notre désir de détenir de la monnaie comme réservoir de richesse est un baromètre du degré de méfiance face à nos propres calculs et conventions entourant le futur » (Ibid, p. 116).

On peut attribuer deux rôles à la Théorie Générale : la présentation d'une théorie applicable aux économies capitalistes actuelles et une attaque de la théorie 'classique' qui dominait la pensée économique. L'ouverture de la théorie économique aux processus du temps historique a amené logiquement, nous l'avons vu, à mettre l'accent sur la demande de monnaie en tant que réservoir de richesse - une demande de 'liquidité' - et donc à voir le taux d'intérêt « comme le "prix" qui équilibre le désir de détenir la richesse sous forme de liquidité et la quantité disponible de liquidité » (Ibid, p. 167). Cette explication servait aussi un but polémique : contre la loi de Say en ne laissant aucune place à la conception qui voulait que taux d'intérêt s'ajuste de sorte à équilibrer l'investissement et l'épargne.

Pour détruire la loi de Say, Keynes devait démontrer que le revenu des facteurs découlant d'une augmentation de la production, à partir du point d'intersection des courbes de demande globale et d'offre globale, quand l'économie n'était pas pleinement employée, ne produisait pas automatiquement des dépenses justifiant l'augmentation première de la production. Le niveau d'investissement étant donné, tout ce dont Keynes avait besoin à cet effet était, nous l'avons vu à la section 3, une propension marginale à consommer de l'économie inférieure à l'unité. Mais, que se passe-t-il si on ne peut supposer que le niveau d'investissement est pré-déterminé dans la courte période ? Dans ce cas, il est nécessaire de démontrer que la tentative d'épargner une partie de l'augmentation initiale des revenus de facteurs qui accompagne une augmentation de la production (provoquée, disons, par de mauvaises anticipations de court terme) ne se traduit pas, directement ou indirectement par une augmentation équivalente dans la valeur des achats de biens d'investissement. Dans le modèle de Keynes, où la monnaie peut être utilisée comme réservoir de richesse, une partie de l'augmentation de l'épargne peut être détenue sous cette forme et donc, ne pas servir à l'achat de biens d'équipement ou fournir du financement pour de tels achats. Les entrepreneurs seraient donc déçus dans leurs prévisions de court terme qui avaient justifié l'augmentation de production, et la production et l'emploi commenceraient à diminuer plutôt que de se diriger vers le plein emploi. L'équilibre à un niveau inférieur au plein emploi est donc stable dans la théorie de Keynes.

Le chapitre 17 de la Théorie générale, intitulé « Les propriétés essentielles de l'intérêt et de la monnaie', que Robinson (1965, p. 132) qualifiait de 'mystérieux », ne cadre pas avec la perspective de temps historique dans laquelle Keynes a incorporé sa théorie de la monnaie. Il débute avec une référence à la courbe de demande d'investissement, développée au chapitre 11, qui donnait au taux d'intérêt un rôle important de régulateur de l'activité d'investissement. Cette courbe, tel que démontré dans la section 4, ne respecte pas les règles du temps historique parce qu'elle mêle des éléments ex ante et ex post à un même point dans le temps et dans une même fonction. « Il semble donc que le taux d'intérêt de la monnaie joue un rôle singulier dans la limitation du volume de l'emploi puisqu'il fixe un seuil que l'efficacité marginale d'un type de capital est obligée d'atteindre pour que ce capital puisse faire l'objet d'une production nouvelle... Il est naturel de chercher en quoi consiste la singularité qui distingue la monnaie des autres actifs... » (Keynes 1936, p. 222).

On trouve que cette 'singularité' réside dans la prime à la liquidité dont jouit la monnaie -- la commodité et la sécurité que confère le fait de détenir de la monnaie -- et dans ses faibles coûts de conservation. Les autres types d'actifs semblent avoir des primes à la liquidité négligeables et des coûts de conservation élevés, avec des rendements qu'on suppose inversement reliés au montant de ces actifs. Keynes, dans ce cas-ci, traite des conséquences à long terme d'un investissement couvrant plusieurs courtes périodes. On peut donc dire que Keynes, dans ce chapitre, ne se situe pas dans son cadre temporel habituel et examine le cas spécial où, en courte période, même sans investissement net, l'efficacité marginale du capital est égale au taux d'intérêt.

Keynes identifie deux caractéristiques de la monnaie expliquant pourquoi son taux d'intérêt spécifique n'a pas tendance à baisser de la même façon que celui des autres actifs. Leur effet combiné est de faire de la monnaie « un réceptable sans fond pour le pouvoir d'achat lorsque sa demande s'accroît » (Ibid, p. 231). Ces caractéristiques sont : (i) « ... la monnaie a, dans la longue comme dans la courte période,. une élasticité de production égale à zéro ou à tout le moins très faible, pour autant qu'on ne considère que les possibilités de l'entreprise privée en tant que distincte de l'autorité monétaire » (Ibid, p. 230) ; et (ii) « ... la monnaie a une élasticité de substitution égale ou presqu'égale à zéro ; ce qui signifie que, lorsque sa valeur d'échange s'élève, il n'apparaît aucune tendance à lui substituer un autre facteur » (Ibid, p. 231). La première caractéristique signifie que, lorsque le prix de la monnaie s'élève par rapport au prix des autres biens, on n'utilise pas une quantité accrue de travail pour sa production.

L'une et l'autre caractéristique dépendent de la définition donnée de la monnaie et de la ligne qu'on trace entre la monnaie et les autres actifs financiers. La prolifération d'innovations financières - l'introduction de 'nouveIles monnaies' - en période de hauts taux d'intérêts et de resserrement du crédit augmente certainement la quantité de moyens financiers disponibles, tout en ajoutant possiblement quelques emplois dans les institutions financières. Quant à l'énoncé que Keynes a fait de la deuxième caractéristique, on doit l'interpréter comme référant uniquement à la substitution entre la monnaie et le capital physique parce qu'il existe une forte substitution entre la monnaie et plusieurs types d'actifs financiers. 1

Dans la Théorie générale, Keynes considère l'offre de monnaie comme étant entièrement sous le contrôle de l'autorité monétaire. Ce n'est que dans ses articles sur les finances (Keynes, 1937a, 1937b et 1938) que l'offre de monnaie est vue comme répondant aux demandes de prêts bancaires par les investisseurs et qu'un pas est fait pour rendre l'offre de monnaie endogène. Dans ces articles, Keynes réaffirmait sa théorie des taux d'intérêt basée sur la préférence pour la liquidité, en réponse à Ohlin (1937), Hicks (1936) et Robertson (1936). Ces économistes avançaient que l'approche de Keynes n'était qu'une façon d'exprimer la dépendance du taux d'intérêt à l'offre et la demande de crédit ou de 'fonds prêtables'. Keynes rejetait cet énoncé. Il résistait vigoureusement à tout ce qui pouvait être interprété comme réintroduisant la notion que le taux d'intérêt était un 'prix' qui équilibrait l'épargne et l'investissement. L'investissement est le causa causans de sa théorie, un facteur qu'il continuait de prétendre indépendant de l'épargne. Pour maintenir sa position, il était nécessaire de présenter, à l'intérieur du modèle, une source de fonds à partir de laquelle les entrepreneurs pourraient augmenter l'investissement. (Les dividendes non répartis financent une partie seulement, même s'il s'agit d'une partie importante, de l'investissement total.) Keynes a identifié le système bancaire, ou plutôt le système financier en général, comme étant cette source de fonds. « Dans une large mesure, ce sont les facilités financières qui régissent le rythme de nouveaux investissements » (Keynes, 1937b, p. 210, souligné dans l'original). La réaction du système bancaire face à une augmentation de la demande de crédit bancaire dans le but d'augmenter l'investissement (que ce soit en capital fixe ou en capital circulant) augmente l'offre de monnaie. Lorsque cette augmentation de l'investissement planifié est terminé, alors « les banques ne peuvent maintenir le même volume de liquidité en circulation au même taux d'intérêt, à moins qu'une nouvelle activité ne débute en remplacement de l'ancienne ou à moins qu'il n'y ait augmentation de la demande inactive » (Ibid, pp. 230-231). On peut voir ces considérations comme un pas vers l'introduction d'un important élément d'endogénéité de l'offre de monnaie.

Les écrits de Keynes sur les finances étaient polémiques autant qu'explicatifs, et certains passages ne prennent pas sérieusement en compte le passage du temps nécessaire à l'atteinte de l'équilibre de courte période sur laquelle sa théorie est basée, après une augmentation de l'investissement. 1 En essayant d'éviter toute implication à l'effet que l'épargne pouvait influencer l'investissement, il niait que l'épargne, ou l'épargne anticipée, pouvait influencer le financement. En essayant de justifier sa position, Keynes, négligeant comme il le fait souvent le temps nécessaire au multiplicateur pour produire tous ses effets, tombe dans le piège d'identifier l'épargne ex post, avec l'épargne désirée. « ... il y aura toujours exactement l'épargne ex post nécessaire pour payer l'investissement ex post , libérant ainsi le financement que celui-ci employait précédemment. Le marché de l'investissement peut être congestionné par une pénurie de liquidité. Il ne peut jamais être congestionné par une pénurie d'épargne. Il s'agit là de ma plus importante conclusion dans ce champ » (Ibid, p. 222, souligné dans l'original).

Le manque d'attention pour les détails de l'analyse explique probablement que Keynes a négligé le décalage nécessaire avant que l'épargne désirée ne se réajuste suite à une augmentation de l'investissement. Il a d'abord introduit le concept d'un 'fonds de roulement' de financement dans une situation où « l'investissement se déroule à un rythme constant » (Ibid, p. 209). À chaque point dans le temps, dans ce cas spécial, on peut supposer que l'équilibre de courte période est atteint et l'épargne, qui est dans la relation désirée avec le revenu, ainsi que l'épargne ex post, est égale à l'investissement. Mais on ne peut pas faire cette hypothèse en toute confiance quand l'investissement a augmenté. Le temps doit passer avant que l'augmentation dans l'épargne d'équilibre ne rattrape l'augmentation de l'investissement.

Keynes commence son article de décembre 1937 en reconnaissant explicitement qu'une augmentation des décisions d'investissement requiert une certaine confiance quant à la disponibilité de financement, à des conditions raisonnables, aussi bien de court que de long terme. Le rôle du financement à long terme est ensuite négligé dans le reste du texte et il en arrive à la conclusion ferme, citée plus haut, à l'effet que seule une pénurie de liquidité peut congestionner le marché de l'investissement. Kaldor (1939) a bien vu que cette conclusion, même si elle tenait dans plusieurs cas, ne tenait pas dans tous les cas. La structure des taux d'intérêt peut être modifiée de façon à augmenter les taux d'intérêt à long terme, même si les autorités bancaires accroissent la masse monétaire dans le but de maintenir les taux d'intérêt à court terme à de bas niveaux. Ces haut taux d'intérêt peuvent avoir un impact négatif sur l'investissement, même s'il n'y a pas de 'pénurie de liquidité'. Kaldor a souligné que l'hypothèse implicite de Keynes quant à la stabilité de la structure des taux d'intérêt pouvait ne pas s'appliquer dans une économie ouverte lorsque l'investissement augmente (Kaldor 1939, pp. 49-52). Asimakopulos (1983) a noté que le même problème pouvait survenir lorsqu'il y a une grande préoccupation au sujet de l'inflation ou lorsqu'on prévoit que le déficit gouvernemental absorbera une partie importante de l'épargne privée. L'analyse que Keynes a faite des facteurs nécessaires pour qu'une augmentation de l'investissement soit possible est donc, d'une certaine façon, sujette « aux conditions particulières de l'époque » (Keynes, 1973b, p. 122). Il avait pensé que seules ses « suggestions pour un remède (au chômage) » (Ibid) souffraient de cette restriction.
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