I. Comment définir la croissance économique ?








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date de publication10.08.2018
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CHAPITRE 1. CROISSANCE – FLUCTUATIONS – CRISES

I). Comment définir la croissance économique ?


DEFINITIONS IMPORTANTES DU CHAPITRE

Croissance économique : phénomène de long terme qui voit l’augmentation durable de l’ensemble de la production économique de biens et services dans un Etat donné. Elle est mesurée par le taux de variation du PIB (Produit Intérieur Brut). On peut dire aussi que la croissance est « l’augmentation soutenue d’un indicateur économique exprimé en prix constants sur une longue période » (définition académique).

PIB : Le Produit Intérieur Brut d’une économie est l’ensemble des valeurs ajoutées produites dans ce pays en un an. (RAPPEL : Valeur ajoutée = Chiffre d’Affaires – Consommations intermédiaires). Il prend en compte la production marchande et non-marchande.

Production non-marchande : type de production réalisé par les administrations publiques (APU), les ISBLSM (Institutions Sans But Lucratif au Service des Ménages) et les ménages eux-mêmes, et qui est proposée gratuitement ou quasi gratuitement (moins de 50% des coûts de production).

Productivité : la productivité est la mesure de l’activité productive des facteurs de production. La productivité du travail se calcule soit « par tête de travail », soit de manière « horaire » (on parle aussi de productivité apparente du travail).

Niveau de vie : Quantité et qualité des biens et services qu’une population peut acquérir.

PPA : Taux de change fictif qui permettrait d’acheter la même quantité de biens et de services pour une somme donnée, dans chaque pays. Il résout les problèmes du taux de change et du niveau des prix.

Développement : Ensemble des modifications structurelles et qualitatives qui accompagnent et entretiennent la croissance. On peut y inclure l’urbanisation, la salarisation, la tertiarisation, le niveau de vie, les améliorations socio-culturelles, les avancées politiques et la corrélation entre croissance et démocratie.

Investissement : Un flux de nouveaux biens d’équipement, de logiciels ou de bâtiments, qui va renouveler ou accroître le stock de capital fixe existant. Attention à ne pas confondre l’investissement avec les placements (actions, titres).

Capital fixe : Ensemble des biens utilisés par une entreprise sur plus d’un an dans son processus de production.

Notion de « résidu » : Part de la croissance ni imputable à l’augmentation du facteur capital, ni à la productivité du travail. Il s’agit du progrès technique.

Capital humain : Ensemble des qualifications, de l’aptitude et de l’expérience personnelle accumulée par un individu et qui déterminent sa capacité productive (formation initiale, formation en continu, etc.). Les individus effectuent un calcul coût/avantage pour mesurer l’utilité d’une formation.

Institutions : Ensemble de règles, de normes et de valeurs qui structurent la société autour des individus qui la composent. Elles peuvent être attachées à différentes parties de la société : le marché, le domaine financier,...

A). Comment définir et mesurer la croissance économique ?

Introduction :

Un taux de croissance ne suffit pas à déterminer si un pays est développé ou non.

Exemple de l’Inde : 8,7% de croissance en 2012 mais la réalité montre un pays qui connait de fortes inégalités et de la pauvreté digne des pays en développement.
Dissocier « croissance économique » du bien-être et du développement

  • La croissance n’implique pas forcément le développement

  • Le développement nécessite pourtant de la croissance


La croissance est un phénomène durable alors que ce que l’on appelle expansion est une augmentation brutale du PIB sans maintien du rythme sur le long terme.

La valeur du PIB peut être trompeuse :

  • On peut le calculer en valeur (avec les prix de l’année du PIB calculé), mais à ce moment on se retrouve face au problème de l’inflation (ou PIB nominal, en prix courants).

  • On peut déflater le PIB et l’exprimer ainsi en volume, sans l’inflation (ou PIB réel, en prix constants), à partir d’une année de référence (ex. PIB en dollars « constants de 1990 »).


B). La croissance, un phénomène inégalitaire

On situe conventionnellement le début de la croissance mondiale au moment de la 1ère Révolution Industrielle (fin XVIIIe/début XIXe) avec une poussée considérable après la Seconde Guerre mondiale (Trente Glorieuses).

3 façons de calculer le PIB

  • (par la production) Total des valeurs ajoutées + impôts sur la production subvention sur les produits

  • (par la demande) Consommation finale + FBCF + exportations importations

  • (par les revenus) Salaire + EBE + impôts sur la production

La croissance génère des changements dans les sociétés.

Exemple des 30 Glorieuses en France (1945 – 1975) :

  • La productivité augmente considérablement < hausse de la production < hausse de la consommation < diminution du chômage (cercle vertueux)

  • Conditions de vie qui s’améliorent / progrès de la santé / progrès en terme de confort ménager

  • Tertiarisation de l’économie (déversement des emplois du secteur primaire et de l’industrie vers les emplois des services)

Notes spécifiques à retenir :

  • Adam Smith, De la Richesse de nations (1776) : description de la division du travail et de la spécialisation (célèbre exemple de la manufacture d’épingle)

  • Angus Maddison est un économiste qui a travaillé sur les données de long terme

  • Alexis de Tocqueville, dans De la Démocratie en Amérique, prévoit et analyse que la libéralisation et la démocratisation des régimes vont conduire à l’essor de la classe moyenne (et donc à une uniformisation de classes = contredit K. Marx !).

Lois d’Engel (3 lois)

Fondée sur l’observation des milieux ouvriers, cette loi montre qu’il existe un lien entre le niveau des revenus d’un ménage et ses postes de consommation (coefficient budgétaire). On peut retenir que plus les revenus sont élevés, et moins la part consacrée à l’alimentaire est importante.

  • La croissance est un phénomène récent, mais aussi inégalement réparti.

  • Les pays anglo-saxons ont été les plus précoces avec la 1ère R-I.

  • Au début du XXe siècle, les Etats-Unis ont le processus de fabrication le plus efficace du monde (Taylorisme et Fordisme).

  • Depuis la fin du XXe siècle on a un essor des pays émergents.


Vers une convergence des niveaux de vie ?
C). Le PIB, un indicateur imparfait
Le PIB est une mesure de la richesse économique d’une nation. Il a été créé dans les années 30 aux Etats-Unis pour pouvoir suivre l’évolution de la production dans une conjoncture de crise. Il est donc un indicateur essentiel. Cependant, il comporte de nombreuses failles et imperfections.

Celles-ci sont à deux niveaux :


Problèmes ECONOMIQUES

Problèmes SOCIAUX/SOCIETAUX




  • Non prise en compte du travail domestique, du bénévolat...

  • Non prise en compte de l’usure du capital fixe

  • Difficulté pour mesurer la Valeur Ajoutée des APU*

  • Economie souterraine**




  • Indifférent à la nature nuisible de l’activité (vente d’alcool ou de tabac, par exemple)

  • Indifférence aux impacts sur la nature (déforestation,...)

  • Prise en compte d’activités inutiles

  • Pas de prise en compte du patrimoine des particuliers

  • Puisement dans les stocks (humains, de capitaux, etc.)

  • Répartition des ressources


*Il est difficile d’évaluer la VA des APU. Pour cela, les comptables utilisent en fait le salaire brut. Mais un service n’en vaut pas forcément un autre (problème de qualité inégale ; ex. deux cours ne se valent pas).
**On peut juger de l’ampleur de cette économie souterraine :

  • 11,7% du PIB français en 2010

  • 46,1% du PIB russe en 2000


LA COMMISSION STIGLITZ
Convoquée par le Président N. Sarkozy, cette commission est composée des économistes

  • Amartya SEN (Inde)

  • Jean-Paul FITOUSSI (France)

  • Joseph STIGLITZ


Elle a pour objet d’étudier les indicateurs économiques et notamment de trouver des alternatives au PIB. Résultats :

  • PIN (Produit Intérieur Net) : il s’agit du PIB auquel on retire les amortissements (détérioration du capital sur l’année de calcul du PIB)

  • RNB (Revenu National Brut) : PIB revenus de transfert versés au reste du monde + revenus de transfert reçus par les résidents en provenance du reste du monde



Pour des comparaisons internationales :

Mise en place de la PPA (Parité de Pouvoir d’Achat) :

  • Permet d’éviter le problème du taux de change, qui change constamment

  • Permet d’éviter les problèmes causés par l’inflation ou niveau des prix dans chaque pays



Un autre indicateur très important : l’IDH

PNUD A. SEN
L’Indice de Développement Humain est composé de 3 indicateurs :

  • La santé (taux d’espérance de vie à la naissance)

  • L’éducation (taux d’alphabétisation)

  • Le revenu (RNB/habitant)


Fourchette allant de 0.286 (Congo) à 0.943 (Norvège)

Mais l’IDH ne suffit pas toujours à montrer si un pays est développé et si l’on y vit bien.
IDHI

Indice de Développement Humain ajusté aux Inégalités


  • Déflater l’IDH pour retirer les inégalités (de revenu notamment)

L’IDH = Indice de Développement Humain « potentiel » : il correspond en fait au niveau optimal de l’IDHI, dans l’hypothèse de l’absence totale d’inégalités. Moralité : préférer l’IDHI à l’IDH.

D). Comment expliquer la croissance économique ?

NOTION D’INVESTISSEMENT
Comment l’investissement agit sur la DEMANDE :

Comment l’investissement agit sur l’OFFRE :

CE SONT DES CERCLES VERTUEUX
La loi des rendements décroissants :
Loi économique très importante, théorisée en 1817 par David Ricardo, elle énonce notamment que la production varie de manière moins importante que la variation des facteurs de production.
L’investissement peut remplir diverses fonctions :

Investissement




REMPLACEMENT CAPACITE

(+ incorporation de progrès technique) (augmentation du stock de capital)

PRODUCTIVITE

(substitution capital/travail)

Effets accélérateur et multiplicateur de l’investissement.

« Les profits d’aujourd’hui sont les investissements de demain et les emplois d’après-demain » , Helmut SCHMIDT, Chancelier fédéral allemand de 1974 à 1982.
Le facteur travail stimule la croissance

Spécialisation/ hausse de la quantité de hausse des salaires =

hausse de la productivité travail (+ de production) hausse de la consommation

Mesure du travail = nb d’heures travaillées X population effective qui travaille
Qualité du travail + Quantité du travail
Jusqu’au XIXe siècle, le facteur travail est le plus important dans les économies (selon les économistes classiques). Aujourd’hui, on se base davantage sur le facteur capital.
Pour contrer la Loi des rendements décroissants : LE PROGRES TECHNIQUE

Il est responsable du « résidu » inexpliqué de croissance, non attribuée aux 2 autres facteurs.

Robert SOLOW le décrit comme le 3e facteur de production, un facteur « qui tombe du ciel ».


  • Améliorations/innovations en capital fixe

  • Amélioration des méthodes de production

  • Organisation de l’entreprise (gérance des ventes, sous-traitance, etc.)



Selon SOLOW : (Nobel en 1987)

  • L’investissement génère de la croissance

  • Les pays pauvres devraient connaitre une plus forte croissance que les pays riches, et on s’attendrait à une convergence des économies

  • Arrivée du progrès technique qui conduit à une croissance de long terme



On peut retenir 2 modèles de croissance :

Modèle intensif : Modèle extensif :

priorité donnée au progrès priorité donnée à

technique (Allemagne, l’augmentation des facteurs de

France, Japon...) production (Espagne, Etats-Unis...)


L’INNOVATION SELON JOSEPH SCHUMPETER (1883-1950) :
« Introduction d’un processus de production ou sur un marché, qui constitue une invention ».

Pour apprendre un terme technique :

On distingue les innovations majeures et les innovations mineures, dites « incrémentales ».
THEORIE DU DEVERSEMENT d’Alfred SAUVY :

Les effets du progrès technique conduisent une rupture dans la qualification des travailleurs et à une substitution capital/ travail. II y a alors un « déversement » d’un secteur à un autre. Des emplois sont supprimés dans un secteur (par exemple l’industrie automobile) et d’autres sont recréés dans un autre (par exemple le secteur des services à la personne), mais en plus grand nombre, et avec des gains de productivité.
« C’est la destruction créatrice »
http://www.captaineconomics.fr/images/jan2013/productivite-emploi.png

* * *

Après les études des cycles économiques de Nikolaï Kondratieff, Schumpeter théorise les « grappes d’innovation » pour expliquer les poussées de croissance (phases d’expansion).

Limite : Les innovations deviennent au fur et à mesure plus marginales (incrémentales !). Les marchés accueillent toujours plus d’entreprises, ce qui diminue les profits + phénomène de bulle spéculative.

LA CROISSANCE ENDOGENE

En réalité, le progrès technique ne « tombe pas du ciel » : il est une externalité positive qui se diffuse à toute l’économie grâce à l’investissement.

On peut ainsi expliquer l’augmentation de la croissance par le progrès technique, donc « de l’intérieur » même de l’activité économique, d’où le nom de croissance endogène.

Son théoricien : Paul ROMER, en 1986 (américain).
Elle implique que :

  • La croissance s’auto-entretient

  • Elle suscite du progrès technique

  • Le progrès technique génère et diffuse des externalités positives


La croissance est déterminée par :

Les différents capitaux forment une chaîne et ont des liens très forts entre eux.

Par exemple, le capital public, par des investissements dans l’enseignement supérieur et la recherche & développement (R&D) peut :

  • Augmenter le capital humain (qualification)

  • Augmenter le capital technologique (progrès technique issu de la recherche)


Le rôle de l’Etat est ESSENTIEL pour le maintien de la croissance :


  • Combattre l’inflation

  • Surveiller les marchés

  • s’occuper des infrastructures

  • combattre l’«incertitude économique » pour permettre les calculs et prévisions économiques

Il est important de retenir que la présence d’institutions solides est primordiale.

Dans les sociétés dans lesquelles l’Etat agit peu, est dépassé, mal dirigé et corrompu, les perspectives de croissances (et également de développement) se réduisent voire restent illusoires.

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