THÈme 4 chapitre 3 : la gouvernance economique mondiale depuis 1975








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date de publication06.02.2018
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THÈME 4 CHAPITRE 3 : LA GOUVERNANCE ECONOMIQUE MONDIALE DEPUIS 1975

L’idée d’un gouvernement du monde n’est pas neuve, comme en atteste le concert européen des nations après l’Europe napoléonienne : la conciliation est recherchée, la coopération et les alliances politiques entre peuples européens aussi, tout en ayant à l’esprit qu’il est impossible de résilier la souveraineté des nations. Le XIXe siècle est celui de l’affirmation des nationalismes, le premier XXe celui de son exacerbation, le second celui de sa remise en cause.

La gouvernance économique est une idée plus récente : longtemps le plus puissant dicte sa règle, en l’occurrence dans l’économie monde britannique ce sont les Anglais qui imposent un premier système monétaire international autour de l’or, le Gold Standard, qu’ils essaient de sauver jusqu’après la Première Guerre mondiale. Mais ils n’arrivent pas à imposer les normes économiques libérales : ainsi que le dit P. Bairoch, « jusqu’en 1860, le protectionnisme reste la règle, le libre-échange, l’exception », même si ponctuellement des accords se nouent (cf. France / GB en 1860). On peut aussi voir dans le Congrès de Berlin (1885) et ses 200 et plus accords commerciaux signés au sujet de la propriété du bassin du Congo, une sorte de pré-gouvernance économique mondiale.

Une première rupture, éphémère, a lieu entre 1918 et 1922 : d’une part avec le discours des 14 points qui réaffirme la nécessité d’un droit des mers pour la libre-circulation commerciale, qui envisage une société des nations pour prévenir les différends politiques. Mais elle meurt avec le refus du Sénat américain d’intégrer la SDN, dans une perspective isolationniste. D’autre part avec la conférence de Gênes en 1922 qui essaie de reconstruire un ordre économique mondial fondé sur l’or.

Rupture éphémère aussi car en 1917 le succès des communistes en Russie pose les limites géographiques de l’économie capitalistes. Ephémère aussi parce qu’en 1929 la première mondialisation des économies échoue avec la crise et les réflexes protectionnistes qui vont de pair, faisant échouer les orientations de 1922. Rupture éphémère enfin car elle ne concerne qu’une toute petite partie du monde, le monde colonisé (l’essentiel des habitants du globe étant marginalement concerné par ces décisions).

La gouvernance n’est pas le gouvernement : c’est l’ensemble des règles collectives élaborées, décidées et appliquées à une échelle autre que celle de l’Etat ; l’Etat n’est en outre qu’un acteur parmi d’autres. Plus largement on peut dire qu’il s’agit de l’ensemble des mécanismes de prise de décision, pas seulement des pouvoirs publics (Etats, collectivités territoriales, institutions internationales) mais aussi des acteurs privés (firmes, syndicats, lobbies…).

Problématique : la gouvernance économique est-elle un concept vide de sens ou a-t-elle fait la preuve de son efficacité depuis la conférence de Rambouillet en 1975? Peut-on parler d’une régulation plus efficace de l’économie mondiale ?

RAPPEL: DE BRETTON WOODS A 1975 (ceci est hors programme mais semble important pour la compréhension de la période 1975-2014)

-les objectifs initiaux :

Maîtrise des changes pour éviter dévaluations qui correspondent à une « arme nucléaire » protectionniste et provoquent un protectionnisme dramatique pour les économies. Fixe le dollar comme monnaie de référence internationale et privilégiée dans les échanges mondiales (seule monnaie à ne pas fluctuer à plus ou moins 1%).

Le respect de la parité des monnaies permet aussi d’éviter la guerre des monnaies et impose aux banques centrales de fixer un cap clair. A terme l’objectif est la stabilité monétaire.

-les objectifs évoluent depuis la fin de la reconstruction de l’Europe (disons 1949 ou 1950, le moment où la CECA peut voler de ses propres ailes):

Promouvoir le développement des ex colonies qui accèdent progressivement à l’indépendance. L’aide au développement progresse contre l’adoption des règles de libre-échange.

La mission d’aide aux Etats en difficulté s’est accentuée dans les années 1980. Le financement de ces opérations est le fait de la BIRD qui d’abord se concentre sur le Japon et l’Europe, puis à partir de la fin des années 1950 se focalise sur le monde en développement.

- depuis 1944, on ne peut pas parler de gouvernance mondiale !

Hégémonie américaine incontestable ; les E-U imposent leurs vues dans les différentes institutions et concentrent géographiquement le pouvoir (ONU à NY, FMI et BIRD à Washington): le plan Marshall en 1947, le plan Dodge imposé au Japon, le traité de San Francisco qui réintègre le Japon dans le concert des nations en 1951 ; ils imposent le GATT en 1947.

Le monde communiste est exclu depuis en 1948-1949 (sauf Tito en Yougoslavie). Il exclut la Chine après 1949, puis tous les pays socialistes.

Le système de Bretton Woods exclut les non-alignés de Bandoeng qui réclament un système plus juste et essaient d’imposer un nouvel ordre économique international. Ils fondent pour cela le G77 et profitent de la naissance de la CNUCED en 1964. Ils réclament un système plus juste et ces revendications sont présentes aussi dans le panarabisme, notamment, ou dans les partis communistes asiatiques qui critiquent le néo-colonialisme américain.

-la crise des années 1971-76 bouleverse la donne : les Etats-Unis doivent renoncer à l’étalon or et faire tourner la planche à billets pour faire face à l’augmentation des cours du pétrole, à leur endettement abyssal dans le cadre de la guerre du Vietnam… Ils décident de suspendre le cours fixe du dollar et entraînent toutes les monnaies de la planète dans un système où le prix de sa monnaie par rapport à la monnaie de référence (le taux de change) est davantage flexible (change) : les accords de Washington prévoient que les monnaies les plus fortes (yen, deutschmark… peuvent varier de plus ou moins 2.25% contre 1% avant). Les monnaies peuvent être dévaluées ; c’est la fin du système de Bretton Woods et cela remet en cause la première mission du FMI.

1)REPONDRE A LA CRISE QUI ANNONCE LA FIN DES 30 GLORIEUSES DANS LES PAYS ANCIENNEMENT INDUSTRIALISES (1975-1991)

a)la crise des économies industrielles anciennes :

L’augmentation des prix du pétrole consécutive aux deux chocs pétroliers de 1973 et 1979 fait que les prix ont été multipliés par 7 en dix ans. Les importations sont essentiellement liées à cet or noir et la balance commerciale des Etats se dégrade, leurs importations leur coûtant de plus en plus cher. Les entreprises subissent le contrecoup car leurs coûts de production augmentent, au moment même où elles peinent à écouler leur demande. Les ménages sont déjà dotés, à plus de 75%, d’une voiture, d’un réfrigérateur, d’un lave-linge… Ces « biens durables » sont saturés : les stocks s’accumulent, c’est la crise du système fordiste.

Les entreprises commencent à licencier, ne peuvent plus garantir l’emploi à vie ou la progression des salaires à leurs salariés car le progrès technique est insuffisant pour leur offrir des gains de productivité. D’autant que certains pays émergents de l’époque notamment en Asie du sud-est, comme les « dragons » (Corée du sud, Singapour, Taiwan, Hong Kong) et les « tigres » (Malaisie, Indonésie, Philippine…) deviennent des challengers sérieux, dans les domaines de la métallurgie, des chantiers navals, du bâtiment, et dans les années 1980 de la hifi et des équipements ménagers.

Le chômage et l’inflation progressent ensemble, phénomène nouveau, alors que la croissance stagne : on parle de stagflation. En France, en 1974, on atteint 14% d’inflation et on passe pour la première fois la barre du million de chômeurs. En Angleterre, les travaillistes sont incapables de trouver des solutions à la crise des mines et de la sidérurgie et le pays doit solliciter l’aide du FMI. Les nationalisations et la très forte fiscalité apparaissent comme de mauvaises réponses à cette crise. La RFA résiste mieux grâce à l’exportation de ses machines-outils, et son automobile haut de gamme.

b)la volonté de trouver au moins régionalement des réponses à cette crise

-le nouveau contexte de la science économique : le néo-réalisme et l’économie de l’offre l’emportent à partir du moment où les politiques « keynésiennes » (augmenter les dépenses publiques comme les grands travaux pour réamorcer la pompe de la croissance, avec si besoin et de manière ponctuelle des augmentations d’impôts) semblent inefficaces à ramener le plein emploi et restent inflationnistes.

Les économistes jouent un grand rôle dans le revirement des politiques économiques : Milton Friedman, père du monétarisme, pense qu’il faut lutter contre l’inflation et pour cela réduire les facilités de crédit aux particuliers et aux entreprises. Cela veut dire que les banques centrales doivent limiter l’offre de prêts consentie aux agents économiques, en augmentant les taux d’intérêt directeur (l’épargne est bien rémunérée, mais le crédit est cher). Friedrich von Hayek explique que la monnaie est chose trop importante pour être confiée à des Etats, et qu’il ne faut surtout pas aider les plus démunis en cas de crise, car l’équilibre ne peut revenir que naturellement, quand l’offre et la demande se rencontrent d’elles-mêmes sur les marchés des biens et du travail. Et surtout Arthur Laffer explique qu’il faut baisser les impôts des riches pour stimuler la croissance et réduire les dépenses de l’Etat-Providence.

Ces théoriciens inspirent les politiques de Ronald Reagan (1980-1988) aux E-U et de Margareth Thatcher (1979-1990) en G-B. à un moment charnière où d’autres puissances comme la France continuent d’appliquer des recettes keynésiennes (Mauroy, Premier Ministre de Mitterrand, de 1981 à 1984).

-de nouveaux acteurs économiques apparaissent alors pour apporter des réponses : voir carte page 189

le G6 lancé par Valéry Giscard d’Estaing en 1974 (G7 avec le Canada en 1976) se réunit pour la première fois à Rambouillet en 1975 ; il réunit les pays les plus industrialisés qui décident de certains principes de fonctionnement : liberté de laisser « flotter » sa monnaie –GB- ou de la maintenir fixe – France -. Accord réciproque pour continuer à limiter les mesures protectionnistes pour éviter d’aggraver la baisse substantielle de la production manufacturée (de plus de 10% en moyenne). Les 6 grands décident aussi d’accentuer le dialogue avec les pays communistes dans le cadre de la détente, de développer et de pacifier les relations avec leurs anciennes colonies (les non-alignés), et de trouver des solutions pour endiguer la hausse du coût de l’énergie. La lutte contre l’inflation et le chômage sont décrétés priorités nationales.

Les premiers ensembles régionaux essaient de mettre en place le serment monétaire international à partir de la conférence de Bâle de 1972 : ce système entend maintenir un taux de change dans la fourchette des 2.25% entre les principales monnaies – et puissances - européennes. Il a aussi pour but d’aboutir à une politique de coopération monétaire et à une devise européenne commune, l’ECU. Le but est d’éviter que la guerre des monnaies ne divise l’Europe : si des spéculateurs font monter le mark allemand, ils vont faire monter aussi les autres monnaies européennes… Mais le dollar, de plus en plus faible à cause des dévaluations, va tuer ce système, les monnaies se désolidarisant une à une du « serpent ». Après 1977, les monnaies ne vont plus flotter les unes par rapport aux autres mais par rapport à cet ECU qui est une « moyenne » de la valeur des monnaies européennes.

le G77 réclamant un Nouvel ordre économique mondial en 1974 (souveraineté sur les matières premières, encadrement et surveillance de l’activité des multinationales pour éviter les dérives telles la corruption, l’influence sur les gouvernements latino-américains comme ce fut le cas pour IT Fruit au Chili sous Allende, éviter la dégradation des termes de l’échange liées selon eux à des achats à bas coût de matières premières contre des achats à coûts importants de produits manufacturés)

-l’enfance turbulente de la mondialisation :

La conteneurisation se répond partout dans le monde, les coûts de transports baissent et les télécommunications également, les produits peuvent être créés à moindre coût et se diffuser de plus en plus vite sur la planète.

Révolution informatique qui débute avec les innovations de la Silicon Valley, et la baisse rapide des coûts des ordinateurs, mais le succès d’internet est postérieur. La mise en réseau du monde est inachevée

Ces progrès ne sont pas sans conséquences négatives, par ex les crises économiques peuvent prendre une ampleur considérable, notamment les crises boursières (cf. 1987 beaucoup plus grave sur le plan boursier potentiellement que 1929). On instaure déjà des coupe-feux quand des bulles spéculatives se créent à cause du trading informatique. La mondialisation s’impose dans la violence dans les années 1980 avec des politiques d’ajustement structurel qui imposent l’adhésion aux règles du libre-échange et des politiques très dures d’austérité dans les pays affectés par la crise de la dette comme l’Argentine ou le Mexique en 1982. On accepte un moratoire et une annulation progressive de leurs dettes contre l’obligation de libéraliser et d’assainir leur économie (plan Brady) ; elles sont loin de tout solutionner (ex : crise au Mexique en 1993 ou crise téquila).

La fin de l’URSS donne à croire que le capitalisme et la démocratie libérale ont vaincu (la « fin de l’histoire » et la « souveraineté du consommateur », dit F. Fukuyama). Selon E. Hobsbawn c’est une erreur : le capitalisme agressif et dérégulé qui s’impose ressemble à celui du XIXe siècle, et la démocratie libérale ne se porte pas si bien au regard des taux d’absention recors et de la résurgence des partis extrêmes (en Europe notamment, cf. L’Age des extrêmes).

2)LA GOUVERNANCE MONDIALE ACTUELLE

a)des acteurs démultipliés :

-au sommet l’OMC qui couronne le succès du libre-échange : en 1995 cette institution a pour but d’élargir les principes du GATT et de les institutionnaliser. Elle étend le libre-échange aux produits agricoles et financiers, relayée par les puissances comme les E-U (ex des accords AGOA en 1999 qui ouvrent le marché américain aux produits africains). Elle permet de régler les différends entre Etats par le biais d’un tribunal, l’ORD, qui sanctionne les E-U ou l’UE comme les Philippines, Microsoft comme des entreprises plus confidentielles… La libéralisation semble connaître un succès inéluctable avec l’adhésion de la Chine à l’OMC (2001, voir texte 3 p 191), dernière grande puissance communiste, ou encore avec l’adhésion plus récente de la Russie (2012) jusqu’alors simple observatrice. L’intégration des ex puissances communistes montre bien la généralisation des principes du libre-échange.

-le rôle de la société civile internationale :

les ONG militent pour une mondialisation plus équitable, les émergents pèsent de plus lourd dans les instances internationales et renforcent leur poids symbolique notamment par des stratégies de coopération sud-sud.

Les experts prennent une place de plus en plus considérable, notamment dans les associations à vocation mondiale, qui rendent des rapports sur les dérives de la mondialisations (ATTAC), ou encore dans les sommets altermondialistes (Porto Alegre, … avec J. Stiglitz par ex). Voir le cours sur les « débats de la mondialisation ».

-le développement des ensembles régionaux :

ALENA (1994), Mercosur (1995), UE (1992), UA (Union africaine, 2002)… fonctionnant autour de banques de développement régionales (avec la banque du sud à Caracas, la BCE pour l’Europe, la Banque africaine de développement pour l’Afrique). Le but est de privilégier les échanges avec ses voisins, de limiter les barrières douanières, de développer des tarifs extérieurs communs (même prix pour tous les membres de la zone à l’export), de développer des projets collectifs innovants, d’adopter des réglementations communes…

Le processus de régionalisation du monde s’est considérablement accéléré notamment en Afrique ces dix dernières années, avec la volonté de s’affirmer d’abord économiquement puis politiquement (ex de l’Union africaine qui essaie de bâtir des institutions calquées sur l’UE). Souvent malheureusement ces accords font surtout émerger des rivalités entre des puissances qui veulent se retrouver « chef de meute ».

-les groupes de discussion ou de décision informels : du groupe de Davos au G20, inversement avec les sommets altermondialistes. Ces dernières années le G20 a pris une grande importante suite à la crise de 2007 ; son essor est lié à l’aide du FMI (qui lui fournit la documentation statistique nécessaire) et au volontarisme politique de certaines figures (comme Lula pour le Brésil en 2007). Ses travaux portent surtout sur la régulation financière, la taxation des flux internationaux de capitaux, et les questions climatiques.

Souvent un laboratoire de la gouvernance mondiale (réflexion sur la régulation de l’activité des banques et de la titrisation, sur le marché des produits dérivés, sur les paradis fiscaux et la volonté de transparence). Ils attestent souvent la montée en puissance des émergents.

-le développement des acteurs de l’ombre : think tank et lobbies qui essaient de façonner les normes de la mondialisation, d’influencer les décisions de la gouvernance mondiale.

-les firmes internationales : elles pèsent parfois par leur capitalisation boursières plus que des Etats (ex : Apple = plus de 20% du PIB de la France). Elles ont un réel pouvoir d’influence (ex de l’industrie de l’armement vis-à-vis du ministère de la Défense) et peuvent faire pression (délocalisations, destructions d’emplois, retraits de participation au capital d’entreprises parfois publiques…)

b)la multiplication des crises financières appelle de nouvelles réponses

-une régulation de plus en plus forte de la part des instances nationales et internationales de gouvernance : à l’échelle des Etats comme avec la loi Dodd-Franck aux Etats-Unis ou à l’échelle des ensembles régionaux comme avec la conférence de Bâle III en 2010 (encadrement des produits dérivés, lutte contre l’évasion fiscale) ; coordination des politiques des banques centrales au sein du G20, politiques d’austérité… Ces banques centrales ont aujourd’hui des missions et un pouvoir qui dépasse largement les institutions internationales ! Par exemple la BCE ou la Fed sont mandatées pour évacuer les produits financiers toxiques : elle jettent des titres sains sur les marchés financiers (obligations sûres) ou sur les marchés financiers (quantitative easing) pour aider les banques à trouver l’argent nécessaire pour faire tourner l’économie et renouer avec la croissance ; elles rachètent les produits toxiques –titres dangereux- pour les faire sortir du circuit (qualitative easing). Elles sont prêteurs en dernier ressort pour les banques en détresse financière, elles sont garantes de la maîtrise de l’inflation (donc du pouvoir d’achat et des capacités de prêt des banques, par le jeu de l’injection de liquidités). Or ce ne sont pas des institutions qui fonctionnent de manière démocratique.

-modifier la place relative des anciens pays industrialisés et des émergents dans les grandes institutions internationales : par exemple en permettant à ces derniers d’apporter 6% supplémentaires de quote-parts au FMI pour accroître leurs capacités de décision (voir texte 5 p 191)

-réponse aussi par une nouvelle réflexion sur le mode de croissance : rechercher la prospérité sans croissance, mieux faire de l’économie durable le cœur de notre système de production. Détacher le bien-être de la croissance matérielle pour créer de l’emploi dans le secteur vert (cf. commission Sen-Fitoussi-Stiglitz). On doit donc produire des biens « intensifs en bien-être », utilisant moins d’énergie. On doit lutter contre l’obsolescence programmée qui fait que les appareils électroménagers durent moins de 10 ans et les TIC deux ans…

-les questions climatiques, mais aussi la santé sont le lieu d’élaboration de la gouvernance mondiale : quotas de pêche, quotas de droits à polluer dans l’UE, création de protocoles de réactions aux épidémies (VIH, SRAS, Ebola)… Autant de décisions prises à une échelle globale.

c)des réponses qui ne font pas consensus

-développement de l’altermondialisme en réaction à l’OMC : la mondialisation est jugée inéquitable, elle aggrave le durcissement des frontières des pays pauvres et enrichit les riches, on critique la déconnexion de l’économie financière par rapport à l’économie réelle (100$ sur les marchés financiers circulent chaque jour pour 1$ de richesse créée au même moment dans le commerce international). Les sommets altermondialistes insistent sur le commerce équitable, le respect de l’environnement, veulent une taxe sur les transactions financières (dans l’esprit de celle proposée par J. Tobin en 1972). Ils critiquent la spéculation financière ou aujourd’hui sur les produits agricoles, miniers, les terres cultivables… Ce mouvement reste cependant une nébuleuse sans dénominateur commun réel et nourrissant surtout des préoccupations régionales plus que mondiales (cf. cours sur les débats de la mondialisation). Voir doc 2 p 196

-courant de la démondialisation : J. Sapir explique qu’elle est déjà en cours et invite avec d’autres à de nécessaires replis protectionnistes (E. Todd, H El Karoui). Les émergents, en accord avec les principes de l’OMC, pratiquent un protectionnisme éducateur et libéralisent peu à peu. C’est sur ce point que les discussions achoppent à l’OMC depuis le cycle de Doha au Qatar (2001). Les pays riches estiment les émergents mûrs pour libéraliser, or ils continuent à contrôler leurs changes (Chine) ou à mettre des barrières à la libre-entrée de concurrents étrangers (les Brésiliens veulent que les Français ouvrent des usines Renault et créent des emplois au Brésil avant de les autoriser à y fabriquer des véhicules à Curitiba ; id. pour Total et le pétrole off shore). Pour eux la spécialisation internationale a appauvri les pauvres en les enfermant dans des rentes qui ne cessent de se déprécier (ex. les Africains peuvent moins acheter de riz avec le coton ou le café qu’ils exportent par rapport à avant).

-contestation de la guerre des monnaies menée par les Américains avec le dollar ou des Chinois avec un yuan volontairement sous-évalué. Cf. E. Tétreau, Quand le dollar nous tue. L’émission de bons du Trésor américains pour financer leur dette publique colossale crée de l’inflation dans les autres pays en augmentant artificiellement la masse monétaire en circulation. En réaction, augm° du coût de la vie qui précarise les plus pauvres et serait selon l’auteur en partie responsable des révoltes que l’on appelle le printemps arabe. Le dollar sous-évalué serait aussi en partie responsable de la crise industrielle européenne, l’euro trop fort en comparaison ne permet plus de vendre nos produits industriels et le dumping monétaire accentue la désindustrialisation. Ils sont les seuls à pouvoir officiellement considérer qu’ils n’auront jamais à rembourser leurs dettes.

-pas de définition réelle d’un mode de croissance autre que productiviste or pourtant on atteint les limites écologiques du processus : réchauffement climatique, aridification des terres, démographie encore galopante des suds,… Il faut « en finir avec le culte délétère de la croissance matérielle » (J. Gadrey) et préparer la transition écologique (énergies propres, ne pas résumer le bien être à la consommation, favoriser le recyclage comme pour le développement des technologies frugales…)

-critique enfin du fonctionnement peu démocratique et peu représentatif des basculements de puissance : les émergents réclament une meilleure reconnaissance et un poids plus grand dans les votes à l’OMC, au FMI, des sièges de permanent ou non permanents à l’ONU (cela semble en marche, le Brésilien Azévédo remplace Lamy à la tête de l’OMC). L’OMC est cependant en panne : le cycle ouvert à Doha en 2010 et clos en 2014 a buté sur deux problèmes clefs : l’excessif protectionnisme tarifaire des émergents, l’excessif protection de la propriété intellectuelle (les brevets) et les normes excessives côté occidental.

-les questions climatiques divisent aussi, depuis la conférence de Rio et l’adoption du protocole de Kyoto (1997) visant à réduire les GES dans l’atmosphère. Si le Canada et l’Australie se sont ralliés à ce protocole, Etats-Unis et Chine, les deux plus gros pollueurs, l’ont jusqu’à présent refusés (même s’ils se sont entendus en 2014 pour progresser sur ce dossier).


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