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Travailler à Westminster

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Roland Michel Tremblay

44E The Grove, Isleworth, Middx, Londres, TW7 4JF, UK

+44 (0)20 8847 5586, +44 (0)794 127 1010

rm@anarchistecouronne.com www.anarchistecouronne.com

Préface
Ceci est mon journal personnel, bien que finalement l’ensemble forme un tout suffisamment consistant pour avoir un titre et former un livre. Il n’est pas exclu que ce livre soit publié un jour, mais pour l’instant il n’y a aucun projet en ce sens, j’ai plusieurs autres livres à considérer avant (ils sont tous en version intégrale sur mon site). Seule mon indécision et mon manque de temps prévient la publication de mon septième livre, mon éditeur attend mon prochain depuis longtemps.


Inutile de me faire des commentaires (en particulier Sakkat), c'est un juste un journal. Je le mets ici parce que je dois le relire au moins une fois avant de le mettre en ligne sur mon site. Le mettre en ligne ainsi au jour le jour, au fur et à mesure, est ce dont j’ai besoin pour me motiver à le corriger. Notez aussi qu’après quelques commentaires négatifs, je vais tout simplement le faire disparaître de ce forum. Je n’ai pas besoin de critiques négatives, non plus de positives, j’écris d’abord pour moi sauf si j’écris de la fiction. Et je veux aussi encourager les autres à mettre leur blog en ligne ici.


Notez que ceci sera mon dernier livre écrit en français. Après onze ans à Londres, et six mois à Los Angeles, j’ai décidé de n’écrire que ce qui vient naturellement, l’anglais. À part ce livre, il y en a juste un autre francophone qui n’est pas en ligne sur mon site : « Un Québécois à Hollywood ». Mais celui-là me demanderait trop de temps à corriger, alors c’est pas pour demain.


Anyway, être un écrivain Québécois reconnu seulement en France, ne m’a pas tellement aidé. On me regarde encore comme une sorte de phénomène bizarre. Un handicapé de la langue française (pourtant, oui, oui, j’ai étudié à la Sorbonne de Paris IV, un échec lamentable). Alors, aussi bien être un écrivain handicapé anglophone, avec une maîtrise en littérature française de l’Université de Londres. Beaucoup plus respectable que la Sorbonne dans mon cas, car j’ai passé (tout juste).
Si mon blog anonyme anglophone actuel vous intéresse, « Mycroft Holmes in Los Angeles » ou « Corporate America, If there ever was a hell on earth, this is it », il est en ligne ici : myholmes.blogspot.com
C’est la suite de ce que vous lirez ici en français. Je n’ai aucun visiteur sur ce site, je n’ai jamais dit à personne qu’il existait. Si mes employeurs lisaient ça, je serais mis à la porte immédiatement et je devrais quitter Los Angeles pour retourner à Londres. Encore une fois, c’est juste une motivation pour moi de corriger au fur et à mesure mon blog. Ce n’est peut-être pas de la grande littérature, mais c’est un besoin pour moi d’écrire les événements importants de mon existence. Vous n’êtes pas obligés de lire ça, j’ai autre chose plus intéressant à lire sur mes quatre autres sites Internet, en deux langues.


Roland Michel Tremblay


www.anarchistecouronne.com

www.crownedanarchist.com
rm@anarchistecouronne.com

19 octobre 2004
Mon deuxième jour au travail. Je tente d'écrire avec mon iPaq Compaq Pocket PC et un clavier portatif, mais je pense que le train bouge trop et que tout le monde va me regarder, une fois qu'ils entreront durant les stations prochaines. Je devrai trouver des endroits où écrire, je pense que je ne serai pas trop capable d'écrire un livre comme j'espérais.

Je sais à peu près à quoi ressemblera ma deuxième journée au travail, j'ai décidé de tout prendre au jour le jour, seule façon de ne pas capoter. Bon, j'arrête d'écrire.

22 octobre 2004
Eh bien, finalement cette dernière réunion n'avait rien de bien effrayant. Semblerait qu'il y a beaucoup de confusion à propos de ce que fait l'organisation, ce que fait notre département et ce que les employés eux-mêmes font. Bref, je n'ai pas à m'inquiéter à savoir ce qui se passe dans l'organisation, personne ne sait. Cependant, écrire des conférences sur les 30 sujets potentiels identifiés jusqu'à maintenant ne sera pas de la tarte. Ceux qui semblent avoir travaillé là depuis des années, pour plus de 20 ans, ne sont pas du tout contents de la nouvelle administration, et je n'envie pas mon patron d'être obligé de transiger avec ces vieux cons qui ont eu la vie trop facile pendant trop longtemps, et qui ont perdu le nord et la tête parce que par trois fois dans le passé on leur a dit qu'ils déménageraient de bureau et ça ne s'est pas encore produit depuis.

En plus, je crois avoir identifié deux autres gais et ils semblent intéressés à me parler, bien que franchement je n'ai rien d'attirant en ce moment, et en plus c'est pas évident que je suis gai, je ne l'ai dit à personne. Le premier est un Libanais avec un style pas mal impressionnant et d'une intelligence hors pair. Cependant il est un peu fatigant et pense tout savoir (bien qu'il soit fort possible qu'il sache tout). Il est aussi possible qu'il ne soit pas gai et que son enthousiasme ne soit que, finalement, il est écœuré de produire des conférences et je pense qu'on lui a dit que je prendrais cette responsabilité.

Aujourd'hui il se lamentait qu'il lui fallait un assistant au plus vite et qu'il serait temps que l'on explique aux nouveaux employés ce que l'on attend d'eux. J'ignore s'il parlait de moi, en tout cas je lui ai expliqué hier qu'en ce moment je faisais une analyse de toutes les conférences actuelles, passées et à venir, et que j'élaborais un plan d'action. Il voulait me rencontrer aujourd’hui, sans doute pour me balancer par la tête toutes ses conférences, mais je lui ai dit que je devais d'abord rencontrer les directeurs au milieu de la semaine prochaine et ensuite les subordonnés (dont il est). Je pense qu'il ne comprend pas que je suis responsable de toutes les conférences, tel un consultant, et non comme un producteur en tant que tel.

Juste à regarder à l'ensemble des conférences, il y en a au moins 200 par an réparties entre les 16 facultés et 6 forums. À moi seul je peux en produire environ 7 par an, lesquelles alors ? Certainement pas les siennes, les évaluations (de propriétés je suppose) ne sont pas un sujet qui m'intéresse tout particulièrement, d'autant plus que je n'ai aucune idée de ce que c'est. Je pense qu'il sera plus probable que l'on engagera plusieurs producteurs de conférences et que ce sera mon rôle de leur montrer comment faire et de superviser le tout. J'aimerais bien cela, d'autant plus que si le profit n'est pas ce qui compte, alors je ne serai jamais sous pression de produire des succès. Tout le monde s'en fout si le tout échoue, et je puis également blâmer notre base de données qui ne contient que des membres de l'organisation, et aucun nom de nos délégués passés qui n'étaient pas membres.

Je dois également ajouter que j'ai bien aimé ma première semaine, et je ressens une sorte de buzz à travailler à Westminster où la famille royale habite depuis des milliers d'années en des châteaux tout le tour de St. James’s Park où je vais tous les jours sur l'heure du dîner. Si je ne perds pas trop de temps, si je suis capable d'impressionner le patron, mon futur dans cette association est assuré pour des années, et j'aimerais bien cet emploi sur plusieurs années.

Ah oui, à propos du deuxième gai, cela est encore plus évident et positif. Il est un peu queeny, et il n'a pas de bague au doigt. En plus, tenez-vous bien, il est le deuxième en charge et il était le grand patron pendant plusieurs mois jusqu'à ce qu'ils trouvent le remplaçant du patron précédent. Si je réussis à m'approcher de lui, je n'aurai plus rien à craindre, je monterai vite dans la hiérarchie. Il n'est pas exceptionnellement beau, mais il n'est pas laid. De toute manière, je suis tellement en manque de sexe, que je suis convaincu qu'il me comblerait amplement. Cependant il ne semble pas trop m’aimer. Sans trop savoir comment, je pense que je l’ai aliéné avant même de l’avoir rencontré pour notre réunion à propos des conférences.

Je parle comme si j'étais un vrai capitaliste endurci et ambitieux, prêt à marcher sur la tête des autres pour arriver à mes fins. Bien entendu il est clair que je suis tout le contraire et que tous ces jeux me dépriment. Cependant je joue un peu ce jeu maintenant pour m'encourager et me motiver un peu. Sinon, le tout est si triste, que je penserais certes à me tirer une balle dans la tête. J'espère sincèrement que Watson soit gai et qu'il sera intéressé à moi. Je ne veux même pas que cela aille trop vite, car s'il sort déjà avec quelqu'un et s'il est inaccessible, ou s'il est marié avec enfants, je serai bien déçu et je perdrai ma motivation. Notons que je ne souhaite pas particulièrement coucher avec lui, mais avoir un allié serait déjà une bonne chose.

Je dois également parler d'un homme qui travaille là, il est aveugle et ressemble étrangement au Prince Charles. Lors de mon entrevue il parlait avec un membre de l'organisation (il est membre lui-même) et après que la rencontre fut terminée, il s'est carrément frappé dans un panneau, pensant que c'était la porte. Je n'ai pu m'empêcher de sourire, bien que je le regrette. Jamais je n'aurais cru alors que moins de deux semaines plus tard, je serais dans une réunion avec lui. En plus il s'est beaucoup lamenté, il semblait en avoir gros sur le coeur. D'autant plus qu'il déménage dans la bibliothèque et cela ne semble pas faire son affaire (alors que moi je serais très heureux d'être dans la librairie). Bon, j'arrive à destination, vaut mieux fermer l'ordi.
22 oct 04 partie 3
Mon patron devait bien savoir lorsqu’il m’a engagé que j’écrirais un livre sur lui et l'organisation dont il a héritée. Sinon, il est plus imbécile que je ne le pensais. Je lui ai montré mes livres en entrevue, je lui ai clairement dit que quelques-uns étaient des livres autobiographiques qui racontaient ma vie alors que je suis arrivé à Paris, à New York, à Londres. Peut-il vraiment croire que je n’allais pas décrire tout ce qui passe ici ? Peut-être souhaitait-il être immortalisé ? Dans le décor du Parliament Square… Oh dear, certains ont une psyché incompréhensible. Je pense qu’il était trop con pour imaginer que j’allais écrire un livre complet sur lui et ses échecs. Inutile de penser que je pourrais parler de ses succès, seul l’enfer mérite d’être dit, dénoncé, construit en littérature anarchiste contre le capitalisme éhonté. Bah… bah. Je baillerai sans doute entre deux réunions, et oublierai de mentionner ses short-comings.

Encore faudrait-il que ses erreurs m’atteignent, car ils ont bien expliqué aujourd’hui qu’ils pratiquent une sorte de communication interne basée sur un style de cascade. C’est-à-dire que le grand patron radote à ses directeurs, les directeurs radotent à leurs subordonnés, mais seulement ce qu’ils jugent nécessaire d’être dit, et les subordonnés placotent avec le reste de la compagnie, et le tout devient une sorte de jeu de téléphone chinois où tout m’arrive avec distorsion. Mais n’oublions pas que j’ai des réunions avec le monstre à la tête de l’organisation, j’entends donc les rumeurs de première main. Je suis dans le secret des dieux, je peux moi aussi partir des rumeurs sur les événements à venir. Non pas que cela m’intéresse, mais je suis toujours prêt pour un bon gossip juteux. They better be juteux, or else I won’t have a book to write.

Pendant ce temps, sur mes heures de lunch, je marche autour du St. James’s Park. Là où tout autour la famille royale actuelle habite, y compris le jeune prince Harry. Harry est officiellement hétérosexuel, et cela est vraiment ordinaire. Il sort tout le temps, french des filles à moitié nues stupides, frappe des photographes, bref, rien d’intéressant. Pourtant il fait la une des journaux chaque fois qu’il sort en ville, et tout le monde lit ses déboires, même moi. Je dois me sentir bien près de la mort pour lire des articles sur le jeune prince sans avenir et ses déboires. Il ne me faudrait pas le rencontrer dans St. James’s Park, alors qu’il ferait marcher le chien, car je te le déviergerais pour vrai et lui ferais comprendre les vraies réalités de la vie. Un jeune con comme lui, sans cerveau, riche à craquer, sans rien avoir à faire, il mérite une bonne dose de réalité. Mais voilà, il entre dans l’armée l’an prochain, et cela est plus qu’une bonne dose de réalité, bien que je sais qu’ils vont y aller doucement parce qu’il est le fils du futur King. Good. Ou alors ils vont le martyriser à cause de cela, je ne sais pas. J’espère qu’il en écrira un livre, alors nous saurons. Il semble être tout à fait sans envergure, mais s’il écrivait un livre, nous verrions sans doute qu’il existe en trois dimensions (au moins) et que ce sont les journalistes du Evening Standard qui sont à blâmer pour nous avoir convaincu que le jeune idiot n’avait rien dans la cervelle.

Lundi 25 octobre 2004
Je m'en vais au travail, encore une fois, pour ma deuxième semaine. J'ai travaillé toute la journée du dimanche à chercher des fichiers de mes anciens emplois dans les conférences pour m'aider dans mon emploi actuel, mais je n'ai pas trouvé grand-chose, et finalement je devrai écrire moi-même ce manuel pour aider à produire des conférences. Ma peur la plus grande est que mon patron veuille me rencontrer et que je n'aie pas grand-chose à lui montrer. Il me faut donc bouger vite et travailler fort.

La première semaine a été perdue à mon avis, même pas à apprendre ce que font ces facultés, mais juste à établir la liste des conférences actuelles. Une semaine ça m'a pris, sans compter que le tout était déjà dans une base de données sur le réseau et que je n'avais qu’à extraire l'info dans une feuille Excel. Voila comment on arrive à perdre son temps radicalement, même lorsque l'on désire être productif.

Je pense que je vais accélérer le mouvement et tenter de rencontrer les directeurs des facultés et forums aujourd'hui et demain, car on dirait que j'ai peur de me lancer et je retarde ces réunions le plus possible, de peur de ne pas être trop au courant de leurs histoires et d'oublier de poser les bonnes questions. Puisque, en fin de compte, je ne sais toujours pas ce que je fais là, dans cette association. Mon patron n'a pas été très clair et je pense que c'est parce que dans le fond il ne sait pas trop quoi faire avec moi. Ce qu'il avait besoin était plutôt un consultant en conférences, mais alors cela lui aurait coûté trois fois le salaire qu'il me paie pour sans doute pas beaucoup plus de résultats, ou alors je me trompe et ces consultants valent vraiment le prix qu'on les paie, et alors il a mal choisi en m'engageant. Je m'en balance complètement.

Ce week-end je n'ai pas travaillé sur la traduction du scénario du film, et je ne prévoie pas pouvoir y travailler avant le week-end prochain, à moins d'un miracle, tel un acte terroriste à Westminster, qui me permettrait de demeurer à la maison pour travailler sur mes projets. Je n'ai pas non plus remis à jour mon site Internet depuis la parution de mon dernier livre, et mon éditeur insiste maintenant tous les jours pour que je modifie le tout. Cependant j'ai passé tout samedi à faire fonctionner le TomTom Go de Stephen, un navigateur électronique pour la route, et à entrer tous les bureaux de Mercedes dans la mémoire afin qu'il puisse s'y rendre, et j'ai également programmé d'autres points d'intérêts dont l'installation de listes de cameras en Grande-Bretagne pour qu'il sache à l'avance lorsqu'il en rencontrera une. Il ne lui reste que trois points à perdre avant que la cours ne le bannisse de la route pour un an, alors qu'il est un conducteur.

J'ai aussi perdu le reste de la journée, de même vendredi soir, à tenter d'établir un réseau entre mon ordi et mon portable en utilisant deux onglets Bluetooth. J'ai partiellement réussi, mais il faut que les fichiers soient dans un dossier spécifique, alors je commence un peu à regretter ne pas avoir acheté du Wireless LAN, mais alors mon téléphone n'aurait pas pu communiquer avec mes ordis. Dans le fond j'aurais peut-être dû aller vers l'infrarouge. Windows ne semble pas connaître ou reconnaître Bluetooth. Ne suis-je pas devenu un vrai geek avec le temps ? Considérant que je suis celui qui, le premier dans le monde, a produit des conférences sur Wireless LAN et Bluetooth, ça m'a pris des jours à figurer comment installer le tout. C'est qu'à l'époque où je faisais mes conférences, la technologie n'existait que sur papier ou presque. Et ça a pris des années pour finalement devenir un standard et d'être installé dans tous les produits sur le marché. Et le pire, c’est qu'il me semble que tout cela n'est pas très nouveau. Même quand j'étais bébé dans les années 70, il me semble qu'il existait bien des technologies sans fil, et pas seulement l'ultrason ou l'infrarouge. Ils ont réinventé la roue avec Bluetooth et Wireless LAN. Et je suppose qu'ils la réinventeront encore, en autant que cela leur fasse de l’argent.
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