Leçon 5 20 Janvier








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LACAN


Le Sinthome

1975-76



Ce document de travail a pour sources principales :


Le texte de ce séminaire nécessite l’installation de la police de caractères spécifique, dite « Lacan », disponible ici :

http://fr.ffonts.net/LACAN.font.download (placer le fichier Lacan.ttf dans le répertoire c:\windows\fonts)

Les références bibliographiques privilégient les éditions les plus récentes. Les schémas sont refaits.

N.B.  Ce qui s’inscrit entre crochets droits [ ] n’est pas de Jacques LACAN.

(Contact)

Table des matières

Leçon 1 18 Novembre 1975

Leçon 2 09 Décembre 1975

Leçon 3 16 Décembre 1975

Leçon 4 13 Janvier 1976

Leçon 5 20 Janvier 1976

Leçon 6 10 Février 1976

Leçon 7 17 Février 1976

Leçon 8 09 Mars 1976

Leçon 9 16 Mars 1976

Leçon 10 13 Avril 1976


Leçon 11 11 mai 1976
18 Novembre 1975 Table des matières


J’ai annoncé sur l’affiche : LE SINTHOME.

C’est une façon ancienne d’écrire ce qui a été ultérieurement écrit SYMPTÔME.
Si je me suis permis cette modification d’orthographe qui marque évidemment une date, une date qui se trouve être l’injection dans le français…

ce que j’appelle lalangue, lalangue mienne …l’injection de grec… de cette langue dont JOYCE,

dans le Portrait de l’Artiste, émettait le vœu tout à fait… non, c’est pas dans le Portrait de l’Artiste,

c’est dans le Ulysses, dans le Ulysses, au premier chapitre : il s’agit de hellenise

…d’injecter de même lalangue hellène, on ne sait pas à quoi, puisque il ne s’agissait pas du gaélique, encore qu’il s’agit

de l’Irlande, mais que JOYCE devait écrire en anglais.
Qu’il a écrit en anglais d’une façon telle que…

comme l’a dit quelqu’un dont j’espère qu’il est dans cette assemblée, Philippe SOLLERS, dans Tel Quel 1

…il l’a écrit d’une façon telle que lalangue anglaise n’existe plus. Elle avait déjà, je dirai peu de consistance,

ce qui ne veut pas dire qu’il soit facile d’écrire en anglais. Mais JOYCE, par la succession d’œuvres qu’il a écrites en anglais, y a ajouté ce quelque chose qui fait dire au même auteur qu’il faudrait écrire l’é.l.a.n.g.u.e.s, l’élangues.
L’élangues par où je suppose qu’il entend désigner quelque chose comme l’élation. Cette élation dont on nous dit que

c’est au principe de je ne sais quel sinthome que nous appelons - en psychiatrie - la manie. C’est bien en effet ce à quoi ressemble sa dernière oeuvre, à savoir Finnegans Wake, celle qu’il a si longtemps soutenue pour y attirer l’attention générale.

Celle aussi à propos de quoi j’ai posé dans un temps, au temps où je me suis laissé entraîner à…

par une sollicitation pressante, pressante je dois dire de la part de Jacques AUBERT

ici présent et tout aussi pressant

…où je me suis laissé entraîner à inaugurer, à inaugurer au titre d’un symposium JOYCE.
C’est par là qu’en somme je me suis laissé détourner de mon projet qui était, cette année…

je vous l’ai annoncé l’année dernière

…d’intituler ce séminaire du « quatre, cinq et six ». Je me suis contenté du 4 et je m’en réjouis, car le « 4, 5, 6 »,

j’y aurais sûrement succombé. Ça ne veut pas dire que le 4 dont il s’agit me soit pour autant moins lourd.
J’hérite de FREUD, bien malgré moi, par ce que j’ai énoncé - de mon temps - ce qui pouvait être tiré, en bonne logique, des bafouillages de ceux qu’il appelait « sa bande ». Je n’ai pas besoin de les nommer, c’est cette clique qui suivait

les réunions de Vienne et dont on ne peut pas dire qu’aucun ait suivi la voie que j’appelle de bonne logique.
La nature, dirai-je pour couper court, se spécifie de n’être « pas-une ». D’où le procédé logique pour l’aborder.

Appeler « nature » ce que vous excluez du fait même de porter intérêt à quelque chose

ce quelque chose se distinguant d’être nommé

…la nature par ce procédé ne se risque à rien qu’à s’affirmer d’être un pot-pourri de hors-nature.
L’avantage de cet énoncé est que si vous trouvez - à bien le compter - que le « nommer » tranche sur ce qui paraît être

la loi de la nature, qu’il n’y ait pas chez lui, je veux dire chez l’homme, de rapport naturellement - sous toute réserve donc, ce naturellement -naturellement sexuel, vous posez logiquement - ce qui se trouve être le cas -que ce n’est pas là un privilège,

un privilège de l’homme.
Veillez pourtant à n’aller pas à dire que le sexe n’est rien de naturel. Tâchez plutôt de savoir ce qu’il en est dans chaque cas : de la bactérie à l’oiseau - j’ai déjà fait allusion à l’un et à l’autre - de la bactérie à l’oiseau, puisque ceux-là ont des noms. Remarquons au passage que dans la création dite divine…

divine seulement en ceci qu’elle se réfère à la nomination

…la bactérie n’est pas nommée. Et qu’elle n’est pas plus nommée quand Dieu, bouffonnant l’homme - l’homme supposé originel - lui propose de commencer par dire le nom de chaque bestiole.
De ce premier - faut bien le dire - déconnage, nous n’avons de trace qu’à en conclure qu’ADAM…

comme son nom l’indique assez, c’est une allusion, ça, à « la fonction de l’index » de PEIRCE

…qu’ADAM était - selon le joke qu’en fait JOYCE justement - qu’ADAM était bien entendu une MADAME, et qu’il n’a nommé les bestiaux que dans la langue de celle-ci, il faut bien le supposer, puisque celle que j’appellerai l’ÈVIE (e.v.i.e)…

l’ ÈVIE que j’ai bien le droit d’appeler ainsi puisque c’est ce que ça veut dire en hébreu - si tant est que l’hébreu soit une langue - : la mère des vivants 

…eh bien l’ÈVIE l’avait tout de suite, et bien pendue cette langue, puisque après le supposé du « nommer » par ADAM,

la première personne qui s’en sert c’est bien elle, pour parler au serpent.
La création dite divine se redouble donc de la parlote, du parlêtre comme je l’ai appelé, par quoi l’ÈVIE fait du serpent

ce que vous me permettrez d’appeler le « serre-fesses », ultérieurement désigné comme faille, ou mieux phallus,

puisqu’il en faut bien un pour faire le « faut-pas », la « faute » dont c’est l’avantage de mon sinthome de commencer par là :

Sin en anglais veut dire ça, le péché, la première faute.
D’où la nécessité…

je pense tout de même, à vous voir en aussi grand nombre, qu’il y en a bien quelques-uns qui ont déjà entendu mes « bateaux »

…d’où la nécessité du fait que ne cesse pas la faille qui s’agrandit toujours, sauf à subir le cesse de la castration comme possible.
Ce possible, comme je l’ai dit…

sans que vous le notiez, pour ce que moi-même point ne l’ai noté de n’y pas mettre la virgule

…ce possible, j’ai dit autrefois c’est que c’est c’est ce qui cesse, de s’écrire, mais il y faut mettre la virgule :

c’est « ce qui cesse, virgule, de s’écrire ». Ou plutôt cesserait d’en prendre le chemin dans le cas où adviendrait enfin

ce discours que j’ai évoqué, tel qu’il ne serait pas de semblant.
Y-a-t-il impossibilité que la vérité devienne un produit du savoir-faire ? Non !
Mais elle ne sera alors que mi-dite, s’incarnant d’un S indice 1 [S1] de signifiant, là où il en faut au moins deux

pour que l’unique - La femme - à avoir jamais été…

mythique, en ce sens que le mythe l’a fait singulière : il s’agit d’ÈVE dont j’ai parlé tout à l’heure

…que l’unique - La femme - à avoir jamais été incontestablement possédée, pour avoir goûté du fruit de l’arbre défendu, celui de la science.
L’ÈVIE donc, n’est pas mortelle plus que SOCRATE.

La femme dont il s’agit est un autre nom de Dieu, et c’est en quoi elle n’existe pas, comme je l’ai dit maintes fois.
Ici on remarque le côté futé d’ARISTOTE, qui ne veut pas que le singulier joue dans sa logique. Contrairement à ce qu’il admettait dans ladite logique, il faut dire que SOCRATE n’est pas homme, puisqu’il accepte de mourir pour que la cité vive, car il l’accepte c’est un fait. En plus, ce qu’il faut bien dire, c’est qu’à cette occasion, il ne veut pas entendre parler sa femme.
D’où ma formule, que je relave si je puis dire, à votre usage, en me servant du μεπαντες [me pantes] que j’ai relevé dans l’Organon

où d’ailleurs je n’ai pas réussi à le retrouver, mais où quand même, je l’ai bien lu, et même au point que ma fille, ici présente, l’a pointé et qu’elle me jurait qu’elle me retrouverait à quelle place c’était μεπαντες [me pantes]

…comme l’opposition écartée - écartée par ARISTOTE - à l’Universel du παν [pan], La femme n’est toute que sous la forme dont l’équivoque prend de lalangue nôtre son piquant, sous la forme du « mais pas ça », comme on dit : « tout, mais pas ça ! ».
C’était bien la position de SOCRATE. Le « mais pas ça » c’est ce que j’introduis sous mon titre de cette année comme le sinthome.

Il y a pour l’instant, pour L’instance de la lettre telle qu’elle s’est ébauchée à présent

et n’espérez pas mieux, comme je l’ai dit ce qui en sera plus efficace

ne fera pas mieux que de déplacer le sinthome, voire de le multiplier

pour L’instance donc, présente, il y a le sinthome madaquin 2 [Rires] que j’écris comme vous voudrez, m.a.d.a.q.u.i.n après sinthome.
Vous savez que JOYCE en bavait assez sur ce sinthome. Faut bien dire les choses : pour ce qui est de la philosophie

on n’a jamais rien fait de mieux, il y a que ça de vrai.
Ça n’empêche pas que JOYCE - consultez là-dessus l’ouvrage de Jacques AUBERT3 - ne s’y retrouve pas très bien, concernant le quelque chose à laquelle il attache un grand prix, à savoir ce qu’il appelle « le Beau »,

il y a dans le sinthome madaquin, je ne sais quoi qu’il appelle claritas, auquel JOYCE substitue quelque chose comme

La splendeur de l’Être qui est bien le point faible dont il s’agit.
Est-ce une faiblesse personnelle : La splendeur de l’Être ne me frappe pas. Et c’est bien en quoi JOYCE fait déchoir

le sinthome de son madaquinisme, et contrairement à ce qu’il pourrait en apparaître, à première vue...

à savoir son détachement de la politique

...produit à proprement parler ce que j’appellerai le « sint-home Rule ».
Ce « home-rule » que le Freeman’s Journal représentait se levant derrière la Banque d’Irlande.

Ce qui le fait - comme par hasard - se lever au Nord-Ouest - ce qui n’est pas d’usage pour un lever de soleil -

c’est quand même, malgré le grincement que nous voyons à ce sujet dans JOYCE, c’est quand même bien le « sinthome-roule »,

le sinthome à roulettes que JOYCE conjoint.

Il est certain que ces deux termes, on peut les nommer autrement, je les nomme ainsi en fonction des deux versants qui s’offraient à l’art de JOYCE, lequel nous occupera cette année en raison de ce que j’ai dit tout à l’heure :

que je l’ai introduit et que je n’ai pu faire mieux que de le nommer ce « sinthome » - car il le mérite - du nom qui lui convient en en déplaçant - comme je l’ai dit - l’orthographe… Les deux, les deux orthographes le concernent.

Mais il est un fait qu’il choisit. En quoi, il est comme moi un hérétique, car haeresis c’est bien là ce qui spécifie l’hérétique.
Il faut choisir la voie par où prendre la vérité. Ce d’autant plus, que le choix une fois fait, ça n’empêche personne de

le soumettre à confirmation, c’est-à-dire d’être hérétique de la bonne façon, celle qui d’avoir bien reconnu la nature du sinthome, ne se prive pas d’en user logiquement, c’est-à-dire jusqu’à atteindre son Réel au bout de quoi il n’a plus soif. Ouais…
Bien entendu il a fait ça, lui, à vue de nez. Car on ne pouvait plus mal partir que lui.

Etre né à Dublin, avec un père soûlographe et plus ou moins Fénian, c’est-à-dire fanatique, de deux familles,

car c’est ainsi que ça se présente pour tous quand on est fils de deux familles, quand il se trouve qu’on se croit mâle

parce que on a un petit bout de queue.
« Naturellement » - pardonnez-moi ce mot - il en faut plus. Mais comme il avait la queue un peu lâche, si je puis dire, c’est son art qui a suppléé à sa tenue phallique. Et c’est toujours ainsi. Le phallus c’est la conjonction de ce que j’ai appelé ce parasite

qui est le petit bout de queue en question

…c’est la conjonction de ceci avec la fonction de la parole. Et c’est en quoi son art est le vrai répondant de son phallus.
À part ça, disons que c’était un pauvre hère, et même un pauvre hérétique [hère étique…]. Il n’y a de joyciens à jouir

de son hérésie que dans l’université. Mais c’est lui qui l’a délibérément voulu que s’occupât de lui cette engeance.
Le plus fort est qu’il y a réussi, et au-delà de toute mesure : ça dure et ça durera encore.

Il en voulait pour 300 ans, nommément, il l’a dit : Je veux que les universitaires s’occupent de moi pendant trois cents ans.

Et il les aura, pour peu que Dieu ne nous atomise pas.
Ce hère

car on ne peut pas dire « cet hère », c’est interdit par l’aspiration,

ça embête même tellement tout le monde que c’est pour ça qu’on dit « le pauvre hère »

…ce hère s’est conçu comme un héros : Stephen Hero. C’est le titre expressément donné pour celui de là où il prépare

le A Portrait of the Artist as a Young Man.
Ah ! c’était ce que j’aurais bien souhaité que - je l’ai pas emporté, c’est trop bête - ce que j’aurais souhaité que vous…

j’aurais pu au moins vous le montrer

…que vous le trouviez et dont, mal averti, je savais que c’était difficile, et c’est pour ça que je vous précise la façon dont vous devez insister.
Mais Nicole SELS, ici présente, m’a envoyé une bafouille - une lettre on appelle ça - extrêmement précise,

où pendant deux pages, elle m’explique qu’il est impossible de se le procurer.
Il est impossible à l’heure actuelle d’avoir ce texte et ce que j’ai appelé ce criticisme, c’est-à-dire ce qu’un certain nombre

de personnes, toutes universitaires

c’est d’ailleurs une façon d’entrer à l’université, l’université aspire les joyciens,

mais enfin, ils sont déjà en bonne place, elle leur donne des grades

…bref, vous ne trouverez pas le… je ne sais pas comment ça se prononce, c’est Jacques AUBERT qui va me le dire : est-ce le Bibe ou Bibi ?
Jacques AUBERT - D’ordinaire, on dit Bibi.
On dit Bibi ? Bon…
Vous ne trouverez pas le Beebe qui ouvre la liste par un article sur JOYCE, je dois dire particulièrement gratiné,

à la suite de quoi vous avez Hugh KENNER qui à mon avis

peut-être à cause du sinthome madaquin en question

…à mon avis, parle assez bien de JOYCE. Et il y en a d’autres jusqu’à la fin, dont je regrette que vous ne puissiez pas disposer.
À la vérité c’est un « pas-de-clerc », que j’aie - c’est le cas de le dire - que j’aie mis cette petite note en petits caractères

- je les ai fait rapetisser, Dieu merci - que j’aie fait cette note en petits caractères.

Il faudrait que vous vous arrangiez avec Nicole SELS pour vous en faire faire une série de photocopies.
Comme je pense que dans le fond il y en a pas tellement qui, l’anglais…

surtout l’anglais de JOYCE

…soient prêts, je veux dire parés pour le parler, ça ne fera quand même qu’un petit nombre.

Mais enfin il y aura évidemment de l’émulation. Et une émulation - mon Dieu - légitime, parce que Le Portrait de l’Artiste

ou plus exactement Un Portrait de l’Artiste. De l’Artiste qu’il faut écrire en y mettant tout l’accent sur le « le » qui bien sûr en anglais n’est pas tout à fait notre article défini à nous. Mais on peut faire confiance à JOYCE :

s’il a dit « le » c’est bien qu’il pense que d’artiste, c’est lui le seul, que là il est singulier « As » a Young Man, c’est très suspect.
Car en français, ça se traduirait par « comme ». Autrement dit, ce dont il s’agit c’est du comment.

Le français là-dessus est indicatif. Est indicatif de ceci : c’est que quand on parle « comme » en se servant

d’un adverbe, quand on dit : réellement, mentalement, héroïquement, l’adjonction de ce ment est déjà en soi suffisamment indicative. Indicative de ceci : c’est qu’on ment. Il y a du mensonge indiqué dans tout adverbe. Et ce n’est pas là accident.
Quand nous interprétons, nous devons y faire attention.

Quelqu’un qui n’est pas très loin de moi, faisait la remarque à propos de la langue en tant qu’elle désigne l’instrument

de la parole, que c’était aussi la langue qui portait les papilles dites du goût. Eh bien, je lui rétorquerai que

c’est pas pour rien que « ce qu’on dit ment » [Rires]. Vous avez la bonté de rigoler [Rires], mais c’est pas drôle.

Car en fin de compte… car en fin de compte nous n’avons que ça comme arme contre le symptôme : l’équivoque.
Il arrive que je me paie le luxe de… de « contrôler » on appelle ça, un certain nombre de gens qui se sont autorisés

eux-mêmes - selon ma formule - à être analystes. Il y a deux étapes :


  • Il y a une étape où ils sont comme le rhinocéros : ils font à peu près n’importe quoi et je les approuve toujours. Ils ont en effet toujours raison.




  • La deuxième étape consiste à jouer de cette équivoque qui pourrait libérer du sinthome.


Car c’est uniquement par l’équivoque que l’interprétation opère. Il faut qu’il y ait quelque chose dans le signifiant qui résonne.
Il faut dire que on est surpris que les philosophes anglais, ça ne leur soit nullement apparu. Je les appelle philosophes

parce que ce ne sont pas des psychanalystes. Ils croient dur comme fer à ce que la parole ça n’a pas d’effet. Ils ont tort.

Ils s’imaginent qu’il y a des pulsions, et encore quand ils veulent bien ne pas traduire pulsion par instinct.

Ils ne s’imaginent pas que les pulsions c’est l’écho dans le corps du fait qu’il y a un dire.
Mais que ce dire, pour qu’il résonne, pour qu’il consonne

pour employer un autre mot du sinthome madaquin

…pour qu’il consonne, il faut que le corps y soit sensible. Et qu’il l’est, c’est un fait.
C’est parce que le corps a quelques orifices dont le plus important…

dont le plus important parce qu’il peut pas se boucher, se clore

…dont le plus important est l’oreille, parce qu’il peut pas se fermer, que c’est à cause de ça que répond dans le corps ce que j’ai appelé la voix. L’embarrassant est assurément qu’il n’y a pas que l’oreille, et que lui fait une concurrence éminente le regard.
More geometrico, à cause de la forme chère à PLATON, l’individu se présente comme il est foutu : comme un corps.

Ce corps a une puissance de captivation qui est telle que, jusqu’à un certain point, c’est les aveugles qu’il faudrait envier. Comment est-ce qu’un aveugle - si tant est qu’il se serve du braille - peut lire EUCLIDE ?
L’étonnant est ceci que je vais énoncer, c’est que la forme ne livre que le sac, ou si vous voulez la bulle.

Elle est quelque chose qui se gonfle, et dont j’ai déjà dit les effets à propos de l’obsessionnel, qui en est féru plus qu’un autre. L’obsessionnel - ai-je dit, quelque part, on me l’a rappelé récemment - c’est quelque chose de l’ordre de la grenouille

qui veut se faire aussi grosse que le bœuf. On en sait les effets, par une fable.

Il est particulièrement difficile, on le sait, d’arracher l’obsessionnel à cette emprise du regard.
Le sac, en tant qu’il s’imagine dans la théorie de l’ensemble, telle que l’a fondée CANTOR, se manifeste, voire se démontre…

si toute démonstration est tenue pour démontrer l’imaginaire qu’elle implique

…ce sac - dis-je - mérite d’être connoté d’un ambigu de 1 et de 0, seul support adéquat de ce à quoi confine l’ensemble vide qui s’impose dans cette théorie. D’où notre scription : S indice 1, [S1]. Je précise qu’elle se lit comme ça.

Elle fait pas l’Un, mais elle l’indique comme pouvant ne rien contenir, être un sac vide.
Il n’en reste pas moins qu’un sac vide reste un sac, soit l’un qui n’est imaginable que de l’ex-sistence et de la consistance

qu’a le corps d’être pot. Il faut les tenir - cette ex-sistence et cette consistance - pour réelles, puisque le Réel c’est de les tenir. D’où le mot Begriff qui veut dire ça. L’Imaginaire montre ici son homogénéité au Réel, et qu’elle ne tient - cette homogénéité - qu’au fait du nombre, en tant qu’il est binaire, 1 ou 0. C’est-à-dire qu’il ne supporte le 2

que de ce qu’1 ne soit pas 0, qu’il ex-siste au 0, mais n’y consiste en rien.
C’est ainsi que la théorie de CANTOR doit repartir du couple, mais qu’alors l’ensemble y est tiers.

De l’ensemble premier à ce qui est l’Autre, la jonction ne se fait pas.
C’est bien en quoi le symbole en remet sur l’Imaginaire, lui a l’indice 2 [S2]. C’est-à-dire qu’indiquant qu’il est couple,

il introduit la division dans le sujet - quel qu’il soit - de ce qui s’y énonce « de fait ».
Le « fait » restant suspendu à l’énigme de l’énonciation qui n’est que « fait » fermé sur lui :

  • le fait du fait, comme on l’écrit,

  • le faîte du fait ou le fait du faîte, comme ça se dit

…égaux en fait, équivoques et équivalents, et par là limite du dit.
L’inouï est que les hommes aient très bien vu que le symbole ne pouvait être qu’une pièce cassée, et ce - si je puis dire - de tous temps. Mais qu’ils n’aient pas vu à l’époque - à l’époque de ce tous temps - que cela comportait l’unité et la réciprocité du signifiant

et du signifié, conséquemment que le signifié d’origine ne veut rien dire, qu’il n’est qu’un signe d’arbitrage entre deux signifiants, mais de ce fait pas d’arbitraire pour le choix de ceux-ci. Il n’y a d’umpire

umpire [arbitre] pour le dire en anglais, c’est comme ça que JOYCE l’écrit

…qu’à partir de l’empire, de l’imperium sur le corps, comme tout en porte la marque dès l’ordalie [« jugement de Dieu »].

Ici, le 1 confirme son détachement d’avec le 2. Il ne fait 3 que par forçage imaginaire, celui qui impose qu’une volonté

suggère à l’un de molester l’autre, sans être lié à aucun. Ouais…
Pour que la condition fût expressément posée de ce qu’à partir de trois anneaux, on fît une chaîne telle que la rupture d’un seul rendît - l’un de l’autre - les deux autres libres, quels qu’ils fussent…

car dans une chaîne l’anneau du milieu, si je puis dire de cette façon abrégée,

réalise ça : les deux autres libres, quels qu’ils fussent

…il a fallu qu’on s’aperçût que c’était inscrit aux armoiries des BORROMÉE, que le nœud - de ce fait dit borroméen

était déjà là sans que personne se fût avisé d’en tirer conséquence.
c:\users\alain\lacan séminaires\ressources\doc s23\illustrations\image023.jpg c:\users\alain\lacan séminaires\ressources\doc s23\illustrations\image021.jpg
C’est bien là que gît ceci : que c’est une erreur de penser que ce soit une norme pour le rapport de trois fonctions

qui n’existent - l’une à l’autre dans leur exercice - que chez l’être qui de ce fait se croit être homme.

Ce n’est pas que soient rompus le Symbolique, l’Imaginaire et le Réel qui définit la perversion, c’est que : ils sont déjà distincts,

et qu’il en faut supposer un quatrième, qui est le sinthome en l’occasion, qu’il faut supposer tétradique ce qui fait le lien borroméen,

que « perversion » ne veut dire que « version vers le père », et qu’en somme le père est un symptôme ou un sinthome,

comme vous le voudrez.
L’ex-sistence du symptôme c’est ce qui est impliqué par la position même, celle qui suppose ce lien - de l’Imaginaire,

du Symbolique et du Réel - énigmatique. Si vous trouvez quelque part - je l’ai déjà dessiné - ceci qui schématise le rapport

de l’Imaginaire, du Symbolique et du Réel en tant que séparés l’un de l’autre, vous avez déjà, dans mes précédentes

figurations, mis à plat leur rapport, la possibilité de les lier - par quoi ? - Par le sinthome. Si j’avais ici un craie de couleur…
Gloria -De quelle couleur vous la voulez ?
Comment ?
Gloria - De quelle couleur ?
Rouge, si vous le voulez bien. Vous êtes vraiment trop gentille.
Tout dépend de ceci :

c:\users\alain\desktop\lacan séminaires\ressources\doc s23\5.jpg
C’est que, à rabattre ce grand S…

c’est-à-dire ce qui s’affirme de la consistance du Symbolique

…à le rabattre, comme il est plausible, je veux dire offert, à le rabattre d’une façon qui se trace ainsi, vous avez…

si cette figure est correcte, je veux dire que glissant sous le Réel, c’est évidemment aussi sous l’Imaginaire

qu’il doit se trouver, à ceci près qu’ici, c’est sur le Symptômatique qu’il doit passer

…vous vous trouvez dans la position suivante, c’est qu’à partir de quatre, ce qui se figure est ceci :
6a.jpg
C’est à savoir que vous aurez le rapport suivant, ici par exemple, l’Imaginaire, le Réel, et le symptôme que je vais figurer

d’un sigma [
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