RÉsumé Notre étude constitue un volet, ciblant les nouvelles mères, d’un projet plus extensif visant à implanter un réseau de services communautaires en santé mentale,








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UNIVERSITÉ DU QUÉBEC À MONTRÉAL

LORSQUE LA DISTANCE PHYSIQUE S’AJOUTE À LA DIFFÉRENCE CULTURELLE

ADÉQUATION ENTRE LES SERVICES COMMUNAUTAIRES HAÏTIENS EN SANTÉ MENTALE ET LA SUPERVISION DE PROFESSIONNELS MONTRÉALAIS

PRÉSENTÉ COMME EXIGENCE PARTIELLE DANS LE CADRE DU COURS

ACTIVITÉ DE RECHERCHE EN PSYCHOLOGIE (PSY-5900)

À MARC BIGRAS, Ph.D. & SOPHIE GILBERT, Ph.D

PAR

GABRIÈLE GILBERT

SOUS LA DIRECTION DE SOPHIE GILBERT, Ph.D.

Juin 2015

REMERCIEMENTS

D’abord et avant tout, j’aimerais remercier ma directrice de recherche, Sophie Gilbert, pour son encadrement constant et rigoureux, ainsi que pour sa sensibilité et son écoute. Celle-ci a, et continuera de représenter pour moi une véritable source d’inspiration. Mes remerciements vont ensuite à Yves Leconte, Fanel Benjamin, Miss Livrance, ainsi qu’à toute l’équipe de l’organisme GROSAME, sans quoi mon voyage en Haïti ayant permis l’actualisation de mon projet de recherche n’aurait pas été possible. Je tiens également spécialement à remercier les nouvelles mères ayant participé à mon projet, pour m’avoir accordé leur confiance ainsi que pour m’avoir partagé si généreusement leur vécu. Je souhaite finalement remercier mon ami et collègue David Lavoie, pour son soutien, ses encouragements ainsi que son écoute tout au long de l’année, sans oublier l’équipe du G.R.I.J.A., avec qui j’ai eu plusieurs rencontres, toutes plus enrichissantes les unes que les autres.

RÉSUMÉ

Notre étude constitue un volet, ciblant les nouvelles mères, d’un projet plus extensif visant à implanter un réseau de services communautaires en santé mentale, sous la responsabilité d’aidants naturels en Haïti dont le travail est supervisé à distance par des professionnels en santé mentale montréalais. Outre les problèmes techniques relatifs à la communication via le web, ce partenariat maximise les différences culturelles ce qui se traduit par des divergences entre les perceptions de la problématique et de l’intervention à offrir ainsi que par une complexification de l’implantation et de l’évaluation des services. Selon un modèle de recherche-action qualitative et par le biais de deux études de cas, de deux entretiens de groupes ainsi que d’observations menés sur place, les objectifs de cette étude sont de mieux comprendre 1) ce qui caractérise la problématique des utilisatrices ainsi que 2) ce que les services peuvent leur apporter, en particulier en ce qui concerne la violence familiale.

Les résultats de l’analyse thématique de nos données nous permettent de décrire ce que vivent ces nouvelles mères, de mieux saisir les caractéristiques socioculturelles de leur problématique et de situer l’apport et les limites des services qui leur sont actuellement offerts. De manière générale, nos résultats démontrent que l’intervention ainsi que les services offerts aux nouvelles mères contribuent à une valorisation de la maternité (et de l’enfant) chez celles-ci, en plus de constituer une expérience réparatrice par rapport aux différentes ruptures ayant jalonné leur parcours. En découle une amélioration globale du lien mère-enfant, une diminution de l’utilisation de la violence à l’égard de ce dernier ainsi qu’un désir chez les mères de briser la répétition générationnelle en ce qui concerne l’éducation de leur enfant.

TABLE DES MATIÈRES

Remerciements________________________________________________________________1

Résumé______________________________________________________________________2

Table des matières______________________________________________________________3

Problématique_________________________________________________________________5

Contexte théorique_____________________________________________________________6

La présente étude______________________________________________________________16

Méthodologie_________________________________________________________________18

Résultats_____________________________________________________________________24

Figure 1 : De la maternité en contexte de précarité jusqu’à GROSAME___________________24

Le caractère tabou de la sexualité en Haïti : une barrière à l’éducation sexuelle____27

La sexualité en contexte de précarité socio-économique__________________________28

Grossesse non planifiée et avortement en Haïti_________________________________29

Grossesse et isolement :

le prix à payer pour des jeunes mères en situation de vulnérabilité_________________29

Un soutien en dernier recours :

du matériel au spirituel, en passant par une éventuelle répétition__________________33

La maternité en situation de précarité : une expérience singulière__________________34

Les services de GROSAME :

une expérience signifiante pour les nouvelles mères_____________________________36

L’importance du rôle des intervenants : une expérience réparatrice________________42

Les attentes envers l’avenir________________________________________________48

Discussion___________________________________________________________________50

Conclusion___________________________________________________________________57

Bibliographie_________________________________________________________________59

Annexes

Guides d’entretiens__________________________________________________________________63

Formulaire socio-démongraphique________________________________________________69

Formulaires d’informations et de consentement______________________________________70

Notes d’observations___________________________________________________________82

Grille d’analyse thématique______________________________________________________95

Certificat de formation en éthique de la recherche___________________________________116

Demande d’approbation éthique_________________________________________________117

Lettre d’approbation éthique______________________________________________________

PROBLÉMATIQUE

Haïti est reconnu comme étant le pays le plus pauvre des Amériques. Alors que depuis plusieurs années les médias nous assaillent d’images dépeignant celui-ci de façon négative, notre réflexe est souvent celui de leur faire contrepoids en entretenant certaines idées préconçues à propos du pays et de ses habitants qui elles, sont plutôt positives. Nous avons tendance à nous dire que malgré leur situation de pauvreté, les Haïtiens possèdent les plus grandes richesses, celles de garder la foi, de garder la tête haute et le sourire ainsi que de faire honneur à d’importantes valeurs telles l’entraide et la famille. Ceci, jusqu’à nous convaincre parfois, qu’ils ont en fait plus de chance que nous, Nord-Américains.

Cela étant dit, même s’il est vrai que la population haïtienne possède plusieurs de ces richesses, il ne faut pas oublier que la situation de précarité socio-économique à laquelle la majorité de ses membres est exposée comporte de réelles conséquences, particulièrement en ce qui concerne la santé mentale. D’autant plus qu’Haïti ne possède ni système ni politique dans ce domaine et par conséquent, pas de réelle planification des services liés à celui-ci (IESM-OMS, 2011). À titre d’exemple, Haïti possédait, en 2003, seulement 10 psychiatres pour 8 millions d’habitants… (IESM-OMS, 2011)

Parmi les groupes les plus à risque d’être exposés aux conséquences psychologiques de la précarité socio-économique et du manque de ressources en santé mentale en Haïti se retrouve celui des jeunes mères. En effet, les grossesses adolescentes constituent une problématique à la fois sérieuse et très répandue dans le pays (Dorcent, s.d.). Ainsi, il semble pertinent de se questionner sur ce qui caractérise la problématique des jeunes mères haïtiennes afin de pouvoir leur apporter des services adaptés à leurs besoins.

CONTEXTE THÉORIQUE

La santé sexuelle et reproductive des femmes haïtiennes

Selon la Société des obstétriciens et gynécologues du Canada (SOGC, 2002), la santé sexuelle est un processus continu de bien-être physique, psychologique et socioculturel lié à la sexualité. Celle-ci inclut la capacité d’une personne à vivre sa sexualité d’une façon saine et responsable et d’avoir le contrôle sur celle-ci. De façon plus précise, la santé reproductive est définie par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS, 2014) comme étant la possibilité pour les hommes et les femmes de choisir des procédés de contrôle des naissances à la fois sécuritaires, efficaces et abordables et d’avoir accès à des services de santé adéquats.

Cela étant dit, ces concepts que sont la santé sexuelle et reproductive sont étrangers à la majorité de la population haïtienne et donc, par le fait même, à la majorité des femmes haïtiennes. En effet, la réalité de ces femmes se heurte à un manque criant d’accès à l’information et à l’éducation concernant les droits sexuels et reproductifs, à une reconnaissance limitée de ces droits, à une incidence élevée de la violence et de la manipulation sexuelle, conjugale et économique, à une forte influence de l’Église dans les croyances populaires ainsi qu’à un manque de services de maternité accessibles et abordables (Kay fanm, 2010). Il en résulte un manque d’utilisation de contraceptifs, et ce, dès le début de la vie sexuelle active.

Dans un tel contexte, plusieurs femmes tombent enceintes à un jeune âge et vivent des grossesses non planifiées. À titre d’exemple, et selon une étude commanditée par le Ministère de la santé publique et de la population (MSPP) en 2012, une jeune fille de 15-19 ans sur sept (14 %) avait déjà commencé sa vie féconde et 11 % étaient déjà mères. Ce chiffre s’élevait à 33% lorsque l’on s’adressait à des jeunes femmes de 19 ans seulement. En outre, selon l’étude, la grossesse précoce en Haïti est trois fois plus élevée parmi les jeunes filles en provenance de milieux peu instruits (ce qui comprend la majorité de la population) que parmi celles ayant un meilleur accès à l’éducation (MSPP, 2012).

Les grossesses non planifiées et l’avortement en Haïti

Lorsque des jeunes femmes haïtiennes tombent enceinte, celles-ci sont confrontées au fait que l’avortement est une pratique légalement interdite dans le pays. Ne leur reste donc plus que deux choix : celui de mener leur grossesse à terme ou celui d’avoir recoure à l’avortement clandestin. Toutefois, il faut savoir que ce choix de devenir mère ou pas n’en est pas vraiment pour ces femmes. En effet, considérant le fait que l’avortement clandestin comporte de nombreux risques pour la femme qui y a recours (Logeart, 2014), plusieurs femmes haïtiennes choisissent de mener à terme des grossesses non planifiées, parmi lesquelles certaines sont non désirées.

Selon le MSPP (2012), seulement 4% des femmes haïtiennes avaient eu recours à l’avortement au moins une fois dans leur vie en 2012. Parmi celles-ci, la plus faible proportion (2%) ayant eu recours à l’avortement s’observait chez les jeunes femmes de 15-19 ans qui se trouvaient à leur première grossesse. Cette proportion augmentait progressivement (bien qu’elle reste très faible par rapport à d’autres endroits dans le monde comme le Québec) avec l’âge de la mère et le nombre d’enfants déjà mis au monde par celle-ci. De plus, les résultats de l’étude démontrent que c’est en milieu rural (où la population a moins d’instruction) que l’on retrouvait la proportion la plus faible de femmes ayant eu recours à l’avortement artisanal (2% contre 7% en milieu urbain) (MSPP, 2012).

Les grossesses chez les jeunes mères haïtiennes

Selon Molénat (2012), l’accompagnement et l’alliance en cours de grossesse sont des facteurs très importants pour le maintien du sentiment de continuité interne chez la femme enceinte. En effet, l’auteure pense que les futures mères ont besoin de suffisamment de support autour d’elles pour se sentir en confiance et pour ensuite transmettre cette confiance, ce sentiment de sécurité à leur progéniture. De fait, cette transition que constitue la mise au monde d’un enfant est souvent ponctuée de bouleversements liés aux changements corporels et émotionnels, ainsi que de remises en question. De plus, la perméabilité psychique propre à cette période sous-tend la réactivation de leurs propres expériences de liens (Yapaka, 2011). Chez les femmes haïtiennes, la réactivation de telles expériences peut s’avérer particulièrement éprouvante. En effet, provenant majoritairement de milieux caractérisés par une grande précarité socioéconomique, celles-ci sont susceptibles d’avoir développé, dès leur plus jeune âge, des liens d’attachement défaillants envers leurs propres figures parentales (Leblanc, 2007).

Or, chez les jeunes femmes haïtiennes, la grossesse se vit le plus souvent dans l’absence de soutien. En effet, il arrive fréquemment que la famille rejette la future mère en raison d’une grossesse considérée trop précoce, la jeune fille n’ayant pas encore terminé ses études et étant toujours sous la responsabilité financière de ses parents. L’enfant à naître représente alors une bouche de plus à nourrir pour une famille qui se trouvait déjà en situation de grande précarité. Ce rejet par la famille peut se faire de manière littérale (les jeunes femmes sont mises à la porte) ou par le biais de l’agression physique ou du harcèlement psychologique (Raphaël, 2006).

À ce manque de soutien et ce rejet de la part de la famille de ces jeunes femmes s’ajoute, dans la grande majorité des cas, l’absence du père de l’enfant né ou à naitre, phénomène presque endémique en Haïti (Flambert-Chéry, 2013).

Absence de soutien et risques pour la santé mentale

Le manque de soutien par la famille et par le père de l’enfant auquel sont exposées la majorité des jeunes mères haïtiennes comporte plusieurs risques pour leur santé mentale et celle de leur progéniture. En effet, cette situation qui les fragilise, tant au niveau social qu’économique, est susceptible de faire vivre à ces mères un haut niveau de stress : elles doivent apprendre seules ou avec les conseils du voisinage à élever leur premier enfant, en plus de devenir autonomes et trouver des moyens pour survivre (Laroche, 2012). Même dans les cas où les nouvelles mères ne sont pas mises à la porte par leur famille, elles doivent assumer seules la responsabilité de leur grossesse, ce qui pousse certaines à s’adonner à la prostitution ou à tomber dans la délinquance (Fline, 2004).

De plus, les jeunes mères haïtiennes sont souvent habitées par des sentiments de honte et de culpabilité. Ces sentiments peuvent résulter du fait qu’elles ont déçu et choqué leur famille en tombant enceintes, d’autant plus que la plupart du temps, les familles de ces jeunes mères ignoraient jusque-là que celles-ci fréquentaient un garçon. En effet, il est tabou pour les jeunes femmes dans les familles haïtiennes de dévoiler leur relation amoureuse s’il ne s’agit pas d’une union officielle. La déception de la famille s’exprime souvent sous forme de violence (Raphaël, 2006) envers la jeune mère qui, à cause d’une simple amourette, se doit de quitter l’école qui représentait, à leurs yeux, sa seule chance de s’en sortir (Magloire, s.d.).

Lorsqu’à cela s’ajoute le départ du père de l’enfant, le sentiment d’humiliation de la jeune femme s’en trouve accru et est souvent mélangé à des sentiments de frustration, d’incompréhension et de tristesse. La souffrance de se trouver en situation de monoparentalité est d’autant plus grande, que cette situation risque de faire revivre à la nouvelle mère l’absence de son propre père : « Toutes ces situations indiquent la souffrance due à l’absence, généralement celle du père, et l’empreinte que celle-ci laisse sur les filles devenues femmes et qui rejouent quelque chose d’une relation manquée à leur père, et à travers lui aux hommes» (Neyran, 2005, p. 51-57). Les sentiments négatifs issus de ces rejets et de ces pertes que vivent nombre de jeunes mères haïtiennes risquent d’affecter leur enfant et leur relation avec celui-ci, en se traduisant notamment par des situations de négligence physique ou psychique, ou encore de maltraitance.

Négligence et maltraitance envers les enfants en Haïti

Sans nécessairement parler de négligence ou de maltraitance, la culture haïtienne est caractérisée par des pratiques éducatives coercitives. En effet, malgré l’existence d’une législation portant sur la protection de l’enfance en Haïti, celle-ci est difficilement applicable puisqu’elle reste inconnue de la grande majorité de la population (World Vision Haïti, 2012). Par ailleurs, le statut même de l’enfant en tant que citoyen n’est pas reconnu en Haïti, celui-ci n’ayant souvent aucun certificat de naissance (World Vision Haïti, 2012). L’enfant y est vu comme un petit animal dépourvu de droits qu’il faut dresser, et sur lequel l’adulte a le contrôle et le pouvoir absolu (Desroches Salnave, s.d.). Conséquemment, l’usage des châtiments corporels et de la violence verbale (d’intensité variable selon la gravité de la transgression) envers les enfants est extrêmement répandu et normalisé à travers le pays. À cet effet, et selon un récent rapport de l’UNICEF, 86 % des enfants haïtiens de 2 à 14 ans avaient subi, en 2011, des mesures disciplinaires telles le fouet, les violences émotionnelles, physiques ou encore psychologiques (UNICEF, 2014).

Puisqu’en Haïti, il ne revient pas aux instances gouvernementales, mais plutôt à l’espace privé (et donc à la famille) de décider des pratiques éducatives utilisées envers les enfants, les risques de franchir la ligne séparant les punitions corporelles de la maltraitance et de la négligence se trouvent accentués. Ceci, d’autant plus que les conditions de vie précaires de la majorité de la population regroupent à elles seules plusieurs facteurs de risques reconnus comme étant associés à la maltraitance et à la négligence infantile. Parmi ceux-ci, notons les antécédents familiaux dont le fait chez les parents d’avoir eux-mêmes été victimes de maltraitance ou de négligence au courant de leur enfance; un niveau d’éducation peu élevé, notamment en ce qui concerne les connaissances touchant le développement de l’enfant; le chômage et la pauvreté; les inégalités sur le plan social et sexuel; les familles nombreuses; l’inadéquation des programmes et politiques de protection de l’enfance; les normes sociales et culturelles qui encouragent les punitions corporelles envers les enfants, etc. (OMS, 2014).

Plus spécifiquement, les facteurs de risque du recours à la maltraitance et à la négligence infantile se trouvent à être encore plus nombreux chez la population qui nous intéresse, c’est-à-dire les jeunes mères haïtiennes. En effet, aux facteurs ci-haut mentionnés s’ajoutent chez ces dernières celui de la grossesse précoce, le risque de se trouver en situation de monoparentalité, le risque de vivre une grossesse non désirée et d’entretenir une perception négative de l’enfant, l’isolement et l’absence de soutien, les problèmes de santé mentale liés au stress et au rejet par la cellule familiale, etc. (UNICEF, 2014). De fait, ces facteurs de risque combinés à une fragilisation sans prise en charge de la santé mentale de la mère risquent de provoquer chez celle-ci une augmentation en fréquence et en intensité de l’utilisation des châtiments corporels et de la violence verbale envers son enfant. Ceci, jusqu’à tendre ou même basculer du côté de la maltraitance et de la négligence infantile, pratiques reconnues comme ayant un impact négatif sur la santé mentale de l'enfant (Helde, s.d.).

Négligence, maltraitance et risques pour la santé mentale de l’enfant

Tout d’abord, en ce qui concerne les risques de la négligence sur la santé mentale de l’enfant, ceux-ci sont variables et dépendent de plusieurs facteurs tels que l’âge de ce dernier et sa capacité de résilience, le type de négligence vécu, sa sévérité, sa durée dans le temps, etc. (Helde, 2003). Or, dans la plupart des cas, les situations de négligence commencent en bas âge et risquent d’évoluer vers la sévérité et la chronicité. Ainsi, ces situations peuvent avoir des conséquences graves à plusieurs niveaux du développement psychologique et psychique de l’enfant, conséquences qui risquent par ailleurs de perdurer à moyen et à long terme chez ce dernier (Helde, 2003). Parmi ces conséquences, notons la probabilité de développer un sentiment d’anxiété, de la détresse émotionnelle pouvant aller jusqu’à la dépression, une dépendance élevée envers autrui, des comportements d’agressivité ou d’isolement, une faible estime de soi, une difficulté à régulariser ses émotions, un problème d’attachement, etc. (Helde, 2003).

Ensuite, en ce qui concerne les risques associés à la maltraitance sur le plan de la santé mentale de l’enfant, ceux-ci sont, tout comme dans le cas de la négligence, nombreux et susceptibles de perdurer tout au long du développement de l’enfant, et ce, jusqu’à sa vie adulte (Helde, 2003). Parmi ces risques, nous retrouvons le fait de développer et d’entretenir des perceptions déformées des intentions, des sentiments et des comportements d’autrui; une difficulté chez les garçons à trouver des stratégies de résolution de conflits autres que l’utilisation de la violence ainsi que plus de victimisation chez les filles; le fait d’avoir des comportements d’isolement et moins de résilience, etc. (Helde, 2003). Selon l’OMS (2014), le fait de vivre de la maltraitance durant l’enfance mène également à l’âge adulte à l’augmentation de la probabilité de vivre une dépression ou d’attenter à sa vie, d’adopter des comportements sexuels à haut risque ainsi que de vivre une grossesse non désirée.

De manière plus spécifique, il semblerait que les conséquences de la violence perpétrée à l’égard des enfants en Haïti sur leur santé mentale se manifestent de la façon suivante : ces enfants victimes de violences auraient du mal à faire la différence entre ce qui est bien de ce qui est mal, ainsi qu’entre ce qui est juste de ce qui ne l’est pas. Ils auraient également tendance à remettre en question leurs droits, leur identité, ainsi que leur valeur propre (Desroches Salnave, s.d.). Ces remises en question chez les enfants haïtiens victimes de violences sont particulièrement préoccupants dans un contexte culturel qui, comme nous en avons fait état plus haut, accorde déjà très peu de place (pour ne pas dire aucune) à la valeur et au statut de l’enfant.

La santé mentale en Haïti

Les risques pour la santé mentale de la mère et de l’enfant sont d’autant plus préoccupants lorsque l’on considère le fait qu’en Haïti, la priorité est accordée à la satisfaction des besoins primaires et que les problèmes de santé mentale sont relégués à l’arrière-plan. En effet, aucune stratégie n’a encore été élaborée dans le pays afin de promouvoir la santé mentale et de prévenir les différents problèmes associés (IESM-OMS, 2011). De fait, bien qu’il existe en théorie une certaine législation dans le domaine de la santé mentale en Haïti, celle-ci ne s’actualise pas dans les faits : la rareté, la distance (le peu de professionnels dans le domaine travaillant pour la plupart dans la capitale) ainsi que le coût élevé associé aux soins dans le domaine rendent ceux-ci difficilement accessibles à la grande majorité de la population vivant dans les zones rurales (IESM-OMS, 2011).

Ce faisant, les Haïtiens n’ont d’autre choix que celui de compter sur leurs propres moyens et sur leur réseau de soutien pour faire face aux problèmes reliés à la santé mentale. Compte tenu de cette situation, la famille est généralement consultée en premier lorsqu’une difficulté est rencontrée dans ce domaine, puis les tradipraticiens, et les personnes souffrant de problèmes de santé mentale demeurent rarement traitées par des professionnels de la santé (IESM-OMS, 2011). C’est donc dans ce contexte de manque de services de santé mentale, et en particulier, d’un soutien défaillant aux nouvelles mères en situation de précarité qu’est né l’organisme à but non lucratif GROSAME (Groupe de santé mentale), partenaires de notre recherche.

GROSAME

GROSAME (Groupe de santé mentale) a été créé en 2006, dans le but de promouvoir la santé mentale dans la zone de Grand-Goâve en Haïti, notamment auprès des nouvelles mères. Depuis, l’organisme offre un espace d’accueil, de soutien et d’intervention auprès de la population utilisatrice de ses services. GROSAME se veut une alternative aux tradipraticiens ainsi qu’aux services du réseau formel de la santé en Haïti, fortement dépourvu en ce qui a trait à la santé mentale. Par ailleurs, l’organisme offre des interventions afin de : «diminuer les préjugés sur l’éducation des enfants, et de les sensibiliser plus largement à la santé mentale, et plus spécifiquement aux impacts de la violence sur celle-ci» (Lecomte, 2013).

Depuis 2013, une subvention obtenue de Grands défis Canada1 a permis de consolider les activités du groupe par une recherche-action intitulée Développement d’un réseau de services communautaires informels en santé mentale destinés à aider les victimes de violence infantile familiale sous la responsabilité d’un groupe d’aidants naturels en Haïti. Dorénavant, GROSAME vise, par différents services2 incluant des formations en compétences parentales et des visites à domicile auprès des nouvelles mères, à : «1) faire la démonstration de l’efficacité d’un réseau de services communautaires en santé mentale, en ciblant particulièrement 2) la prévention de la problématique de violence en milieu familial, et l’intervention en lien avec cette problématique.» (Lecomte, 2013).

Les services offerts par l’organisme sont dispensés par sept citoyens locaux de formations diverses (infirmière, pasteur, agriculteur, etc.) déjà fortement impliqués dans la communauté de Grand-Goâve. Au départ, GROSAME comptait deux intervenants responsables (monsieur Monthas et madame Livrance) alors qu’aujourd’hui, seule madame Livrance occupe cette fonction. Depuis 2007, ces « agents de changement de milieu » (ACM) ont reçu différentes formations en relation d’aide (incluant un volet entièrement consacré aux ateliers de compétences parentales), consolidant leur nouveau statut de travailleurs communautaires à même d’octroyer des services et d’effectuer des interventions dans le cadre du projet. Les activités et les interventions faites par ces travailleurs haïtiens sont supervisées parfois sur place, parfois à distance (Skype), par des professionnels de la santé mentale, dont plusieurs membres proviennent du milieu universitaire en Haïti (Université d’État d’Haïti) et au Québec (TÉLUQ, UQAM, Université de Montréal et McGill), alors que d’autres sont issus du milieu de la pratique (psychologues cliniciens haïtiens, travailleurs sociaux, psychoéducateurs, psychologues montréalais) (Lecomte, 2013).

Le fait que le projet implique la collaboration entre des aidants naturels sur place et des professionnels en santé mentale de Montréal comporte plusieurs obstacles; malgré les visites occasionnelles faites sur les lieux par ces derniers, la formation initiale limitée des ACM, les problèmes techniques relatifs à la communication via le web ainsi que les différences culturelles entre les partenaires locaux et étrangers sont autant de facteurs complexifiant l’implantation et l’évaluation des services proposés par l’organisme.

Ainsi, bien que les intervenants locaux aient pu (de par leurs récentes formations) apporter des changements positifs au sein de leur communauté par l’entremise de GROSAME, certaines lacunes ont pu être décelées dans leur intervention (notamment en ce qui concerne la tenue de dossiers, la façon de rendre compte de la problématique de la clientèle ainsi que de l’intervention et du suivi octroyés) au cours des supervisions effectuées à distance par l’équipe de professionnels de Montréal. Ces lacunes amènent à questionner l’adaptation des services proposés par la recherche-action, puis offerts par GROSAME Grand-Goâve, aux problématiques complexes et aux besoins de la population visée.

LA PRÉSENTE ÉTUDE

La présente étude se veut un volet intégré à la recherche-action principale, axé sur les services offerts par GROSAME aux nouvelles familles de Grand-Goâve, c’est-à-dire aux nouveaux parents dont l’enfant est âgé de moins de 2 ans. Ces familles, qui sont référées à GROSAME par des matrones ou encore par l’hôpital général de la ville (Benjamin, 2015), reçoivent, depuis le début du projet, des services de visites à domicile par les intervenants de l’organisme. Lors de ces visites, ceux-ci échangent avec les parents (communément la mère) du nouveau-né sur différents sujets en lien avec la parentalité tels que le lien parent-enfant, les besoins nutritifs de ce dernier, les besoins relatifs à sa santé, etc. (Benjamin, 2015). Les intervenants observent aussi l’environnement dans lequel évolue l’enfant, pour ensuite discuter avec la famille des aménagements possibles, afin de rendre celui-ci plus sécuritaire et plus adapté à leur nouvelle réalité (Benjamin, 2015).

Ayant relevé (de par les intervenants au cours des visites à domicile) de grands manques au niveau des connaissances chez les parents en ce qui concerne plusieurs domaines en lien avec la parentalité, GROSAME a donné lieu à une certaine modulation des services jusqu’ici offerts aux nouvelles familles en vue de mieux les adapter à la réalité du milieu d’intervention, comme le veut le modèle de recherche-action (Rhéaume, 1982) sur lequel se base l’organisme. Ainsi, pour mieux soutenir les parents des nouvelles familles, GROSAME a mis en place des ateliers de compétences parentales où ces derniers (majoritairement les mères), reçoivent de l’information sur des thématiques entourant la parentalité telle que les soins apportés à l’enfant, l’éducation, la nutrition, la vaccination, le lien parent-enfant, etc. (Benjamin, 2015).

De plus, des ateliers de broderies ont récemment été ajoutés aux services déjà offerts par GROSAME aux nouvelles familles (Benjamin, 2015) en vue d’autonomiser spécifiquement les nouvelles mères; c’est ainsi que ces dernières se réunissent désormais pour apprendre à broder avec les intervenants. Afin d’en arriver à un niveau encore plus grand d’empowerment chez les nouvelles mères utilisatrices de ses services, GROSAME aspire également à leur offrir dans le futur des ateliers de cuisine, de pâtisserie, d’art floral, etc. (Benjamin, 2015). Cela dit, bien que de récents changements aient pris place (et que d’autres encore soient prévus) dans le but d’offrir des services plus adaptés aux besoins des nouvelles mères, il demeure difficile d’évaluer la portée de ceux-ci ainsi que leurs réelles implications.

En effet, l’écart entre les perceptions de la problématique et de l'intervention à offrir entre les partenaires de Montréal et les intervenants de Grand-Goâve (ayant été révélé par les récentes activités de supervision à distance par Skype), constitue un obstacle à une juste évaluation des services offerts par GROSAME ainsi qu’à leur adéquation qui concerne également les services adressés aux nouvelles mères. Ainsi, afin de répondre aux lacunes ayant été soulevées, les objectifs de cette étude sont de mieux comprendre 1) ce qui caractérise la problématique des nouvelles mères qui utilisent les services de GROSAME; 2) ce que ces services (axés sur la prévention et l’intervention) leur apportent et 3) comment ces derniers pourraient être améliorés afin d’être mieux adaptés aux besoins des utilisatrices.

MÉTHODOLOGIE

Devis de recherche

Notre étude explore la réalité des nouvelles mères desservies par GROSAME et leur appréciation des services offerts par cet organisme, incluant les visites à domicile et les groupes de nouvelles mères. Afin de saisir ces expériences complexes que sont la maternité et l’utilisation des services offerts par GROSAME ainsi que dans une visée exploratoire (compte tenu du peu de données disponibles à ce sujet à l’heure actuelle dans le contexte de partenariat à distance qu’est le nôtre), nous avons opté pour un devis qualitatif. Selon un paradigme constructiviste, notre démarche nous permet de faire émerger (de façon inductive) certains éléments saillants de la problématique des nouvelles mères desservies par GROSAME, et leur appréciation des services offerts selon leur point de vue subjectif (Paillé & Mucchielli, 2013 ). Les modalités de recueil de nos données consistent dans un premier temps en en deux groupes de discussion puis, dans un deuxième temps, en deux études de cas (entretiens de recherche et observations participantes).

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«armes de restructuration massive» que constituent les Groupements Hospitaliers de Territoires (ght). La loi Touraine dite de «modernisation...

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«oui» à l’affirmation, ils doivent faire un pas en avant ou monter une marche. Dans le cas contraire, ils restent sur place

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