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anciens et bien connus, relatifs à la vie de l’État ou à la vie publique, étaient enterrés en pleine santé ; parfois même ces noms avaient été prononcés à l’occasion de telles turpitudes qu’il semblait qu’ils eussent dû plutôt rester associés au souvenir d’une bassesse ou d’une coquinerie bien déterminées. Il faut étudier spécialement chez les Juifs l’infamie qui consiste à déverser d’un seul coup et de cent poubelles à la fois, comme à l’appel d’une baguette magique, les plus basses et les plus honteuses calomnies sur le vêtement immaculé d’un homme d’honneur : alors on pourra révérer comme ils le méritent ces dangereux voyous des journaux.

Il n’est rien dont ne soient capables ces chevaliers d’industrie de la pensée, pour en venir à leurs fins odieuses.

Ils vont jusqu’à s’introduire dans les affaires de famille les plus secrètes ; ils fouinent jusqu’à ce que leur instinct de chercheurs de truffes leur ait fait trouver quelque pitoyable événement, capable de porter le coup de grâce à leur malheureuse victime. S’ils ne trouvent absolument rien, malgré tout leur flair, ni dans la vie publique ni dans la vie privée, les gaillards ont simplement recours à la calomnie, fermement persuadés que non seulement quelque chose en restera malgré de multiples rétractations, mais encore que lorsque l’écho aux cent bouches aura fait son œuvre dans quelques journaux complices, toutes les révoltes de la victime resteront le plus souvent sans effet. Au reste cette bande de gredins n’attaque pas pour quelqu’une des raisons qui pourraient être celles de tout le monde, ou en être comprises. Dieu nous en garde ! Lorsqu’un de ces rôdeurs de barrière entreprend ses chers concitoyens d’aussi fourbe façon, il s’entoure, comme un poulpe de son nuage d’encre, de belles phrases pleines de loyauté et d’onction ; il se répand en protestations sur les « obligations du journaliste » ou en d’aussi piètres mensonges ; il va même plus loin dans les réunions et dans les congrès où ce fléau sévit avec la plus grande intensité : alors il radote sur une forme toute particulière de l’honneur, « l’honneur journalistique », et toute cette canaille assemblée opine du bonnet en hochant la tête avec gravité.

Voilà la bande qui fabrique « l’opinion publique », d’où naîtront ensuite les parlementaires, comme Vénus est née de l’écume des flots.

Pour décrire en détail le mécanisme de l’institution parlementaire et montrer tout ce qu’elle a d’illusoire, il faudrait écrire des volumes. Mais si, cessant d’en considérer l’ensemble, on n’examine que le résultat de son activité, on en aura assez vu pour conclure qu’elle doit être tenue pour un non-sens dans son objet même, fût-elle envisagée dans l’esprit le plus orthodoxe.

On comprendra plus vite et plus facilement que l’homme s’est dangereusement et follement égaré dans cette voie, en comparant le parlementarisme démocratique à la véritable démocratie allemande.

Le caractère le plus remarquable du parlementarisme est le suivant : on élit un certain nombre d’hommes (ou de femmes aussi, depuis quelque temps) ; mettons cinq cents ; et désormais il leur incombe de prendre en toutes choses la décision définitive. Ils sont donc, dans la pratique, le seul gouvernement ; ils nomment bien un cabinet, qui prend aux regards de l’extérieur la direction des affaires de l’État, mais il n’y a là qu’une apparence. En réalité, ce prétendu gouvernement ne peut faire un pas sans être allé au préalable quémander l’agrément de toute l’assemblée. Mais alors on ne pourra le rendre responsable de quoi que ce soit, puisque la décision finale est toujours celle du Parlement, et non la sienne. Il n’est jamais que l’exécuteur de chacune des volontés de la majorité. On ne saurait équitablement se prononcer sur sa capacité politique que d’après l’art avec lequel il s’entend, soit à s’ajuster à l’opinion de la majorité, soit à l’amener à la sienne. Mais de la sorte, il déchoit du rang de véritable gouvernement à celui de mendiant auprès de chaque majorité. Il n’aura plus désormais de tâche plus pressante que de s’assurer de temps en temps l’approbation de la majorité existante, ou bien d’essayer d’en former une nouvelle mieux orientée. Y réussit-il : il lui sera permis de « gouverner » encore quelque temps ; sinon, il n’a plus qu’à s’en aller. La justesse proprement dite de ses vues n’a aucun rôle à jouer là-dedans.

C’est ainsi que toute notion de responsabilité est pratiquement abolie.

On voit très simplement les conséquences de cet état de choses :

Ces cinq cents représentants du peuple, de professions et d’aptitudes diverses, forment un assemblage hétéroclite et bien souvent lamentable. Car, ne croyez nullement que ces élus de la nation sont en même temps des élus de l’esprit ou de la raison. On ne prétendra pas, j’espère, que des hommes d’État naissent par centaines des bulletins de vote d’électeurs qui sont tout plutôt qu’intelligents. On ne saurait assez s’élever contre l’idée absurde que le génie pourrait être le fruit du suffrage universel ! D’abord une nation ne donne un véritable homme d’État qu’aux jours bénis et non pas cent et plus d’un seul coup ; ensuite, la masse est instinctivement hostile à tout génie éminent. On a plus de chances de voir un chameau passer par le trou d’une aiguille que de « découvrir » un grand homme au moyen d’une élection. Tout ce qui a été réalisé d’extraordinaire depuis que le monde est monde l’a été par des actions individuelles. Cependant cinq cents personnes de valeur plus que modeste prennent des décisions relatives aux questions les plus importantes de la nation, et instituent des gouvernements qui doivent ensuite, avant de résoudre chaque question particulière, se mettre d’accord avec l’auguste assemblée ; la politique est donc faite par les cinq cents.

Et le plus souvent il y paraît bien !

Ne mettons même pas en cause le génie des représentants du peuple. Considérons simplement la diversité des problèmes à résoudre, la multiplicité des liens de dépendance mutuelle qui enchevêtrent les solutions et les décisions, et nous comprendrons toute l’impuissance d’un système de gouvernement, qui remet le pouvoir de décision à une réunion plénière de gens dont une infime partie seulement possède les connaissances et l’expérience requises pour traiter la question envisagée. C’est ainsi que les affaires économiques les plus importantes seront traitées sur un forum où il ne se trouvera pas un membre sur dix ayant fait jadis de l’économie politique. Cela revient à remettre la décision finale sur un sujet donné, aux mains de gens qui n’en ont pas la moindre idée.

Et il en est de même pour toutes les questions. C’est toujours une majorité d’impuissants et d’ignorants qui fait pencher la balance, étant donné que la composition de l’assemblée ne varie pas, alors que les problèmes à traiter touchent à tous les domaines de la vie publique : cela devrait supposer un continuel roulement des députés appelés à en discuter et à en décider. Car il est impossible de laisser les mêmes gens traiter, par exemple, une question d’intérêts commerciaux et une question de politique générale. Il faudrait qu’ils fussent tous des génies universels comme il s’en révèle un en plusieurs siècles. Hélas ! ce ne sont, le plus souvent, pas même des as, mais des dilettantes bornés, surfaits et remplis d’eux-mêmes, un demi-monde intellectuel de la pire espèce. D’où la légèreté souvent incroyable avec laquelle ces messieurs parlent et concluent sur des sujets que les plus grands esprits ne traiteraient, eux-mêmes, qu’en y réfléchissant longuement. On les voit prendre des mesures de la plus haute importance pour l’avenir de tout un État, voire d’une nation, comme s’il y avait sur la table une partie de tarots ou « d’idiot »1, et non pas le sort d’une race.

On serait mal fondé à croire que chaque député d’un tel Parlement prend toujours de lui-même ses responsabilités d’un cœur aussi léger.

Non, absolument pas. Au contraire, ces errements, en obligeant certains députés à prendre position sur des questions qui leur échappent, affaiblissent peu à peu leur caractère. Car pas un n’aura le courage de déclarer : « Messieurs, je crois que nous ne comprenons rien à cette affaire. Tout au moins en ce qui me concerne. » D’ailleurs, cela n’y changerait rien, d’abord parce que cette droiture demeurerait incomprise, ensuite parce qu’on saurait bien empêcher l’honnête bourrique de « gâcher ainsi le métier ». Qui connaît les hommes comprendra que, dans une aussi illustre société, chacun ne tient pas à être le plus bête, et que, dans ce milieu, loyauté égale bêtise.

Ainsi un député qui aura commencé par être à peu près honnête, s’engagera nécessairement dans la voie du mensonge et de la tromperie. La certitude même que l’abstention d’un seul ne changera rien à rien, tue tout sentiment d’honnêteté qui pourrait encore subsister chez l’un ou chez l’autre. Finalement, chacun se persuade que personnellement il n’est pas, il s’en faut, le plus incapable du lot, et que sa collaboration évite encore un mal plus grand.

On objectera sans doute que, s’il est vrai que chaque député en particulier ne possède pas une compétence s’étendant à toutes les questions, du moins il vote avec son parti, qui guide ses actes politiques ; or, le parti a ses comités, qui sont éclairés de manière plus que suffisante par des experts.

L’argument paraît valable au premier abord. Mais alors une autre question se pose : pourquoi élit-on cinq cents personnes, quand quelques-unes seulement ont assez de sagesse et de savoir pour prendre position sur les sujets les plus importants ?

Oui, c’est précisément là le fond de la question.

Notre parlementarisme démocratique actuel ne cherche nullement à recruter une assemblée de sages, mais bien plutôt à rassembler une troupe de zéros intellectuels, dont la conduite, dans une direction déterminée, sera d’autant plus facile que chaque élément en est plus borné. Ce n’est qu’ainsi que l’on peut faire une « politique de partis » dans le mauvais sens actuel de cette expression. Mais c’est aussi le seul moyen à employer pour que celui qui tire les ficelles puisse rester prudemment en arrière, sans être jamais amené à prendre de responsabilités. De la sorte, toute décision néfaste au pays ne sera pas mise sur le compte d’un coquin connu de chacun, mais sur les épaules de tout un parti.

Ainsi disparaît pratiquement toute responsabilité, car celle-ci peut bien être mise à la charge d’une personne déterminée, non d’un groupe parlementaire de bavards. En conséquence, le régime parlementaire ne peut plaire qu’à des esprits sournois, redoutant avant tout d’agir au grand jour. Il sera toujours abhorré de tout homme propre et droit, ayant le goût des responsabilités.

Aussi cette forme de la démocratie est-elle devenue l’instrument cher à cette race qui, roulant constamment des projets cachés, a le plus de raisons de craindre la lumière, maintenant et toujours. Il n’y a que le Juif qui puisse apprécier une institution aussi sale et aussi fourbe que lui-même.

* * *

À cette conception s’oppose celle de la véritable démocratie allemande, dont le chef librement choisis doit prendre sur lui la responsabilité entière de tous ses faits et gestes. Une telle démocratie n’admet pas que les différents problèmes soient tranchés par le vote d’une majorité ; un seul décide, qui répond ensuite de sa décision, sur ses biens et sur sa vie.

Si on objecte à cela que, dans de pareilles conditions, il serait difficile de trouver un homme prêt à se consacrer à une tâche comportant de tels risques, il n’y a qu’une seule réponse à faire :

Dieu soit loué, c’est justement là le vrai sens d’une démocratie allemande, qui n’admet pas que le premier ignoble arriviste venu, qu’un embusqué moral puisse arriver, par des voies détournées, à gouverner ses concitoyens ; la crainte de la responsabilité qu’on doit assumer écartera les incapables et les faibles.

Si, pourtant, il advient qu’un pareil individu s’efforce de se faufiler au pouvoir, on peut le démasquer facilement et lui crier sans ménagements : arrière, lâche voyou ! Retire ton pied, tu souilles les marches ; car, seuls, entrent au Panthéon de l’histoire les héros et non les intrigants.

* * *

J’arrivai à cette conclusion après avoir fréquenté pendant deux ans le Parlement de Vienne.

Je n’y remis plus les pieds ensuite.

Le régime parlementaire fut une des causes principales de l’affaiblissement du vieil État habsbourgeois, affaiblissement de plus en plus marqué pendant les dernières années. Plus son action compromettait la primauté de l’élément allemand, plus on s’égarait à jouer des antagonismes nationaux. Dans le Reichsrat, cela se faisait toujours au détriment des Allemands, et de ce fait, en fin de compte, au détriment de l’empire ; car le plus niais pouvait discerner, vers 1900, que la force de cohésion de la monarchie ne suffisait plus à contrebalancer les tendances séparatistes des provinces. Au contraire.

Les moyens que l’État employait pour se maintenir devenaient mesquins et lui valaient le mépris général. Non seulement en Hongrie, mais aussi dans les diverses provinces slaves, on s’identifiait si peu avec la monarchie commune qu’on ne ressentait plus quant à soi aucune honte de sa faiblesse. On se réjouissait plutôt de ces symptômes de décrépitude ; on espérait plus de sa mort que de sa guérison.

Au Parlement, l’effondrement complet était prévenu par des concessions humiliantes, en cédant au moindre chantage, et c’est l’Allemand qui payait ensuite les frais. On l’évitait dans le pays en jouant aussi ingénieusement que possible des différentes nationalités. Mais, dans l’ensemble, l’évolution était cependant dirigée contre les Allemands. Surtout après que sa situation d’héritier du trône eût permis à l’archiduc François-Ferdinand d’exercer une influence certaine, la politique pro-tchèque, poursuivie depuis le haut vers le bas, devint réfléchie et coordonnée. Le futur souverain de la double monarchie s’efforça par tous les moyens possibles de favoriser la dégermanisation, soit en y contribuant directement, soit, tout au moins, en la couvrant. Par le moyen détourné du choix des fonctionnaires d’État, des localités purement allemandes furent poussées, lentement, mais sûrement, dans la zone dangereuse des régions mixtes. Ce développement commençait à faire des progrès de plus en plus rapides même en Basse-Autriche, et Vienne était déjà considérée par beaucoup de Tchèques comme leur plus grande ville.

L’idée maîtresse de ce nouveau représentant des Habsbourg, dont la famille parlait surtout tchèque (la femme de l’archiduc, ancienne comtesse tchèque, avait contracté avec le prince un mariage morganatique ; elle était issue d’un milieu où la germanophobie était de tradition), était la création graduelle d’un État slave dans l’Europe centrale, basé sur des principes strictement catholiques et devant servir d’appui contre la Russie orthodoxe. La religion, comme cela s’est vu bien des fois chez les Habsbourg, était de nouveau exploitée dans l’intérêt d’une idée purement politique, et par surcroît, d’une idée néfaste, du moins au point de vue allemand.

Les résultats furent plus que tristes sous bien des rapports.

Ni la maison des Habsbourg, ni l’Église catholique ne reçurent la récompense attendue.

Habsbourg perdit son trône, Rome perdit un grand État. Car la couronne, en mettant des considérations religieuses au service de ses buts politiques, éveilla un esprit qu’elle n’avait certes jamais tenu pour existant. La tentative d’extirper par tous les moyens le germanisme dans la vieille monarchie eut pour réplique la croissance du mouvement pangermaniste en Autriche.

Vers 1880-1890, le libéralisme manchestrien d’inspiration juive avait atteint aussi, sinon déjà dépassé son point culminant en Autriche. Mais la réaction contre cette tendance se développa comme toujours dans la vieille Autriche, en partant surtout d’un point de vue national et non social. L’instinct de conservation força les Allemands à se défendre sous la forme la plus active. Les considérations économiques ne commencèrent à exercer une influence décisive que bien lentement, en second lieu. De cette façon surgirent du chaos politique général deux organismes de parti, l’un plutôt national, l’autre plutôt social, mais tous les deux très intéressants et pleins d’enseignements pour l’avenir. Après l’issue déprimante de la guerre de 1866, la maison des Habsbourg avait eu l’idée d’une revanche sur le champ de bataille. La fin tragique de l’empereur Maximilien du Mexique, dont l’aventure malheureuse était attribuée en premier lieu à Napoléon III, et dont l’abandon par les Français provoqua l’indignation générale, prévint seule un rapprochement avec la France. Néanmoins, les Habsbourg se tinrent aux aguets. Si la guerre de 1870-1871 n’avait pas été une campagne victorieuse sans pareille, la cour de Vienne aurait peut-être quand même risqué d’engager le jeu sanglant d’une revanche de Sadowa. Mais aussitôt que se répandirent les premières nouvelles héroïques des champs de batailles, miraculeuses, à peine croyables, et pourtant vraies, le plus « sage » des monarques comprit que l’heure n’était point propice et fit, autant que possible, contre mauvaise fortune bon cœur.

Mais la lutte héroïque de ces deux années avait accompli un miracle bien plus puissant ; chez les Habsbourg, le changement de leur orientation ne correspondit jamais à une impulsion du cœur ; il ne fut dicté que par la force des circonstances. Mais le peuple allemand, dans l’ancienne Marche de l’Est, se sentit emporté par l’ivresse victorieuse du Reich et contempla avec un saisissement profond la résurrection du rêve des ancêtres dans une réalité magnifique.

Car il ne faut pas s’y méprendre : l’Autrichien de tendance vraiment allemande avait reconnu, à partir de ces heures, que même Königgratz n’avait été que la condition préalable tragique, mais nécessaire, du rétablissement d’un empire qui ne serait plus atteint du marasme pourri de l’ancienne Fédération et que le nouvel empire n’en était pas atteint. Il avait surtout appris à fond, par sa propre expérience, que la maison des Habsbourg avait achevé sa mission historique et que le nouvel empire ne pouvait élire empereur que celui qui, pénétré de principes héroïques, poserait la « Couronne du Rhin » sur une tête qui en était vraiment digne. Et il faut d’autant plus bénir le sort, car ce choix put tomber sur le rejeton d’une dynastie qui avait, dans une époque trouble, déjà donné pour toujours à la nation un symbole éclatant et édifiant dans la personne du grand Frédéric.

Mais quand la maison des Habsbourg, après cette grande guerre, s’engagea résolument dans la voie d’une extermination lente, mais implacable, des dangereux éléments germaniques de la double monarchie (dont les vrais sentiments ne présentaient pour elle aucun doute) – tel devait être le résultat final de la politique de slavisation – alors, la résistance de ce peuple, voué à la destruction, éclata d’une façon que l’histoire allemande des derniers temps n’avait pas encore connue.

Pour la première fois, des hommes de tendances nationales et patriotiques devinrent des rebelles.

Rebelles, non pas contre la nation, ni même contre l’État lui-même, mais rebelles contre une méthode de gouvernement qui devait conduire, selon leur conviction, à la perte de leur propre nationalité.

Pour la première fois dans l’histoire allemande des temps modernes, le patriotisme local et dynastique se sépara de l’amour national pour la patrie et le peuple.

Ce qui fait le mérite du mouvement pangermaniste dans l’Autriche allemande en 1890-1900, c’est qu’il a établi, d’une façon claire et non équivoque, que l’autorité de l’État ne saurait revendiquer l’estime et la protection du peuple que s’il se conforme aux intérêts nationaux, ou du moins s’il ne leur nuit point.

L’autorité de l’État ne peut être un but en soi-même, car, dans ce cas, toute tyrannie serait inviolable et sacrée.

Quand un gouvernement conduit un peuple à sa ruine par tous les moyens, la rébellion de chaque membre de ce peuple devient non pas un droit, mais un devoir.

La question : Quand un tel cas se présente-t-il ? ne trouve pas de réponse par des dissertations de théorie ; elle se tranche par la force, et le succès en décide.

Comme tout gouvernement se considère naturellement comme obligé de maintenir pour son compte l’autorité du pouvoir d’État – même s’il est le plus mauvais et s’il a trahi mille fois les intérêts nationaux – l’instinct de conservation nationale, dans sa lutte contre un tel pouvoir, devra utiliser, pour conquérir sa liberté ou son indépendance, les mêmes armes dont son adversaire se sert pour se maintenir. Par conséquent, la lutte doit être menée par des moyens « légaux » aussi longtemps que le pouvoir déclinant s’en sert ; mais on ne doit pas hésiter à recourir à des moyens illégaux, si l’oppresseur, lui aussi, les emploie.

Mais, en général, on ne doit pas oublier que le but suprême de l’existence des hommes n’est pas la conservation d’un État : c’est la conservation de leur race.

Quand la race est en danger d’être opprimée ou même éliminée, la question de la légalité ne joue plus qu’un rôle secondaire. Dans ce cas, il importe peu que le pouvoir existant applique des moyens absolument légaux ; l’instinct de conservation des opprimés sera toujours la justification la plus élevée de leur lutte par tous les moyens.

Toutes les luttes pour la libération de l’esclavage intérieur et aussi extérieur sur cette terre, dont l’histoire nous montre de prodigieux exemples, ont été menées en vertu de ce principe.

Le droit des hommes prime le droit de l’État.

Et si un peuple succombe dans sa lutte pour les droits de l’homme, c’est qu’il a été pesé sur la balance du sort et a été trouvé trop léger pour avoir droit au bonheur de l’existence dans ce monde terrestre. Car celui qui n’est point prêt à lutter pour son existence, ou n’en est pas capable, est déjà prédestiné à sa perte par la Providence éternellement juste.

Le monde n’est point fait pour les peuples lâches.

* * *

L’exemple de l’Autriche prouve d’une façon claire et impressionnante qu’il est bien facile pour une tyrannie de se draper du manteau de la prétendue « légalité ».

Le pouvoir légal s’appuyait alors sur le fond germanophobe du Parlement, avec ses majorités non-allemandes, et sur la dynastie, elle aussi, hostile aux Allemands. Tout le pouvoir de l’État était personnifié par ces deux facteurs. il aurait été absurde de prétendre changer le sort du peuple allemand de l’Autriche en s’appuyant sur ces mêmes facteurs. Mais cela signifie, suivant l’opinion de nos adorateurs de la « voie légale », qu’il aurait fallu renoncer à toute résistance, parce qu’elle ne pouvait être conduite par des moyens légaux. Cela eût inévitablement entraîné la perte du peuple allemand dans la monarchie en un laps de temps bien court. En effet, les Allemands d’Autriche n’ont été préservés de ce sort que par l’effondrement de l’État.

Le théoricien en lunettes mourrait, certes, plus volontiers pour sa doctrine que pour son peuple.

Les hommes se donnent-ils des lois, il croit que c’est ensuite pour elles qu’ils existent.

Le mérite du mouvement pangermaniste de jadis, en Autriche, fut d’avoir balayé radicalement tout ce non-sens, à la stupeur de tous les théoriciens doctrinaires et autres fétichistes de l’État.

Tandis que les Habsbourg s’efforçaient par tous les moyens de circonvenir les Allemands, ce parti attaqua – et sans aucun ménagement – la « sérénissime » dynastie. Il fut le premier à mettre la sonde dans cet État corrompu, et il ouvrit les yeux à des centaines de milliers d’hommes. Ce fut son mérite d’avoir libéré la notion sublime de l’amour pour la patrie, de l’étreinte de cette triste dynastie.

Le nombre de ses partisans fut extraordinaire au début, menaça de devenir une véritable avalanche. Mais ce succès n’eut point de durée. Quand j’arrivai à Vienne, ce mouvement avait déjà été dépassé depuis longtemps par le parti chrétien-social, parvenu au pouvoir ; il était descendu à un niveau presque absolument insignifiant.

Tout cet épisode de l’épanouissement et du déclin du mouvement pangermaniste et de l’ascension incroyable du parti chrétien-social resta pour moi un sujet classique d’études de la plus haute importance. Quand j’arrivai à Vienne, mes sympathies allaient pleinement et entièrement à la tendance pangermaniste.

J’étais profondément impressionné et je me réjouissais de ce qu’on avait le courage de crier : « Vivent les Hohenzollern ! » en plein Parlement ; je sentais en moi une assurance joyeuse en voyant qu’on se considérait comme une partie de l’Empire allemand temporairement détachée, qu’on s’efforçait de le manifester en toute occasion ; l’attitude droite et sans compromis dans toutes les questions où le germanisme était en cause, me paraissait la seule voie encore possible pour le salut de notre peuple ; mais je ne pouvais comprendre pourquoi ce mouvement s’était tellement étiolé après un début si brillant. Je comprenais encore moins pourquoi le parti chrétien-social était parvenu, pendant la même période, à une puissance aussi formidable. Il se trouvait justement au sommet de sa gloire.

Quand je me mis à comparer les deux mouvements, le sort, ma triste situation générale aidant, me donna le meilleur enseignement pour la solution de ce problème.

Je commence mon analyse par les deux hommes qui furent les chefs et les fondateurs des deux partis : Georg von Schoenerer et Dr Karl Lueger.

En tant que personnalités, ils s’élèvent, l’un et l’autre, bien au-dessus du cadre et de l’échelle du milieu parlementaire. Toute leur vie resta pure et intègre au milieu du bourbier de la corruption politique générale. Mes sympathies personnelles allèrent, au début, au pangermaniste Schoenerer, mais, peu à peu, elles se tournèrent aussi vers le chef chrétien-social. En comparant leurs facultés, je considérai déjà alors que Schoenerer était un penseur meilleur et plus profond dans les problèmes de principe. Il prévit mieux et plus clairement que tout autre la fin inévitable de l’État autrichien. Si, dans le Reich, l’on avait mieux écouté ses avertissements au sujet de la monarchie des Habsbourg, le malheur d’une guerre mondiale de l’Allemagne contre toute l’Europe ne se serait jamais produit.

Mais si Schoenerer pénétrait le sens profond des problèmes, il se trompait d’autant plus en ce qui concerne les hommes.

Là était la force du Dr Lueger.

C’était un rare connaisseur d’hommes, qui se gardait surtout de voir les hommes meilleurs qu’ils ne le sont en réalité. Aussi calculait-il mieux les possibilités réelles de la vie, tandis que Schoenerer n’en avait guère le sentiment. Et ce que le pangermaniste pensait était juste en théorie ; mais la force et la pénétration lui manquaient pour communiquer ses idées au peuple ; il ne savait pas les mettre à la portée de la masse dont les facultés restent toujours limitées et sa clairvoyance prophétique n’aboutissait jamais à une idée pratiquement réalisable.

Son manque de connaissance réelle des hommes le conduisit par la suite à des erreurs de jugement sur la force grégaire des mouvements de masses, aussi bien que sur la valeur des institutions séculaires.

Sans doute, Schoenerer a reconnu finalement qu’il fallait s’élever à des conceptions générales, mais il ne comprit pas que ce ne sont guère que les grandes masses populaires qui peuvent défendre ces sortes de convictions quasi-religieuses.

Il comprit malheureusement dans une trop faible mesure que la combativité des classes soi-disant « bourgeoises » est extrêmement limitée de par leurs intérêts économiques, chacun de leurs membres craignant de trop perdre et restant sur la réserve.

Cependant, d’une façon générale, une conception n’a quelque chance de triompher que dans le cas où elle a pénétré la grande masse qui se déclare prête à engager la lutte nécessaire.

De ce manque de compréhension de l’importance des couches inférieures du peuple résulta une conception complètement insuffisante de la question sociale.

Le Dr Lueger se montra tout l’opposé de Schoenerer.

La connaissance profonde des hommes lui permit de porter un jugement exact sur les différentes forces ; elle le préserva aussi de sous-estimer des institutions existantes ; ce fut peut-être cette même qualité qui lui permit d’utiliser ces institutions comme moyens pour parvenir à ses fins.

Il ne comprit aussi que trop bien que la combativité politique de la haute bourgeoisie est bien insignifiante à notre époque, et qu’elle ne suffit pas à assurer le triomphe d’un grand mouvement nouveau. Il consacra donc la plus grande part de son activité politique à gagner les classes dont l’existence était menacée, ce qui éperonnait leur esprit de lutte, loin de le paralyser. Il était aussi enclin à se servir de tous les moyens existants à se concilier les faveurs des grandes institutions établies, afin de tirer de ces anciennes sources de puissance le plus grand profit pour son mouvement.

C’est ainsi qu’il adopta, en premier lieu, comme base de son nouveau parti, les classes moyennes menacées dans leur existence, et s’assura de cette façon une solide troupe de partisans prêts aux plus grands sacrifices et pleins d’ardeur pour la lutte. Son attitude infiniment rusée à l’égard de l’Église catholique lui gagna en peu de temps le jeune clergé, au point que le vieux parti clérical se vit forcé de quitter le champ de bataille, ou bien, décision plus sage, de s’unir au nouveau parti pour regagner peu à peu ses anciennes positions.

Mais ce serait une grave injustice de voir en ce qui précède tout ce qui a caractérisé la personnalité de cet homme. À ses qualités de tacticien habile s’ajoutaient celles de réformateur de génie. Certes, elles étaient aussi limitées par la compréhension exacte des possibilités qui s’offraient, et par celle de ses capacités personnelles.

Le but que cet homme de très grande valeur s’était posé était éminemment pratique. Il voulait conquérir Vienne. Vienne était le cœur de la monarchie ; les derniers battements de vie dans le corps malade et vieilli de cet empire décrépit, émanaient de cette ville. Si le cœur devenait plus sain, le reste du corps devait revivre. L’idée était juste en principe, mais ne pouvait valoir qu’un temps strictement limité.

Ce fut la faiblesse de cet homme.

Son œuvre comme bourgmestre de Vienne est immortelle au meilleur sens de ce mot ; mais il n’a pu ainsi sauver la monarchie – il était trop tard.

Son adversaire Schoenerer l’avait mieux vu.

Le Dr Lueger réussit d’une manière merveilleuse dans le côté pratique de ses entreprises ; mais ce qu’il en attendait ne se réalisa point.

Schoenerer ne put atteindre ses buts ; et ce qu’il redoutait se produisit malheureusement de la façon la plus terrible.

Les deux hommes n’ont donc pas atteint leur fin dernière. Lueger n’a pu sauver l’Autriche et Schoenerer n’a pu préserver le peuple allemand d’une catastrophe.

Il est infiniment instructif pour notre époque d’étudier les causes de l’insuccès de ces deux partis. Ce sera surtout utile pour mes amis, car, sous bien des rapports, les circonstances sont actuellement pareilles, et l’on pourra éviter des erreurs qui, jadis déjà, ont conduit l’un des mouvements à sa perte et rendu l’autre stérile.

L’effondrement du mouvement pangermaniste en Autriche s’explique, à mon avis, par trois causes :

En premier lieu, par une idée fausse de l’importance que la question sociale devait avoir, surtout pour un parti nouveau et révolutionnaire de par sa nature même.

Schoenerer et son cercle s’adressaient surtout aux classes bourgeoises : il ne pouvait rien en résulter que de bien médiocre et « domestiqué ».

La bourgeoisie allemande, surtout dans ses couches supérieures – même si d’aucuns ne s’en doutent pas ! – est pacifiste jusqu’à l’abdication complète de soi-même, quand il s’agit des affaires intérieures de la nation ou de l’État. Durant les bonnes périodes, c’est-à-dire dans le cas présent, sous un bon gouvernement, une telle psychologie rend ces couches particulièrement précieuses pour l’État ; mais quand le gouvernement est mauvais, cette qualité devient un funeste défaut. Pour acquérir une chance de mener à bien une lutte sérieuse, le mouvement pangermaniste devait donc consacrer tous ses efforts à gagner les masses. Il ne l’a pas fait, et cela le priva dès l’abord de l’impulsion première dont une telle vague a besoin pour ne pas devoir refluer aussitôt.

Quand ce principe est perdu de vue et négligé au début d’un mouvement, le parti nouveau commet une erreur initiale impossible à reprendre. Car les nombreux éléments de la bourgeoisie modérée admis dans le parti déterminent de plus en plus son orientation intérieure, et lui ôtent toute chance d’obtenir un appui appréciable des masses populaires. Dans ces conditions, l’action d’un tel mouvement ne peut que se borner à des bouderies et à des critiques impuissantes. La foi quasi-religieuse et l’esprit de sacrifice lui font dès lors défaut ; à leur place, on tend vers une collaboration
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«Bientôt on verrait un calme affreux, pendant lequel tout se réunirait contre la puissance violatrice des lois.»

Avertissement au lecteur1 iconPartout dans le pays les petites sociétés qui vendent sur Amazon...

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«légalise» à rebours de ce qu’indique la loi elle-même, par des artifices en chausse-trappes destinés à contourner la volonté contraire...

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«décrit d’après nature». Plus intéressés par l’aventure que par l’école, les deux garçons jouent aux brigands et aux sorciers. Jusqu’au...








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