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Établir des bases meilleures de notre développement en s’inspirant d’un profond sentiment de responsabilité sociale.

Anéantir avec une décision brutale les rejetons non améliorables.

La nature ne s’attache pas tant à la conservation de l’être qu’à la croissance de sa descendance, support de l’espèce. Il en est de même dans la vie. Il n’y a guère lieu d’améliorer artificiellement les mauvais côtés du présent – amélioration d’ailleurs pratiquement impossible – mais de préparer des voies plus saines au développement futur de l’homme en le prenant à ses débuts.

Dès mes années de lutte de Vienne, je m’étais persuadé que :

Le but de l’activité sociale ne devra jamais être d’entretenir une endormante prospérité, mais bien plutôt d’éviter ces carences essentielles de notre vie économique et culturelle, qui conduisent nécessairement à la dégénérescence de l’individu ou tout au moins peuvent l’entraîner.

La difficulté de corriger par tous les moyens, même les plus brutaux, une situation sociale criminelle, néfaste pour l’État, ne provient nullement de ce qu’on hésite sur ses causes.

L’hésitation de ceux qui n’entreprennent pas les mesures de salut qui seraient indispensables à sa source dans leur sentiment très fondé d’être eux-mêmes les responsables de la dépravation tragique de toute une classe. Ce sentiment paralyse en eux toute ferme résolution d’agir ; ils ne savent envisager que des réformes timides et insuffisantes, s’agirait-il des mesures de conservation les plus indispensables.

Ce n’est que lorsqu’une époque ne sera plus envoûtée par la propre conscience de sa responsabilité qu’elle recouvrera, avec le calme intérieur, la force extérieure de trancher brutalement et sans regret les pousses parasitaires, et d’arracher l’ivraie.

Mais il sautait aux yeux que l’État autrichien, ignorant toute justice et toute législation sociale, était impuissant à combattre les croissances néfastes.

* * *

Je ne sais ce qui m’effrayait alors le plus : la misère économique de mes semblables, leur grossièreté morale, celle de leurs habitudes, ou bien le niveau si bas de leur culture intellectuelle.

Que de fois nos bourgeois ne sont-ils pas révoltés d’entendre quelque lamentable vagabond déclarer qu’il lui est profondément égal d’être Allemand ou non et que partout où il aura le nécessaire il se trouvera bien !

C’est à qui déplorera cette absence de fierté nationale et dénoncera avec force de tels sentiments.

Mais combien se sont demandés pourquoi ils en ont eux-mêmes de meilleurs ?

Combien se rendent compte que leur fierté bien naturelle d’appartenir à un peuple privilégié se rattache, par un nombre infini de liens, à tout ce qui a fait leur patrie si grande, dans tous les domaines de l’art et de l’esprit ?

Combien voient à quel point leur orgueil d’être Allemands découle de leur connaissance de la grandeur de l’Allemagne ?

Nos milieux bourgeois songent-ils aussi que de cet orgueil-là, le peuple se moque à peu près complètement ?

Que l’on ne m’objecte pas maintenant que c’est la même chose dans tous les pays et que les travailleurs y tiennent « tout de même » pour leur patrie. Quand cela serait, cela n’excuserait pas notre attitude négligente. Mais il n’en est rien. Ce que nous appelons, par exemple, l’éducation chauvine du peuple français n’est que l’exaltation excessive de la grandeur de la France dans tous les domaines de la culture ou, comme disent les Français, de la « civilisation ». Un jeune Français n’est pas dressé à se rendre compte objectivement de la réalité des choses : son éducation lui montre, avec la vue subjective que l’on peut imaginer, tout ce qui a quelque importance pour la grandeur de son pays, en matière de politique et de civilisation.

Une telle éducation doit toujours se borner à des notions d’ordre général très importantes. Et il est nécessaire qu’elles soient gravées dans le cœur et dans la mémoire du peuple par une constante répétition.

Chez nous, au contraire, au péché d’omission d’un caractère négatif, s’ajoute la destruction positive du peu que chacun a eu la chance d’apprendre à l’école. Les rats qui empoisonnent notre politique dévorent ces bribes dans le cœur et la mémoire des humbles, si tant est que la misère ne s’en soit pas déjà chargée.

Que l’on se représente donc ceci :

Dans deux pièces d’une cave habite une famille de sept travailleurs. Sur les cinq enfants, un marmot de trois ans. C’est l’âge où un enfant prend conscience. Les gens bien doués gardent jusqu’à l’âge le plus avancé des souvenirs de cette époque. L’étroitesse et l’encombrement du logement sont une gêne de tous les instants : des querelles en résultent. Ces gens ne vivent pas ensemble, mais sont tassés les uns sur les autres. Les minimes désaccords qui se résolvent d’eux-mêmes dans une maison spacieuse, occasionnent ici d’incessantes disputes. Passe encore entre enfants : un instant après ils n’y pensent plus. Mais quand il s’agit des parents, les conflits quotidiens deviennent souvent grossiers et brutaux à un point inimaginable. Et les résultats de ces leçons de choses se font sentir chez les enfants. Il faut connaître ces milieux pour savoir jusqu’où peuvent aller l’ivresse, les mauvais traitements. Un malheureux gamin de six ans n’ignore pas des détails qui feraient frémir un adulte. Empoisonné moralement, et physiquement sous-alimenté, ce petit citoyen s’en va à l’école publique et y apprend tout juste à lire et à écrire. Il n’est pas question de travail à la maison, où on lui parle de sa classe et de ses professeurs avec la pire grossièreté. Aucune institution humaine n’y est d’ailleurs respectée, depuis l’école jusqu’aux plus hauts corps de l’État ; religion, morale, nation et société, tout est traîné dans la boue. Quand le garçonnet quitte l’école à quatorze ans, on ne sait ce qui domine en lui : ou une incroyable sottise, pour tout ce qui est d’une connaissance positive, ou insolence caustique et immoralité à faire dresser les cheveux.

Quelle attitude aura dans la vie où il va entrer, ce petit homme pour qui rien n’est sacré, et qui, par contre, pressent ou connaît toutes les bassesses de l’existence...

L’enfant de treize ans devient, à quinze, un détracteur déclaré de toute autorité. Il n’a appris à connaître que la boue et l’ordure, à l’exclusion de tout ce qui aurait pu lui élever l’esprit.

Et voici ce que va être son éducation virile.

Il va suivre les exemples qu’il a eus dans sa jeunesse – celui de son père. Il rentrera à la maison, Dieu sait quand, rossera lui-même, pour changer, la pauvre créature qui fut sa mère, blasphémera contre Dieu et contre l’univers jusqu’à ce qu’il soit accueilli par quelque maison de correction.

Là, il recevra le dernier poli.

Et nos bons bourgeois d’être tout étonnés du faible « enthousiasme national » de ce « jeune citoyen » !

Le monde bourgeois voit chaque jour au théâtre et au cinéma, dans de mauvais livres et dans des journaux immondes, comment on déverse le poison à pleins seaux sur le peuple, et il s’étonne ensuite de la faible « tenue morale » et de l’« indifférence nationale » de la masse ! Comme si l’écran, la presse douteuse et le reste s’attachaient à vulgariser la connaissance de notre grandeur nationale ! Sans parler de l’éducation antérieure...

J’appris et je compris bien à fond un principe que je n’avais encore pas soupçonné :

Transformer un peuple en nation présuppose la création d’un milieu social sain, plateforme nécessaire pour l’éducation de l’individu. Seul, celui qui aura appris, dans sa famille et à l’école, à apprécier la grandeur intellectuelle, économique et surtout politique de son pays, pourra ressentir et ressentira l’orgueil de lui appartenir. On ne combat que pour ce que l’on aime ; on n’aime que ce qu’on estime ; et pour estimer, il faut au moins connaître.

Mon intérêt pour la question sociale ayant été éveillé, je commençai à l’étudier très sérieusement. Un monde nouveau, inconnu jusqu’alors, s’offrait à moi.

En 1909 et 1910, ma situation s’était modifiée et je n’avais plus à gagner ma vie comme manœuvre. Je m’étais établi pour mon compte petit dessinateur et aquarelliste. Ce métier ne rapportait guère, j’y gagnais à peine de quoi vivre, mais il était intéressant en vue de la profession à laquelle je me destinais. Désormais aussi je n’étais plus mort de fatigue le soir et incapable, en rentrant du chantier, de lire sans m’assoupir bientôt. Mon travail actuel n’était donc pas sans rapport avec mon futur métier et, en outre, j’étais le maître de mon temps et pouvais le répartir mieux qu’auparavant.

Je peignais par nécessité et j’étudiais par plaisir.

Cela me permettait de compléter par les connaissances théoriques indispensables ce que les leçons de choses de la réalité m’avaient appris du problème social. J’étudiais à peu près tous les livres qui me tombaient sous la main sur ce sujet et, au surplus, je réfléchissais beaucoup.

Je crois bien que mon entourage me tenait à l’époque pour un original.

Comme cela était bien naturel, je m’adonnais en outre avec passion à l’architecture. Je l’estimais, à l’égal de la musique, la reine des arts. M’en occuper n’était pas un travail, mais un vrai bonheur. Je pouvais lire ou dessiner tard dans la nuit sans ressentir aucune fatigue. Et ma croyance se fortifiait que mon beau rêve d’avenir se réaliserait, quand je devrais attendre de longues années. J’étais fermement convaincu de me faire un nom comme architecte.

À côté de cela le grand intérêt que je portais à la politique ne me paraissait pas signifier grand-chose. Au contraire : je ne croyais que satisfaire à une obligation élémentaire de tout être pensant. Quiconque ne possédait pas de lumières à ce sujet en perdait tout droit à la critique, ou à l’exercice d’une charge quelconque.

Dans ce domaine encore, je lisais et j’étudiais beaucoup. Pour moi, lire n’avait pas le même sens que pour la moyenne de nos prétendus intellectuels.

Je connais des gens qui lisent interminablement livre sur livre, une lettre après l’autre, sans que je puisse cependant dire qu’ils ont « de la lecture ». Ils possèdent un amas énorme de connaissances, mais leur esprit ne sait ni les cataloguer ni les répartir. Il leur manque l’art de distinguer dans un livre les valeurs à se mettre pour toujours dans la tête et les passages sans intérêt – à ne pas lire si possible, ou tout au moins à ne pas traîner comme un lest inutile. Lire n’est pas un but, mais le moyen pour chacun de remplir le cadre que lui tracent ses dons et ses aptitudes. Chacun reçoit ainsi les outils et les matériaux nécessaires à son métier, qu’ils l’aident seulement à gagner sa vie ou qu’ils servent à satisfaire à des aspirations plus élevées. Le second but de la lecture doit être d’acquérir une vue d’ensemble sur le monde où nous vivons. Mais dans les deux cas il est nécessaire, non pas que ces lectures prennent place dans la série des chapitres ou des livres que conserve la mémoire, mais viennent s’insérer à leur place comme le petit caillou d’une mosaïque et contribuent ainsi à constituer, dans l’esprit du lecteur, une image générale du monde. Sinon il se forme un mélange de notions désordonné et sans grande valeur, malgré toute la fatuité qu’il peut inspirer à son malheureux propriétaire. Car celui-ci se figure très sérieusement être instruit, comprendre quelque chose à la vie et avoir des connaissances, alors que chaque accroissement d’une telle instruction l’éloigne encore des réalités ; il n’a plus, bien souvent, qu’à finir dans un sanatorium ou bien politicien.

Jamais un tel cerveau ne réussira à extraire du fatras de ses connaissances celle qui pourra servir à un moment donné ; car ce lest intellectuel n’a pas été classé en vue des besoins de la vie ; il s’est simplement tassé dans l’ordre des livres lus et tel que leur contenu a été assimilé. Et si les nécessités de la vie lui donnaient toujours l’idée d’une juste utilisation de ce qu’il a lu jadis, encore faudrait-il qu’elles mentionnent le livre et le numéro de la page, sinon le pauvre niais ne trouverait d’une éternité ce qui convient. Mais la page n’est pas mentionnée et à chaque instant critique, ces gens neuf fois avisés sont dans le plus terrible embarras ; ils cherchent convulsivement des cas analogues et comme de juste tombent sur une fausse recette.

Comment pourrait-on expliquer autrement que les plus grands pontifes du gouvernement réalisent tant de bévues malgré toute leur science ? Ou bien alors il faudrait voir en eux, non plus un fâcheux état pathologique, mais la plus vile coquinerie.

Au contraire, celui qui sait lire discerne instantanément dans un livre, un journal ou une brochure, ce qui mérite d’être conservé soit en vue de ses besoins personnels, soit comme matériaux d’intérêt général. Ce qu’il acquiert de la sorte s’incorpore à l’image qu’il se fait déjà de telle ou telle chose, tantôt la corrige, tantôt la complète, en augmente l’exactitude ou en précise le sens. Que soudain la vie pose un problème, la mémoire de celui qui a su lire lui fournit aussitôt une opinion basée sur l’apport de nombreuses années ; il la soumet à sa raison en regard du cas nouveau dont il s’agit, et arrive ainsi à éclairer ou à résoudre le problème.

La lecture n’a de sens et d’utilité qu’ainsi comprise.

Par exemple, un orateur qui ne fournit pas, sous une pareille forme, à sa raison les éléments qui lui sont nécessaires, est incapable de défendre son opinion en face d’un contradicteur, même si c’est lui qui est mille fois dans le vrai. Dans toute discussion, sa mémoire l’abandonne honteusement. Il ne trouve d’arguments ni pour appuyer ce qu’il affirme ni pour confondre son adversaire. Tant qu’il ne s’agit, comme chez l’orateur, que de la satisfaction personnelle, passe encore ; mais si la destinée a fait d’un pareil homme à la fois omniscient et impuissant le chef d’un État, cela devient beaucoup plus grave.

Dès ma jeunesse je me suis efforcé de bien lire et j’ai été heureusement servi par ma mémoire et mon intelligence. À ce point de vue, mon séjour à Vienne fut utile et fécond. Mes observations quotidiennes m’incitèrent à étudier incessamment les problèmes les plus divers. Étant en mesure de vérifier tour à tour la réalité par la théorie et la théorie par la réalité, je n’avais à craindre ni de me dessécher l’esprit à des considérations purement théoriques ni de m’en tenir à des réalités superficielles.

Mon expérience quotidienne fut alors déterminante pour deux sujets essentiels – outre les questions sociales – et m’incita à leur étude théorique approfondie.

Qui sait quand j’aurais approfondi les théories et l’essence même du marxisme, si je n’avais alors été lancé vraiment la tête la première, dans ce problème ?

* * *

Ce que je savais de la Social-Démocratie dans ma jeunesse était insignifiant et complètement faux.

Il m’était agréable qu’elle combattît pour le suffrage universel et secret, car ma raison me disait déjà que cela devait affaiblir le régime des Habsbourg que je détestais tant. J’étais persuadé que l’État danubien, s’il ne sacrifiait pas le germanisme, ne pourrait subsister, mais que même au prix d’une longue slavisation de l’élément allemand, il n’obtiendrait aucune garantie de vie durable, car il ne faut pas surestimer la force de cohésion que confère le slavisme à un État. Je saluais donc avec joie chaque mouvement susceptible d’amener l’écroulement de cet État inacceptable, qui condamnait à mort le germanisme en dix millions d’êtres humains. Et, plus le tohu-bohu des langues rongerait et dissoudrait jusqu’au Parlement, plus tôt sonnerait l’heure fatale de l’écroulement de cet empire babylonien. Elle serait aussi l’heure de la liberté pour mon peuple de l’Autriche allemande. Ensuite rien ne s’opposerait plus à sa réunion à la mère-patrie.

L’activité de la Social-Démocratie ne m’était donc nullement antipathique. Qu’elle se proposât enfin, comme j’étais alors assez sot pour le croire, d’élever le sort du travailleur, m’incitait encore à l’appuyer plutôt qu’à la dénigrer. Ce qui m’en éloignait le plus, c’était son hostilité à toute lutte pour la conservation du germanisme en Autriche, et sa plate courtisanerie vis-à-vis des « camarades » slaves ; ceux-ci accueillaient volontiers ses manifestations d’amour pour autant qu’elles étaient liées à des concessions pratiques, mais ils conservaient par ailleurs une arrogance hautaine, donnant ainsi leur juste récompense à ces mendiants obsédants.

Ainsi, à dix-sept ans, je n’avais pas encore grande notion du marxisme, et j’attribuais la même signification à Social-Démocratie et à Socialisme. Là encore, la main rude du destin devait m’ouvrir les yeux sur cette duperie des peuples.

Je n’avais appris à connaître le parti social-démocrate que comme spectateur de quelques manifestations populaires, et je n’avais pas la moindre idée de la doctrine en elle-même, ni de la mentalité de ses partisans. Mis en contact d’un seul coup avec les
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