Adresse au «Legislateur français»








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Séance 10 : Commenter un discours argumentatif.
Face à une assemblée politique, deux discours argumentatifs qui cherchent à déterminer un vote.

Badinter en 1981, discours pour l’abolition de la peine de mort et Barrès en 1908, discours contre l’abolition de la peine de mort.



Supports :

Vocabulaire ???
Une corrélation (§2) = un lien

Extorqué des correspondances terribles (§4) = des aveux terribles ???

Compréhension §4 phrase : structure de la phrase.

Souligner d’une couleur ce qui désigne les terroristes, la victime et la démocratie.

Quand, après l'avoir arrêté, après lui avoir extorqué des correspondances terribles, les terroristes, au terme d'une parodie dégradante de justice, exécutent celui qu'ils ont enlevé, non seulement ils commettent un crime odieux, mais ils tendent à la démocratie le piège le plus insidieux, celui d'une violence meurtrière qui, en forçant cette démocratie à recourir à la peine de mort, pourrait leur permettre de lui donner, par une sorte d'inversion des valeurs, le visage sanglant qui est le leur.

Contrepartie impérative = contrepartie qui ne peut attendre

Dans quelle logique de l’Histoire on s’inscrit : logique d’un pays qui va tuer souvent, beaucoup, avec fort risque d’injustice

Sous le dais noir : sous un tissu, un drap noir
ORAL : Quel est l’objectif de Badinter ? Comment essaye-t-il de l’atteindre ?
Problématique : Comment ce discours cherche-t-il à convaincre et à persuader les députés de voter l’abolition de la peine de mort ?
I – Ecrire un discours :
1) Argumentation directe :
A quel type d’argumentation ressortit ce discours ? Comment le sait-on où le voit-on ?

Argumentation directe : l'auteur prend position clairement et en son nom propre, expose sa thèse et ses arguments.

Emploi du je / adresse au « Legislateur français »

Paratexte : Assemblée nationale, 17 septembre 1981 : ce discours visait véritablement à influencer le vote qui allait avoir lieu et à le légitimer, c’est-à-dire à lui donner force de loi, à le valider, à lui donner raison.
2) Un discours ancré dans une situation d’énonciation précise :
Analysez la situation d’énonciation :

  • présence du locteur : Je / nous / on

« je ne ferai pas usage de » mais qui s’efface ensuite derrière le « on » : le locuteur est plus présent à la fin du texte : « je le comprends », « je le conçois » puis s’efface plus loin derrière le « nous » : « nous la refusons » qui est sans doute ici collectif et désigne la gauche au pouvoir, les hommes politiques, ceux qui vont voter l’abolition enfin, la présence du « je » est nettement plus forte à la fin du texte : « j’en ai terminé », « j’ai le sentiment d’assumer mon ministère », « je vous remercie »

 le locuteur, l’orateur, ici Badinter, s’implique fortement dans son discours mais le défend aussi au nom d’un ensemble de personnes, ceux qui sont pour l’abolition : il est ici comme porte-parole des partisans de l’abolition mais aussi en son nom propre. Comme il prend personnellement fait et cause pour l’abolition, cela lui permet d’être plus convaincant.
- présence du destinataire : le destinataire est aussi fortement impliqué dans ce discours car désigné, appelé à plusieurs reprises :

Présence du vous « c’est par là même que vous retrouvez » « grâce à vous » *2 « vous voterez » « je vous remercie »

Apostrophes « Législateur français »

 Le destinataire est fortement impliqué à la fin du texte, tout comme le locuteur : cela montre qu’au moment d’inciter au vote, le discours contient plus de marques de présence des personnes, afin de retenir toute l’attention des destinataires.


  • lieu et temps du discours :

allusion au législateur => lieu, assemblée nationale

« Demain, vous voterez l’abolition de la peine de mort »
 Le discours, pour être plus persuasif, plus convaincant, est assumé par un locuteur, qui s’implique en disant JE et est adressé précisément à un destinataire dont le locuteur attend une réaction.
3) Un discours éloquent Autres moyens de dynamiser le discours afin de le rendre attractif :


  • vraies questions : « Dans la réalité judiciaire, qu’est-ce que la peine de mort ? »

  • questions oratoires : « Et comment la dépasser, sinon d’abord en refusant la loi du talion ? »

  • anaphores pour souligner les phrases clefs :

    • « celui-là doit vivre, celui-là doit mourir ! » phrase qui veut montrer le caractère aléatoire de la justice

    • « Et tout paraît si simple, et tout paraît si juste ! » souligne le fait que la justice d’élimination est pour lui naïve

    • « cette justice d’élimination, cette justice d’angoisse et de mort » anaphore souligne les variations après : élimination  termes encore plus péjoratifs : angoisse, mort

    • « Demain, grâce à vous la justice française ne sera plus une justice qui tue. Demain, grâce à vous, il n’y aura plus, pour notre honte commune, d’exécutions furtives, à l’aube, sous le dais noir, dans les prisons françaises. Demain, les pages sanglantes de notre justice seront tournées. » « Demain, vous voterez l’abolition de la peine de mort. » : fin du discours, rappel de l’importance du vote du lendemain en l’associant à l’idée de grandeur morale




  • questions oratoires ou rhétoriques :

Effet : fait semblant de faire participer l’interlocuteur au raisonnement mais impose le raisonnement

  • anaphores :

Effet : pour souligner les passages clefs, pour donner un rythme au discours, pour attirer l’attention sur quelque chose (une répétition souligne quelque chose, attire l’attention sur quelque chose)

II – Un discours qui cherche à convaincre : un discours qui s’appuie sur des arguments.
Convaincre : (rappel, la définition est à connaître) : chercher à faire adhérer le destinataire à sa thèse en faisant appel à sa raison, à sa logique.
Les arguments employés :

Reformulez les arguments de votre groupe.
Groupe 1 : reformulez les arguments des lignes :

1 à 5 (1 argument)

6 à 13 (1 argument)

Groupe 2 : reformulez les arguments des lignes :

13 à 20 (1 argument)

32 à 43(1 argument)

Groupe 3 : reformulez les arguments des lignes :

44 à 50 (1 argument)

51 à 58 (1 argument)



  1. Lignes 1 à 5 : la pratique de la peine de mort est une pratique totalitaire : cela signifie que l’Etat se donne le droit d’ôter la vie à ses citoyens.


Raisonnement inductif (définition à apprendre) : ce mode de raisonnement part d’un exemple pour en déduire une loi générale. Badinter est parti de l’exemple des pays totalitaires pour en déduire une loi générale.


  1. Lignes 6 à 13 : il est difficile pour les douze membres d’un juré de juger à coup sûr, le risque d’erreur judiciaire est immense.

  2. Lignes 13 à 20 : Faire la justice en tuant, c’est adopter les valeurs des terroristes qui tuent, eux aussi.

  3. Lignes 32 à 43 : Une vie pour une vie, cela revient à un sacrifice, à la loi du talion qui est de l’ordre du privé, pas de la justice. La justice doit dépasser ce qui est un sentiment personnel.


Réfutation (définition à apprendre) : fait d’évoquer un argument adverse pour y répondre, pour montrer l’erreur sur laquelle il repose.


  1. Lignes 44 à 50 : c’est la crainte de la récidive fait demander la peine de mort. Cette justice demande donc la mort par simple précaution : c’est une justice d’élimination (moralement discutable). (Badinter a employé ici aussi une réfutation).




  1. Lignes 51 à 58 : Notre justice n’exécute pas les aliénés car on ne les estime pas responsables de leurs actes. Or, ils sont aussi une menace. Le verdict psychologique n’est pas sûr, donc on condamne à l’aveuglette : cette justice est trop hasardeuse.


III – Un discours qui cherche à persuader :


  1. Argument d’autorité :

Lignes 25 à 31.
Argument d’autorité (définition à apprendre) : argument qui renvoie à l’avis d’une personne reconnue, qui fait autorité dans un domaine. La thèse étant défendue par une personne reconnue, la thèse est considérée comme juste.

L’argument d’autorité repose sur la logique suivante : Si A dit que Y est bien, alors Y est bien.
Fait appel à la confiance (et non à la raison).

Exemple : Amnesty International est contre la peine de mort, donc la peine de mort est à bannir.
Analyse du passage concerné :

  • refuse d’invoquer François Mitterrand comme argument d’autorité (le législatif est indépendant de l’exécutif)

  • mais utilise d’autres arguments d’autorité, donc en fait usage alors qu’il dit ne pas en faire usage : prétérition


Prétérition (définition à apprendre) : dire que l’on ne va pas dire quelque chose tout en le disant.
Exemple : je ne vous raconterai pas comment Untel a dénigré Untelle hier… / je ne vous dirai pas que…


  1. Registre polémique :


Rappel définition :

Polémique : registre qui vise à combattre ou à défendre des thèses sur un ton violent et à provoquer l'indignation du lecteur : registre du débat, de la controverse (polemos : combat »).
Lignes 25 à 31. Relevez le vocabulaire péjoratif.
Débat : pour ou contre la peine de mort ?

Valeurs invoquées : morales (justice d’élimination, ne pas prendre les valeurs des terroristes, ne pas condamner qui n’est pas responsable de ses actes)

Termes péjoratifs :

dictature / systèmes totalitaires / totalitaire

Terroristes / parodie dégradante de la justice / crime odieux / insidieux / violence meurtrière / sanglant / terrorisme

Sacrifice
Indices : il y a un débat, implication des acteurs de la polémique (locuteur et destinataire) dans le texte (exemple : je vs. tu), des valeurs sont invoquées pour défendre l’idée du locuteur.
Procédés d’écriture :

Champs lexicaux de l’indignation, de la surprise

Marques de la première personne

Procédés de dévalorisation : métaphores dévalorisantes, antiphrases ironiques, lexique péjoratif.

Procédés d'attaque, d'indignation, de défense (syntaxe expressive : exclamatives, interrogatives, figures d'opposition, figures de répétition…)
Effet, objectif recherché : discréditer l’adversaire

Texte 1 : discours de Badinter.
Assemblée nationale –17 septembre 1981
M. LE GARDE DES SCEAUX1. - Voici la première évidence : dans les pays de liberté l'abolition est presque partout la règle; dans les pays où règne la dictature, la peine de mort est partout pratiquée.

Ce partage du monde ne résulte pas d'une simple coïncidence, mais exprime une corrélation. La vraie signification politique de la peine de mort, c'est bien qu'elle procède de l'idée que l'État a le droit de dis­poser du citoyen jusqu'à lui retirer la vie. C'est par là que la peine de mort s'inscrit dans les systèmes totali­taires :

C'est par là même que vous retrouvez, dans la réa­lité judiciaire […] la vraie signification de la peine de mort. Dans la réalité judiciaire, qu'est-ce que la peine de mort ? Ce sont douze hommes et femmes, deux jours d'audience, l'impossibilité d'aller jusqu'au fond des choses et le droit, ou le devoir, terrible, de tran­cher, en quelques quarts d'heure, parfois quelques minutes, le problème si difficile de la culpabilité, et, au-delà, de décider de la vie ou de la mort d'un autre être. Douze personnes, dans une démocratie, qui ont le droit de dire : celui-là doit vivre, celui-là doit mou­rir! Je le dis : cette conception de la justice ne peut être celle des pays de liberté, précisément pour ce qu'elle comporte de signification totalitaire. […]

À cette considération de fait, il faut ajouter une donnée morale : utiliser contre les terroristes la peine de mort, c'est, pour une démocratie, faire siennes – les valeurs de ces derniers. Quand, après l'avoir arrêté, après lui avoir extorqué des correspondances terribles, les terroristes, au terme d'une parodie dégradante de justice, exécutent celui qu'ils ont enlevé, non seulement ils commettent un crime odieux, mais ils tendent à la démocratie le piège le plus insidieux, celui d'une violence meurtrière qui, en forçant cette démocratie à recourir à la peine de mort, pourrait leur permettre de lui donner, par une sorte d'inversion des valeurs, le visage sanglant qui est le leur.

Cette tentation, il faut la refuser, sans jamais, pour autant, composer avec cette forme ultime de la vio­lence, intolérable dans une démocratie, qu'est le ter­rorisme.

Mais lorsqu'on a dépouillé le problème de son aspect passionnel et qu'on veut aller jusqu'au bout de la lucidité, on constate que le choix entre le maintien et l'abolition de la peine de mort, c'est, en définitive, pour une société et pour chacun d'entre nous, un choix moral.

Je ne ferai pas usage de l'argument d'autorité2, car ce serait malvenu au Parlement, et trop facile dans cette enceinte. Mais on ne peut pas ne pas relever que, dans les dernières années, se sont prononcés haute­ment contre la peine de mort, l'Église catholique de France, le conseil de l'Église réformée et le rabbinat. Comment ne pas souligner que toutes les grandes associations internationales qui militent de par le monde pour la défense des libertés et des droits de l'homme – Amnesty international, l'Association inter­nationale des droits de l'homme, la Ligue des droits de l'homme – ont fait campagne pour que vienne l'abolition de la peine de mort.

[ ... ]

Pour les partisans de la peine de mort, […] il est en effet des crimes trop atroces pour que leurs auteurs puissent les expier3 autrement qu'au prix de leur vie. La mort et la souffrance des victimes, ce terrible malheur, exigeraient comme contrepartie nécessaire, impérative, une autre mort et une autre souffrance. À défaut, déclarait un ministre de la Justice récent, l’an­goisse et la passion suscitées dans la société par le crime ne seraient pas apaisées. Cela s'appelle, je crois, un sacrifice expiatoire4. Et justice, pour les partisans de la peine de mort, ne serait pas faite si à la mort de la victime ne répondait pas, en écho, la mort du cou­pable.

Soyons clairs. Cela signifie simplement que la loi du talion demeurerait, à travers les millénaires, la loi nécessaire, unique de la justice humaine.

[…] Que les parents et les proches de la victime sou­haitent cette mort, par réaction naturelle de l'être humain blessé, je le comprends, je le conçois. Mais c'est une réaction humaine, naturelle. Or tout le pro­grès historique de la justice a été de dépasser la ven­geance privée. Et comment la dépasser, sinon d'abord en refusant la loi du talion?

La vérité est que, au plus profond des motivations de l'attachement à la peine de mort, on trouve, inavouée le plus souvent, la tentation de l'élimination. Ce qui paraît insupportable à beaucoup, c'est moins la vie du criminel emprisonné que la peur qu'il récidive un jour. Et ils pensent que la seule garantie, à cet égard, est que le criminel soit mis à mort par précaution.

Ainsi, dans cette conception, la justice tuerait moins par vengeance que par prudence. Au-delà de la justice d'expiation, apparaît donc la justice d'élimina­tion, derrière la balance, la guillotine. L'assassin doit mourir toute simplement parce que, ainsi, il ne récidivera pas. Et tout paraît si simple, et tout paraît si juste !

Mais quand on accepte ou quand on prône la justice d'élimination, au nom de la justice, il faut bien savoir dans quelle voie on s'engage. Pour être acceptable, même pour ses partisans, la justice qui tue le criminel doit tuer en connaissance de cause. Notre justice, et c'est son honneur, ne tue pas les déments. Mais elle ne sait pas les identifier à coup sûr, et c'est à l'expertise psychiatrique, la plus aléatoire, la plus incertaine de toutes, que, dans la réalité judiciaire, on va s'en remettre. Que le verdict psychiatrique soit favorable à l'assassin, et il sera épargné. La société acceptera d'assumer le risque qu'il représente sans que quiconque s'en indigne. Mais que le verdict psychiatrique lui soit défavorable, et il sera exécuté. Quand on accepte la justice d’élimination, il faut que les responsables politiques mesurent dans quelle logique de l’Histoire on s’inscrit. […]

Cette justice d’élimination, cette justice d’angoisse et de mort, décidée avec sa marge de hasard, nous la refusons. Nous la refusons parce qu’elle est pour nous l’anti-justice, parce qu’elle est la passion et la peur triomphant de la raison et de l’humanité. […]

J’en ai terminé. […]

Demain, grâce à vous la justice française ne sera plus une justice qui tue. Demain, grâce à vous, il n’y aura plus, pour notre honte commune, d’exécutions furtives, à l’aube, sous le dais noir, dans les prisons françaises. Demain, les pages sanglantes de notre justice seront tournées.

A cet instant plus qu’à un aucun autre, j’ai le sentiment d’assumer mon ministère, au sens ancien, le plus noble qui soit, c’est-à-dire au sens de « service ». Demain, vous voterez l’abolition de la peine de mort. Législateur français, de tout mon cœur, je vous remercie.
Texte 2 : Discours de Barrès
Chambre des députés – 3 juillet 1908
M. MAURICE BARRÈS. – Je suis partisan du maintien de la peine de mort, du maintien et de l'application. Je n'apporterai pas à la tribune la masse des argu­ments que soulève cette grande question; je voudrais me tenir sur un point particulier, bien déterminé et contredire, réfuter, si je puis, l'opinion de ceux qui croient que la suppression de la peine de mort serait un progrès moral pour la société française. [...]

Des esprits très nombreux et fort généreux, certes, croient que l'abolition de la peine de mort c'est un pas i en avant dans la voie du progrès.

Eh bien! Je ne raisonnerai pas dans l'abstrait, je regarde la situation de la ville de Paris.

Si nous supprimons la peine de mort, si nous faisons cette expérience de désarmement au risque de qui i serait-elle faite? Il faut bien le constater : ce sont les pauvres que nous découvrons, ce sont eux qui pâtiront d'abord. Quoi qu'on fasse, il est bien certain que la police protégera toujours mieux les riches que les pauvres. (Exclamations à l'extrême gauche et à gauche.) [ ... ]

Cette suppression de la peine de mort sera-t-elle du moins un ennoblissement de notre civilisation? Si quelques-uns sont disposés à le croire, c'est qu'ils dési­rent mettre, de plus en plus, notre société d'accord avec les données que nous fournit la science. Nous écoutons les médecins qui nous disent en regardant les assassins : «Ils sont nécessités. Celui-ci tient son crime de son atavisme5; cet autre le tient du milieu dans lequel il a été plongé. »

Assurément il y a quelque chose à retenir de ces dépositions des médecins ; ce qu'il faut en retenir, me semble-t-il, c'est que notre devoir est de combattre les conditions qui ont préparé cet atavisme, d'assainir le milieu dans lequel tel ou tel homme s'est perverti. (Très bien! très bien !)

La science nous apporte une indication dont nous tous, législateurs, nous savons bien que nous avons à tirer parti ; combattons les causes de dégénérescence6. Mais quand nous sommes en présence du membre déjà pourri, quand nous sommes en présence de ce malheureux – malheureux, si nous considérons les conditions sociales dans lesquelles il s'est formé, mais misérable si nous considérons le triste crime dans lequel il est tombé, – c'est l'intérêt social qui doit nous inspirer et non un attendrissement sur l'être antiso­cial. (Bruit à l'extrême gauche.)

Allons au fond de la question.

Il me semble que dans la disposition traditionnelle qu'ont un grand nombre d'esprits, éminents, géné­reux, à prendre en considération les intérêts de l'as­sassin, à s'y attarder, avec une sorte d'indulgence. Il y a cette erreur de croire que nous nous trouvons en pré­sence d'une sorte de barbare tout neuf, auquel il a manqué quelques-uns des avantages sociaux que, nous autres, plus favorisés, nous possédons. […] Ah ! les éléments neufs, ce qui sort de la masse et qui n'a pas encore pris la forme civilisée, c'est précieux, c'est sacré. Ces éléments neufs valent mieux que nous, sont plus précieux peut-être que tel civilisé arrivé à un degré élevé de développement. Ce barbare tout neuf a encore tout à fournir. Mais les apaches7 ne sont pas des forces trop pleines de vie, de beaux barbares qui font éclater les cadres de la morale commune : ce sont des dégénérés. Loin d'être orientés vers l'avenir, ils sont entravés par des tares ignobles. Et, à l'ordinaire, quand nous sommes en présence du criminel, nous trouvons un homme en déchéance, un homme tombé en dehors de l'humanité et non pas un homme qui n'est pas encore arrivé à l'humanité. [ ... ]

Pour ma part, je demande que l'on continue à nous débarrasser de ces dégradés, de ces dégénérés, dans les conditions légales d'aujourd'hui, en tenant compte des indications qui nous sont fournies par les hommes de science compétents s'ils nous disent que celui-ci relève des asiles plutôt que de la punition. Je crois qu'il y a lieu de recourir à la punition exem­plaire. Et, par exemplaire, je n'entends pas la publi­cité; je crois que l'exemple peut-être plus saisissant encore, tel qu'il est obtenu en Angleterre où la puni­tion capitale, à la muette, derrière de hauts murs, me semble plus terrifiante encore que cette manière d'apothéose infâme que nous dressons sur les place publiques. (Applaudissements.) [ ... ]

Messieurs, j'ai autant d'horreur qu'aucun de vous pour le sang versé. Un jour il m'a été donné d'assister à une exécution, je ne veux pas dire de la voir – car en effet c'est un spectacle intolérable. Je m'y trouvais non loin de M. le président du Conseil. Le lendemain M. Clemenceau8 a écrit un bel article où il exprimait tout le dégoût qu'il avait éprouvé, toute la répulsion morale et physique que l'on ne peut pas ne pas ressentir.

Mais qu'est-ce que cela prouve? Cela prouve d'abord que M. le président du Conseil a bien fais d'abandonner sa carrière médicale qui aurait pu l'amener à des opérations chirurgicales. (Exclamations et mouvements divers.)

Pour ma part, cette même émotion pénible ne l'éprouverais-je pas, si je devais assister à ces terribles opérations qui pourtant sont le salut, une ressource de guérison? La vie est en elle-même chose cruelle. Et ce n'est pas avoir fourni un argument contre la peine capitale de constater ce que personne ne nie – qu'une vision de décollation9 est chose atroce.

C'est par amour de la santé sociale que je vote le maintien et l'application de la peine de mort.

En tout cas, qu'il me soit permis de vous le dire en terminant, cette mesure que vous croyez une mesure de générosité, c'est une générosité que nous ferions aux dépens des autres.


Lecture cursive : le discours de Barrès :

Vous pouvez chercher à observer les points suivants pour vous entraîner :
Désignations des adversaires

Argument ad hominem (contre M. Clémenceau)

Question rhétorique.

Implication du je = du locuteur

Adresses, apostrophes Messieurs.

Registre polémique



Compléments sur la séance n° 6 Commenter un discours argumentatif. L’essentiel a été vu en classe. Cette fiche est destinée à approfondir et récapituler ce qui a été vu.

II – Un discours qui cherche à convaincre : Les arguments employés

  1. La pratique de la peine de mort est une pratique totalitaire : on l’observe dans les faits, et cela signifie en outre que l’Etat se donne le droit d’ôter la vie à ses citoyens.

  2. Il est difficile pour les membres d’un juré de juger à coup sûr. 12 personnes ne peuvent pas décider seules de la vie d’une autre personne, c’est trop arbitraire, le risque d’erreur judiciaire est immense.

  3. Faire la justice en tuant est adopter les valeurs des terroristes qui tuent eux aussi.

  4. Des crimes sont tellement atroces que les personnes qui les ont commis devraient soi-disant mourir, pour appaiser la société. Appaiser la société par la mort revient à faire un sacrifice. Une vie pour une vie, cela revient à la loi du talion qui est de l’ordre du privé, pas de la justice. La justice doit dépasser ce qui est un sentiment personnel. (Stratégie réfutation)

  5. Crainte de la récidive fait demander la peine de mort. Cette justice demande donc la mort par simple précaution, la justice résout donc les problèmes en éliminant purement et simplement : c’est une justice d’élimination (moralement discutable) (Stratégie réfutation).

  6. Contradiction de notre justice : n’exécute pas les aliénés car on ne les estime pas responsables de leurs actes or sont aussi une menace. Verdict psychologique n’est pas sûr, donc on condamne à l’aveuglette, et la justice a peut-être condamné à mort des gens non responsables de leurs actes : risque d’erreur grand, la justice est hasardeuse et non rigoureuse.

III – Un discours qui cherche à persuader :

  1. Argument d’autorité :

Argument d’autorité : argument qui renvoie à l’avis d’une personne reconnue, qui fait autorité dans un domaine. La thèse étant défendue par une personne reconnue, la thèse est considérée comme juste.

L’argument d’autorité repose sur la logique suivante : Si A, une personne reconnue et crédible, dit que Y est bien, alors Y est bien.

Exemple : Amnesty International est contre la peine de mort, donc la peine de mort est à bannir.

  1. Registre polémique :

Termes péjoratifs :

dictature / systèmes totalitaires / totalitaire

Terroristes / parodie dégradante de la justice / crime odieux / insidieux / violence meurtrière / sanglant / terrorisme

Sacrifice

Lecture cursive : le discours de Barrès : Vous pouvez lire cherchez à observer les points suivants pour vous entraîner :

Désignations des adversaires à observer.

Argument ad hominem (contre M. Clémenceau)

Question rhétorique.

Implication du je = du locuteur

Adresses, apostrophes Messieurs.

Registre polémique.



Compléments sur la séance n° 6 Commenter un discours argumentatif. L’essentiel a été vu en classe. Cette fiche est destinée à approfondir et récapituler ce qui a été vu.

II – Un discours qui cherche à convaincre : Les arguments employés

  1. La pratique de la peine de mort est une pratique totalitaire : on l’observe dans les faits, et cela signifie en outre que l’Etat se donne le droit d’ôter la vie à ses citoyens.

  2. Il est difficile pour les membres d’un juré de juger à coup sûr. 12 personnes ne peuvent pas décider seules de la vie d’une autre personne, c’est trop arbitraire, le risque d’erreur judiciaire est immense.

  3. Faire la justice en tuant est adopter les valeurs des terroristes qui tuent eux aussi.

  4. Des crimes sont tellement atroces que les personnes qui les ont commis devraient soi-disant mourir, pour appaiser la société. Appaiser la société par la mort revient à faire un sacrifice. Une vie pour une vie, cela revient à la loi du talion qui est de l’ordre du privé, pas de la justice. La justice doit dépasser ce qui est un sentiment personnel. (Stratégie réfutation)

  5. Crainte de la récidive fait demander la peine de mort. Cette justice demande donc la mort par simple précaution, la justice résout donc les problèmes en éliminant purement et simplement : c’est une justice d’élimination (moralement discutable) (Stratégie réfutation).

  6. Contradiction de notre justice : n’exécute pas les aliénés car on ne les estime pas responsables de leurs actes or sont aussi une menace. Verdict psychologique n’est pas sûr, donc on condamne à l’aveuglette, et la justice a peut-être condamné à mort des gens non responsables de leurs actes : risque d’erreur grand, la justice est hasardeuse et non rigoureuse.

III – Un discours qui cherche à persuader :

  1. Argument d’autorité :

Argument d’autorité : argument qui renvoie à l’avis d’une personne reconnue, qui fait autorité dans un domaine. La thèse étant défendue par une personne reconnue, la thèse est considérée comme juste.

L’argument d’autorité repose sur la logique suivante : Si A, une personne reconnue et crédible, dit que Y est bien, alors Y est bien.

Exemple : Amnesty International est contre la peine de mort, donc la peine de mort est à bannir.

  1. Registre polémique :

Termes péjoratifs :

dictature / systèmes totalitaires / totalitaire

Terroristes / parodie dégradante de la justice / crime odieux / insidieux / violence meurtrière / sanglant / terrorisme

Sacrifice


1 Robert Badinter est nommé garde des Sceaux en 1981 et est chargé de mener à bien la réforme sur l’abolition de la peine de mort.

2 Argument d’autorité : argument émanant d’individus reconnus et faisant autorité dans un domaine.

3 Expier : payer par une punition

4 Sacrifice expiatoire : sacrifice visant à obtenir réparation

5 Atavisme : hérédité

6 Déclin, dégradation

7 Apaches : voyous, malfaiteurs

8 Georges Clémenceau : homme politique français, député d’extrême gauche, alors président du Conseil et ministre de l’Intérieur.

9 Décollation : action de couper la tête.

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