2. Le voyage et mon séjour








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musée vert de la Vallée du Sitatunga, une initiative de CREDI-ONG64 à Kpotomey dans l'arrondissement de Zinvié, situé à peu près à 40 km de notre domicile, et aussi pour discuter avec ses membres et pour remettre à l’ONG CREDI-ONG un enregistreur numérique Olympus LR-1065, pour lui permettre d’enregistrer des chants et cris des animaux dans la Vallée du Sitatunga. Cette dernière une réserve naturelle aquatique, que cette ONG cherche à protéger.
Je rencontre les dirigeants de l’ONG, Damien MARTIN_ directeur exécutif, leur seul européen de l’ONG sur place _ et Martial K. KOUDERIN _ directeur exécutif de l’ONG _, à qui je remets cet enregistreur numérique, ainsi qu’une copie de ma base de données documentaire. Comme je ne m’étais pas annoncé avant ma venue au Bénin, je pense qu’ils doivent être assez surpris.

Au moment de notre arrivée, Damien commençait à organiser une réunion avec le personnel béninois de l’ONG.

Autour de la salle de réunion, quelques bibliothèques vitrées contenant des livres66.
Je leur explique la raison de la constitution de la base de données que je leur offre et la raison de ma présence au Bénin _ celle de lancer un projet de salle informatique pour l’ONG ABJED de Daniel et d’y amener du matériel.

Je leur raconte l’anecdote de l enregistreur. Je m’étais fait voler toutes mes biens67, dont mes enregistreurs numériques et d’autres matériels très coûteux destinés à mes expéditions dans le monde, dans mon box, qui serait de garde-meuble.
Et je pensais que parmi mes enregistreurs, les voleurs m’avaient aussi volé mon enregistreur Olympus LR-11. Mon ami Pascal, directeur de l’Association SONATURA, pour redonner du moral m’avait alors offert son propre Olympus LR-10.

Or entretemps, j’ai retrouvé Olympus LR-11, dans mon appartement. J’en informé immédiatement Pascal, qui m’a dit de le donner à CREDI-ONG, qui exprimé ce besoin d’enregistreur, en 2008, auprès de SONATURA. Souhait que je viens d’exaucer.
Pendant mes explications, Daniel n’arrête pas de me répéter fortement « B », sur un ton de fort reproche, mais ne me dit rien de plus.
Une jeune fille membre de l’ONG nous fait visiter le « musée vert », destinée à présenter les spécificités de la réserve _ ainsi que ses espèces rares (dont l’antilope des marais ou guib d'eau, la Sitatunga (Tragelaphus spekii), une espèce menacée du Bénin, vivant dans les habitats marécageux) _ et à sensibiliser à la protection de l’environnement.
Ce musée est un grand bâtiment comportant plusieurs pièces, dans lesquels on trouve de nombreux vivariums et aquariums, présentant quelques espèces vivantes et « gigotantes » de cette vallée :


  • Epiplatys rayé (Epiplatys dageti),un poisson qui mange les moustiques.

  • Poisson grogneur africain (Synodontis nigriventris), qui mange des insectes et des algues. Ce poisson brun nage à l'envers, le ventre en l'air. Ses nageoires dorsales et pectorales sont hérissées de piquants.

  • Rat de Gambie _ ou cricétome des savanes (Cricetomys gambianus), un gros rats utilisé pour détecter les mines antipersonnel, par l’ONG belge APOPO.

  • Ecureuil terrestre africain (Xerus erythropus ( ?)).

  • Oiseau dont j’ai oublié le nom (des inséparables, je crois).

  • Des reptiles tels que vipères heurtantes [au venin cytotoxique nécrosant], naja des bois, cobras cracheurs, boiga …. Selon notre guide, les bébés vipères heurtantes seraient cannibales, les plus gros mangeant les plus petits.

  • Etc.


Sur les murs desquels sont affichés des panneaux didactiques plutôt professionnels68.
A l’extérieur, se trouvent :


  1. Des enclos et bassins à crocodiles ou à tortues (aquatiques),

  2. Un parcourt pédagogique sur le problème de la pollution, de l’abandon des déchets dans la nature et leur recyclage.

  3. Plus loin, une plantation d’ananas de 1,5 ha, ponctués d’arbres servant à l’agroforesterie :




  • Albizia chevalieri (le chevalier),

  • Albizia saman ou Samanea saman (arbre à pluie).

  • Moringa oleifera.

  1. Plus loin encore, des bâtiments et enclos servant à l’élevage de chèvres, de poules, et de lapins (le plus grand est celui des lapins, en élevage intensif).

  2. En contrebas, dans les bas-fonds_ zones marécageuses à « oreilles d’éléphant » _, plusieurs bassins aquacoles, pour l’élevage de tilapias et poissons chat, et le bâtiment de l’écloserie à alevins, l’ensemble formant la ferme aquacole Pantodon69.

  3. Proche des bassins, un petit hôtel de brousse (je me suis dis qu’il doit y avoir pas mal de moustiques, ici).

  4. le bâtiment pour la transformation des produits de l’ONG (production de jus d’ananas etc.).

  5. un grand mirador, dominant le marais, construit pour l’observation des animaux et des oiseaux.


Sur les arbres entourant les bassins, je vois beaucoup de hérons pique-bœuf (aigrettes blanches). Je me dis que les pertes doivent être importants (car les bassins ne sont pas couverts de filets de protection).
A côté est situé un village traditionnel. A force de sensibilisation, l’ONG aurait réussi à faire participer ses habitants au projet de protection environnemental de leur réserve.
L’ONG possède deux 4x4 blancs, dont l’un semble relativement neuf.
Je suis très impressionné par l’ensemble ces réalisations, alors que cette ONG n’a que 9 ans.

Damien n’explique que CREDI-ONG est essentiellement financée, depuis des années, par la branche hollandaise de l’UICN (l’union internationale de conservation de la nature, www.iucn.nl) et par l’ONG allemande « Brot für die Welt » [Pain pour le monde] (site : www.brot-fuer-die-welt.de).
Damien a un petit accent que je n’arrive pas à identifier. Damien me dit qu’il est bien auvergnat, mais qu’il a séjourné dans plusieurs pays, avant de se fixer au Bénin.
A notre départ, Damien nous donne 18 petites bouteilles de jus d’ananas (pour me remercier de mes dons).

Martial m’affirme que, quand il se rendra entre le 30 mars et le 16 avril, en France, il me contactera. En fait, je n’aurais plus jamais de nouvelles d’eux, par la suite.
Au retour, nous sommes en train de rouler sur la piste, quand Daniel s’arrête soudainement au bord de la route pour m’engueuler vertement. Il commence à me dire qu’on ne peut pas aider tout le monde et toutes les ONG.

Daniel, qui montrait un visage que je ne lui connais, m’invective, presque d’un ton méprisant et surtout culpabilisateur :

« Que je ne peux pas distribuer comme cela ma base de données à tout le monde.  Tu ne les connais pas et tu leur donnes un enregistreur et la base de données? Qu’est-ce qu’ils t’ont offert en échange ? Des bouteilles de jus d’ananas. La base de données, c’est pour ABJED. Elle permet de nous place en position de force face les autres ONG … [sous-entendu, c’est une monnaie d’échange dans nos relations avec les autres ONG]. Tu verras, CREDI-ONG n’aura aucune reconnaissance pour toi. Je les connais ces ONG béninoises. Elles peuvent voler tes projets. Tout ce qui les intéresse, c’est de recevoir des subventions.

Tu me fais honte. Tu as perdu toute dignité, devant les membres de CREDI-ONG, en racontant ta vie et en leur donnant tout sans compensation. Pourtant, qu’est-ce que je t’ai dit ?!!! Ne pas faire ami-ami avec tout le monde ! Dans la salle, il y avait 8 Béninois qui ont entendu tout ce que tu disais. Mais tu n’écoutes rien !!! En plus, je connais ces béninois membres d’ONG ! J’avais déjà été les voir à leur siège à Abomey-Calavi. Et donc, par tes paroles imprudentes, ils savent maintenant que j’ai du matériel informatique. Ils peuvent donc essayer de retrouver où j’habite et me voler tout le matériel informatique que j’ai chez moi !!! Tu ne connais pas mon pays !

Tu ne connais pas, non plus, les risques à distribuer sans discernement ta base de données. Les béninois [bénéficiaires] ne vont pas la distribuer mais la vendre. Et ils se foutront bien que tu en sois l’auteur ! »70.
J’étais vraiment consterné par sa réaction totalement imprévue. A notre retour à la « maison », les « critiques » de Daniel me déclencheront, d’ailleurs, de terribles maux de tête71.
Je me sens d’abord comme un gamin, jouant dans un jardin d’enfant, face à des grands jouant dans la cours des grands. Mais en même temps, je me dis que beaucoup œuvrent dans l’humanitaire, non par compassion, mais pour exister ou se donner de l’importance et peut-être est-ce le cas soit de Daniel, soit d’autres. Il y a la face sombre de l’Afrique. « Il n’y a pas de bon sauvage cher à Rousseau ». « Les amis de nos amis ne sont pas toujours nos amis ».

Je me convaincs que je ne dois pas donner sans discernement, et surtout pas à ceux qui ne le méritent pas.
Au moment où Daniel m’accable au bord de la route, Damien, arrivant en sens inverse avec son 4x4, s’arrête pour nous souhaiter une bonne route. Daniel arrête immédiatement.
Il rajoute alors que ce n’est pas les productions72 (jus d’ananas, poissons _ les poissons étant eux-mêmes alimentés par les granules achetés) qui pourraient la faire vivre ou faire vivre l’ONG et la réserve communautaire. Etant donné l’éloignement par une piste de 40 km de la ville la plus proche, CREDI-ONG a du mal à écouler sa production, son site étant loin de tout. Sans les subventions des deux organismes précédents, CREDI-ONG ne pourrait pas tenir (la vente de produits et services ne représente que 10 à 15% de l’argent qui entre). Au départ en 2005, une association française avait été créée pour souvenir financièrement CREDI-ONG. Mais elle a disparu, selon Damien, peut-être par la perte de l’enthousiasme de ses membres.

Bref, je comprends que cette ONG semble très dépendante de l’Occident pour vivre ou survivre. Durant l’après-midi, je ne verrais pas un seul touriste venir ici, pour visiter la réserve ou le musée.

Nous avions discuté de SONGHAI, dans la salle. Il me dit que SONGHAI n’est pas si rentable que cela, à part sa production de part.
Je regarde de nouveau la télévision, où passe une émission sur la mode béninoise, en particulier sur les couvre-chefs, dont le chapeau traditionnel, le gobi, ressemblant au bonnet des meuniers du XIX° siècle.


Un gobi, sur la tête de cet européen. Source : http://kaki.revolublog.com/kakis-2011-c704209
Je décide de ne pas écouter mon entendement. Daniel est peut-être un homme de principe, mais il est vraiment dur.

Il ne doute jamais. Mais en même temps, je me dis que je devrais désormais vérifier l’histoire prétendues survenue entre Charles et Daniel.
Dans la nuit, je lui dis que ses reproches violents m’ont causé de violents maux de tête. Que j’accepte ses reproches sur le fait que je n’ai pas été assez prudent en parlant d’avoir apporté du matériel informatique, mais je suis pas d’accord pour le reste. Et que la base de données est ma propriété, non celle d’ABJED, et que j’en fais ce que je veux.

Il argumente de nouveau, très sûr de lui, avec les mêmes arguments que ceux débités au bord de la route, avec une ténacité épuisante.

Je lui réponds en indiquant que s’il se fait voler son matériel, je m’engage, rubis sur l’ongle, à le lui remplacer intégralement, s’il se faisait voler à cause de ma possible imprudence, chez CREDI-ONG, puisque je connais mal la mentalité des béninois.

Concernant mes maux de tête, il me déclare qu’il suffit que j’oublie, je rejette dans le passé, mes ennuis passés pour que mes maux de tête disparaissent, sur le ton des déclamations d’un prophète de Dieu. Puis il se met à prier avec véhémence, comme s’il était pris de transe, pour obtenir la guérison de mes maux de tête. Tout cela se déroule en pleine nuit.

Je me dis qu’il oublie totalement la dimension de l’inconscient. Quant à la méthode Coué, elle ne marche pas toujours, … les faits, y compris psychologiques, étant malheureusement fortement têtus.
Mardi 11 mars 2014
Daniel ne dit que jeune, sa famille était tellement pauvre, qu’il ne prenait jamais de petit déjeuner le matin, avant de partir à l’école et qu’il faisait 8 km à pieds par jour, pour s’y rendre et en revenir.
Daniel me voit écrire beaucoup de notes dans mon carnet. Sans attendre ma réponse, il m’interpelle : « Qu’est-ce que tu écris dans ton carnet ? Il y a quelques années, quand je manquais de confiance, j’écrivais toutes mes pensées dans un carnet. Maintenant, je n’en ai plus besoin. Je n’y note plus que des informations importantes ».
Seule la chaîne Canal 3, qu’on reçoit difficilement, me semblait critique et indépendante envers le pouvoir.

Cela fait presque trois mois que les enseignants sont en grève.

Chaque jour de grève coûterait 2,5 à 3 milliards de Francs (soit 3.800.000 à 4.560.000 €) à l’état, selon le journaliste73.

Les grévistes réclament le relèvement du salaire minimum, des garanties concernant les libertés syndicales, l’annulation de deux concours de la fonction publique et le limogeage du commissaire central et du préfet de Cotonou, la capitale économique du pays74.

Le personnel hospitalier a emboîté le pas aux enseignants en lançant « l’opération Hôpitaux Morts ».
Aujourd’hui, il devait y avoir une rencontre entre le chef de l’Etat, Boni Yayi, et les représentants syndicaux, pour régler ces problèmes75. Mais au dernier moment, le chef de l’Etat a annulé ce rendez-vous et préfère se rendre en avion, pour la journée, pour aller voir son ami, le président de la république ivoirienne, Alassane Ouattara.
Sur l’ORTB, apparaît une étrange annonce, à la manière d’une annonce Amber, repassant en boucle tout la journée : « Nous vous annonçons le risque d’enlèvement d’un syndicaliste … ». Ni le nom du syndicaliste n’est cité, ni les prouves ou les raisons motivants cette annonce (!)76. Le Bénin est censé être un état de droit. Or ce genre de procédé ressemble à ceux d’une dictature. Si cette annonce [sur la télévision du pouvoir] a pour but d’intimider les syndicalistes, elle me paraît ridicule (c’est comme l’œuvre ou manœuvre d’un politicien immature ou enfantin, à mes yeux].
Un documentaire sur la mode au Bénin, sur BB24, indique qu’il n’y quasiment pas de production de cotonnades africaines (tissus). Le grand chic est de porter une chemise africaine en lin. Or le lin est produit en Europe (en particulier en France).
A la télévision, à la fin d’un documentaire sur l’élevage des chèvres laitières, il est indiqué qu’on peut se procurer la vidéo de ce documentaire auprès de la SACI-AGRI au 66.42.38.67 ou d’AGRI-HUB Bénin au 64.31.31.55.
Une émission culinaire, sur BB24, présente la sauce crincrin préparé par le restaurant le Pithiviers (voir en annexe la recette de cette sauce).
Aujourd’hui, Daniel me laisse seul toute la journée, sans m’indiquer où il part. Et je n’aurais rien à faire au cours de cette journée. Beaucoup de coupures de courant, et donc pas beaucoup de télévision disponible.
Mercredi 12 mars 2014
Daniel me réitère, avec fermeté, comme s’il était un prophète, son conseil de « fermer les portes du passé », d’oublier les problèmes que j’ai eu dans le passé, avec ma famille etc.

Daniel me dit être l’avocat de tout le monde. Selon lui, on l’appelle le jour, la nuit et de fait, il dort peu.

Il m’affirme que dans le passé, les voisins demandaient à Daniel de se brancher sur son compteur d’électricité, en promettant de payer leur consommation, comme la femme venu frapper à sa porte ce matin. Mais ensuite, ces derniers ne payaient pas. Daniel les débranchait alors. Et ces derniers devenaient son ennemie. Raison du refus qu’il a opposé à cette femme.

Je lui rappelle de m’apporter les feuilles comptables de son association, détenues par la comptable Edwige.
Les journalistes de Canal 3, au journal TV, commentent le « faux-bond » de M. Boni Yayi et l’annonce « Amber ».

Ils raillent l’annonce « Amber ». L’un dit que le Bénin est censé être un état de droit. Il soupçonne le ministre de la communication d’être derrière ce genre d’agissement, indigne d’un état de droit.

Puis ils parlent du député Désiré Vodonou, député de l’opposition, emprisonné depuis 35 mois et avril 2011, pour une affaire d’escroquerie présumée contre un américain77 78, et souffrant de problèmes cardiaques, qui depuis sa cellule a envoyé une lettre au président de la République lui demandant de « s’attaquer aux racines pour en finir une fois pour toutes avec la crise et ses effets ». Il appelle aussi l’attention de Boni Yayi sur « l’évolution de l’Etat de droit au Bénin » et lui rappelle « son devoir constitutionnel» de le préserver, « Lettre ouverte au Président de la République » dont le contenu a été publié, en première page de plusieurs quotidiens béninois, le 11 mars79. Dans cette lettre, il parle de l’état des hôpitaux béninois. Il y rappelle que sa propre fille avait rendu l’âme au CNHU en 1988, parce que je n’avais pas les moyens de payer une ordonnance de 5.850 FCFA (8,89 €).

Les journalistes indiquent que la justice avait ordonné sa libération, mais qu’il est quand même maintenu en prison, depuis tout ce temps.
Ils parlent enfin d’un projet de frigo solaire.
Bref je me fais la réflexion qu’il n’y a vraiment « rien d’idéal sur cette terre ».
Ce matin, je peste contre les pannes de courant à répétition, dont celles de ce matin. « Les mauvais ouvriers ont de mauvais outils ». Les pannes, les machines non maintenues, cassés, nombreux sont les causes de pertes en heures travaillées et en pertes financières pour l’état béninois. La productivité, le PIB et l’économie nationale en prennent un coup.

Ce matin, je tiens compagnie à Maman Zanvo et Joséphine, qui vaquent à la préparation de la cuisine, comme chaque jour. Maman Zanvo me déclare que « les Béninois ne sont pas bons et ont un côté sombre »80. Elle me recommande de beaucoup prier.

Je les voie mélanger des cacahouètes fraiches à du sable et font chauffés le tout sur un foyer à charbon de bois, afin de faire griller les cacahouètes. Ensuite, elles séparent les cacahouètes du sable et mettent les graines dans de petits sachets pour les vendre dans le petit magasin de Maman Zanvo, donnant sur la rue.

Je remarque l’obésité de Maman Zanvo et Joséphine. Celle-ci est courante chez les femmes du Bénin, qui mangent souvent trop gras et une cuisine trop riche en énergie (comportant beaucoup de plats à base de pâtes de céréales avec de l’huile de palme …). Je me dis qu’il faudrait donner des cours de diététique à la télévision ou écrire et diffuser, à bas coût, des livres de diététique africaine ou tropicale, destinés à l’Afrique tropicale (pour protéger la santé des Africains, souvent sujet aux maladies parasitaires, mais aussi aux maladies cardiovasculaires, à cause d’une cuisine trop grasse).
J’essaye de les faire rire, en leur exposant des idées farfelues : faire des plats à base de criquets grillés, préparés en beignet (en effet, le nord du Bénin est régulièrement touché par les invasions de criquets pèlerins).

Ou encore de fabriquer de la poudre sèche d’igname, afin de pouvoir créer de la purée mousseline.

Ou encore de créer une forêt nourricière multi-strate, pleine d’arbres fruitiers, dans le quartier de Togoudo.

Ou comme le basilic (Oxymum) pousse facilement ici, fabriquer de l’huile essentielle de basilic.

Ou encore la culture et la vente de fleurs de strelitzias, orchidées, protéacées (Proteaceae).
Comme je n’ai rien à faire l’après-midi, je lis, dans la Bible prêté par Théophile, le livre de l’Ecclésiaste, un très beau texte. J’émets l’hypothèque que le Roi Salomon devait être en pleine dépression quand il l’a écrit. Théophile, quant à lui, est en train de lire un vieux dictionnaire Larousse en entier.

Le soir, juste avant la tombée de nuit, Daniel me fait visiter rapidement l’institut INRAB (Institut de recherche agronomique du Bénin), avec une de ses relations, un agronome de cet établissement. J’y observe de beaux locaux tous neufs, dont un bâtiment administratif et un laboratoire. Selon l’agronome, l’INRAB manque de moyens (alors pourquoi l’INRAB a-t-il construit ces bâtiments ?).

Cet institut de recherche fait des expérimentations en pisciculture, il teste de nouvelles variétés de tilapias (poissons), de lapins africains. Quand aux poules, il n’y en a plus. Il y a plusieurs implantations de l’INRAB au Bénin.

L’un teste diverses variétés de palmiers à huile, la culture des champignons.
Sur BB24, une diététicienne explique pourquoi les Africains [obèses] ont le gros ventre, à cause d’une mauvaise alimentation. Elle préconise les massages et un certain régime tenant compte du groupe sanguin de l’individu ( ?).

Dans un documentaire sur BB24, sur la culture du palmier (Elaeis guineensis), l’on montre un système de ciseau et de faucille, portés par un long manche télescopique, permettant de couper et détacher les régimes de palmiers à huile. Et aussi une variété de palmier à huile moins haute, permettant aux ouvriers agricoles d’atteindre plus facilement ces régimes, avec ce ciseau et cette faucille (le ciseau servant aussi pour l’élagage des branches).




Récole au ciseau des régimes de palmier à huile. Source : http://www.palmci.ci/conseils_de_pro_process.html?etape=7



Faucille utilisée pour la récolte des régimes et l'entretien des palmiers. Source : http://www.afd.be/~plant-ch/palmier/techniqu/RECpalm.htm


Un autre documentaire, sur BB24, montre un technique de culture commerciale de pleurotes africaines, cultivées sur un substrat composé de résidus agricoles, de tiges de maïs, de pailles de fonio, de balle de riz ou/et de raves de palmiers à huile (voir l’annexe de ce CR présentant cette technique de culture de champignons africains).
Selon Jean-Claude Codja, agronome, la culture des champignons a un grand avenir, car certains champignons permettent de lutter contre le HIV (comme le champignon asiatique shiitake), le cancer, le diabète, les maladies hémolytiques. Ils sont en plus diététiques. Selon lui, il faudrait faire beaucoup de communication sur cette filière.
Jeudi 13 mars 2014
Daniel me dit vouloir lancer une pétition pour le respect des zones agricoles. Parce qu’au Bénin, on construit partout, sans aucune mesure. Ce qui contribue à augmenter la famine. C’est la raison pour laquelle il veut lancer le projet de ferme école81.
Cours sur l’élevage des lapins :
Daniel continue à dispenser ses enseignements, à ses apprenants. Le cours est cette fois-ci sur l’élevage du lapin.

Il recommande comme fourrages : le moringa, les feuilles d’arachide, de maïs, de haricot, d’avocatier, de bananier, les branches de palmier à huile etc. Ou bien des drèches secs, des tourteaux d’arachides. Il faut que les feuilles soient non mouillées, non fermentées, sans insecte. Par exemple, elles seront séchées au soleil. Il ne faut pas qu’elles soient récoltées, au moment de la rosée du matin.

Les lapines peuvent être cannibales en cas de carences alimentaires. Le lapin peut manger ses déjections et donc il faut nettoyer sa cage, chaque matin.

Les lapins souffrent de beaucoup de maladies82. Par exemple, la gale, à traiter par des injections cutanées. La gale des oreilles est transmise par les araignées [en fait, un acarien], à traiter par l’huile de vidange ( !).

Pour renforcer sa santé, lui donner des mélanges vitaminiques (tels que "amin total"), du Bipatox ( ?).

Un lapin en bonne santé peut atteindre 2 à 2,5 kg, à 5 mois.

Les 10 règles de l’élevage du lapin :

  1. Adapter le nombre de lapins à votre disponibilité en temps et en argent.

  2. Prévoir un habitat confortable, bien isolé et tempéré, à l’abri de la pluie, de l’humidité excessive et des bruits violents.

  3. Donner un éclairement maximum pour les cages des mères lapines et une exposition plus réduite pour les jeunes à l’engraissement.

  4. Assurer une propriété parfaite et permanente du matériel utilisé et des clapiers, en les nettoyant et en les désinfectant, le plus régulièrement et le plus fréquemment possible.

  5. Distribuer une alimentation saine et équilibrée, bien rationnée et renouvelée quotidiennement et à des heures régulières.

  6. Donner aux lapins une eau propre, changée quotidiennement et toujours fournie en quantité suffisante.

  7. Penser constamment à protéger vos lapins contre les maladies et parasites nombreux, qui les menacent quotidiennement.

  8. Tenez un journal où vous notez, au jour le jour, toutes les opérations effectuées, les soins que vous apportez, les types d’alimentation que vous leur donnez et toutes les informations qui vous semblent essentielles.

  9. Pour chaque femelle et chaque mâle, établissez une fiche individuelle où vous consignez la race, la date de naissance, les origines, les dates de saillies (accouplements), les naissances avec le nombre de petits, à la naissance et au sevrage. Vous pouvez également faire une fiche par portée de lapereaux.

  10. Etablissez un planning sur lequel vous regrouperez toutes les opérations quotidiennes et les travaux occasionnels à effectuer.


Les lapins nécessitent beaucoup de surveillance.

Il faut s’annoncer à l’entrée du local aux clapiers, en sifflant, toussotant, frappant dans sa main.

Si les lapins tapent du pied, c’est qu’il y a quelque chose qui ne va pas.
Un élève lui demande si l’on peut élever les pigeons. Daniel le confirme et indique que les couples de pigeons sont très fidèles et donnent toujours, à chaque fois, deux œufs.
Cours sur le maraichage et l’horticulture :
Les buts de ce cours sont :


  1. La culture des légumes, des fines herbes et des fleurs à usages alimentaires, de manière intensive ou extensive et professionnelle, c'est-à-dire d’en faire un profit ou d’en vivre.

  2. La consommation familiale, afin de manger, dans la qualité, et d’économiser. On fait le jardinage pour pouvoir vendre les produits et se procurer de l’argent pour gérer les besoins de la famille.

  3. La quête d’un bout d’espace, pour y trouver un terrain, trouver quelqu’un (voisin, quelqu’un de la famille, connaissance) qui a du terrain, mais qui ne le cultive pas.


Je lui propose de cultiver sa terre, en échange de légumes (introduire le sujet avec politesse). Je demande à la mairie si elle a de l’espace disponible. Sinon, je vous avec les ONG si elles ont de l’espace disponible.

Quelle est la qualité du terrain à cultiver ? Il doit être à côté de chez soi (pour y aller vite et pouvoir surveiller son jardin).

Le terrain doit être exposé le plus longtemps possible au soleil, dans la journée.

Il doit avoir accès à l’eau (robinet, puits, récupération de l’eau de pluie, rivière …).

Avoir de la terre, c’est bien, c’est encore mieux si elle est bonne.
Quatre éléments essentiels pour produire les légumes : soleil, eau, sol, éléments nutritifs.

Je peux récupérer tout ce qui peut faire de l’ombre (arbres, murs, haies).
Décider de l’emplacement du potager :

Eau : les plantes ont besoin d’eau.

Terre : La terre doit être continuellement humide au pied des racines, mais sans qu’elles tombent dans l’eau.

Le marc de café peut être utilisé pour éloigner les parasites des semis.
Plusieurs fois dans ses cours, j’ai entendu Daniel déclarer « [seule] la terre ne ment pas ».
Un sac d’engrais chimique de 50 kg coûterait 19.500 F CFA (~29,64 €).

Il est contre les engrais chimiques, à cause de leur coût et de leurs effets sur l’environnement.
Après le cours, il me demande que je lui trouve une étude de la décomposition du nitrate d’ammonium dans le sol.
Le soir, je revois de nouveau la famille Zanvo. Julien nous tient compagnie.

Jocelyn me dit qu’il déteste lire. Lire un livre le fait dormir. Au contraire, sa femme, Joséphine, adore lire (je me dis qu’il lui faudrait une liseuse électronique, dans laquelle on peut stocker plus de 1000 e-books (livres électroniques)).

Elle avait obtenu un master en « business et gestion d’entreprise », à l’université. Mais elle n’a pas trouvé de travail. Je trouve triste que cette femme intelligente, passe son temps à préparer la « popote » et à s’occuper de ses enfants toute la journée. Une mauvaise une utilisation de ses facultés et compétences, selon moi.

Jocelyn est lui-même intelligent. Et je trouve triste qu’il n’aime pas lire.

Monsieur Zanvo (mari de « Maman Zanvo ») rentre, chaque soir, tard, avec sa moto. Il tient justement un atelier de réparation de motos.
Sur BB24, je regarde un documentaire sur la production de jus de fruits de qualité de la marque IRA, de la société Promo-Fruits. Cette dernière demande à l’état le soutien de la filière béninoise de transformation des fruits83.

Toujours la même chaîne, l’intervention d’une diététicienne béninoise, recommandant aux téléspectateurs : ananas, papaye, les poissons grillés. Pas d’alcool, pas de tabac. Sauna, hammam, sudation, drainage lymphatique.

Les feuilles de patates douces sont comestibles.
Une émission présente Roger Boni, un illustrateur de livres pour enfant et son dernier livre « De Théo à Fatou »84.
Ce soir, comme chaque soir, Christiane, une jeune femme très timide, vendeuse ambulante, vient nous ravitailler en nourriture (le plus souvent du riz, du couscous de maïs, du gari etc.).
Daniel me propose de créer l’antenne ABJED France.

Daniel me dit que les Béninois ne sont pas du tout écologistes. Par exemple, dès qu’ils voient un serpent, il le tue.
Vendredi 14 mars 2014
Selon la télévision béninoise, 1% du PNB du pays est perdu chaque année, à cause des accidents automobiles (surtout dans ce pays aux faibles revenus).
Une émission culinaire, sur BB24, présente la sauce légume85, préparée par le restaurant le Vanel (voir en annexe la recette de cette sauce). Tout ce que présentent ces émissions culinaires de BB24 semble appétissant.

Je me promets que j’essayerai de découvrir, à mon retour, s’il existe un restaurant africain vraiment gastronomique à Paris86.

Sur Canal 3, les journalistes parlent des difficultés de la SBEE (l’EDF local) à approvisionner en électricité le Bénin.

L’ORTB annonce l’arrivée du porte-conteneurs WARF MAX, de la société Mærsk Line, de 245 m de long, qui fait la navette entre Cardiff, Cotonou et Singapour et qui accoste désormais au port de Cotonou, depuis l’agrandissement du wharf du port de Cotonou.

Durant plusieurs jours, l’ORTB commémorera le décès, le 13 mars 1999, de Monseigneur Isidore de Souza, archevêque de Cotonou, Bénin, connu pour son intégrité, son dynamisme, ses réalisations humanitaires, son franc parler et pour avoir accepté de présider l'Assemblée Nationale, puis, du 19 au 28 février 1990, puis la Conférence nationale des forces vives de la nation, enfin d'être président temporaire du Haut Conseil de la République du Bénin. Cet ecclésiastique a joué un rôle majeur dans le processus de démocratisation du Bénin, lors de la transition du marxisme autoritaire à la démocratie multi-partie87.
Daniel continue ses cours, maintenant sur la pisciculture. Selon lui, les algues vertes, teintant en vert l’eau des bassins piscicoles, est source d’oxygène pour les poissons et donc utiles.

Les goulots d’étranglement freinant la réussite d’un projet piscicole sont :


  1. Des investissements élevés.

  2. Une grande technicité.

  3. Voire les tabous.


Les espèces les plus employées sont :


  • Le clarias (poisson chat), autorisant une densité élevée en élevage. On peut les élever avec de simples bacs hors sol.

  • Les tilapias (appréciés dans les hôtels, « maquis » …), plus fragile, n’autorisant pas une densité élevée en élevage et plus exigeants. Ils ont une bonne qualité organoleptique88.


Les poissons se vendent souvent 1.500 F CFA/kg (2,28 €/kg).
Selon une émission télévisée sur la filière, 10.000 tonnes de poissons seraient importées au Bénin, chaque année (!).

70% de la charge d’exploitation serait constitué par le coût de l’alimentation, à base de granulés extrudés. Or ces granulés sont souvent importés (!). Ils pourraient être fabriqués à base de sous produits agricoles (maïs …)89.
Sur BB24, un documentaire présente le foyer "Atingan do Zosi" (l’arbre sauvé du feu, en langue locale fon), conçu à l'origine, Franck et Francis Zanhoundaho, deux frères jumeaux âgés de 24 ans, pour pallier à la pénurie de gaz domestique au Bénin, contribuer à la sauvegarde de l'environnement et lutter contre la déforestation90.

"Face à la poussée démographique de ces dernières décennies, les besoins en bois de chauffe de nos populations entrainent la surexploitation de nos ressources forestières déjà trop maigres", ont expliqué les concepteurs, "Dans ce pays où l'utilisation du bois de chauffe est une pratique répandue, avec des conséquences évidentes pour l'environnement, notre appareil a pour vocation de protéger l'écosystème, en recourant à un combustible éco-compatible." Les jumeaux ont gagné le prix « Or bleu », pour leur innovation. Ils auraient fondés le groupe Zacoza91.

Les concepteurs utilisent une source d’énergie renouvelable, constituée par le charbon de coque de noix de palme, obtenu par carbonisation. D’autant, qu’actuellement, 15.000 tonnes de coques de noix, produites chaque année, sont perdues (selon le centre de recherche DGA _ Direction Générale de l’Agriculture _ du Bénin).
Le foyer "Atingan", facilement déplaçable92, est composé d’un dispositif en fer (fait avec du fer 24,3), sur lequel repose la marmite et qui contient tous les autres composants :


  1. un tube en forme de T qui conduit l’oxygène jusque dans la chambre de combustion.

  2. une chambre de combustion, tapissée de céramique (réalisé en argile moulée et cuite) contenant le charbon des coques de noix de palme.

  3. un dispositif électrique fait d'un panneau solaire, de fils électriques, de lampes et d'un souffleur (ventilateur).

  4. une batterie rechargeable (accumulateur) lui permettant d’avoir une autonomie de fonctionnement d’au moins 48 heures en utilisation continue.


Breveté en 2012, il a déjà été vendu à plus de cinq cents exemplaires, tous formats confondus. Les acquéreurs peuvent se l’offrir à 55.000 Francs CFA (83,60 €), sur commande. Ce dispositif reste cher, pour le Bénin93.

Un sac de charbon de coques de 50 kg fait 3 mois. Selon les inventeurs, leur foyer consommerait 5 fois moins de charbon qu’un foyer traditionnel.



Foyer Atingan. Source : http://benin360.net/cinc1.html
Selon Joséphine, un sac de charbon de bois de 50 kg lui coûte 8000 F CFA et lui fait un mois (mais il vrai que sa famille est composé de 4 personnes adultes et un jeune enfant).
Selon le documentaire, le groupe ZACOZA disposerait quasiment gratuitement d’un terrain de 5 ha, utilisé pour des cultures maraichères, disposant d’une motopompe d’un débit de 300 m3/h équipé de 5 tuyaux d’arrosage, en échange de l’entretien gracieux d’une palmeraie à huile de 20 ha (appartenant à un propriétaire privé).
Samedi 15 mars 2014
Pour m’occuper, Daniel me prête une plaquette sur des recettes de médecine traditionnelle « Pharma-nature, près de 150 maladies pour plus de 450 traitements qui marchent », de Madame Sylviane AKANHOM. Selon cette jeune femme, sa médecine se base sur les plantes et la prière chrétienne.
Un documentaire présente l'Église du Christianisme Céleste (ECC), un mouvement religieux chrétien, fondé par le « prophète » béninois Samuel Biléou Joseph Oshoffa _ un ancien charpentier _, le29 septembre 1947, à Porto-Novo (Bénin). Leurs offices sont spectaculaires, car tous les officiants sont de blancs vêtus94.
Un autre documentaire présente le singe à ventre rouge (cercopithecus erythrogaster erythrogaster), une sous-espèce de primate endémique du Bénin, habitant la forêt classée de la Lama (vallée du fleuve Ouémé)95.
Vers midi, Daniel décide de m’emmener visiter la ville côtière et historique d’Ouidah.

Comme la route à quatre voies qui conduit à Ouidah est en pleine réfection et poussiéreuse, Daniel décide ne pas prendre sa moto, et d’emprunter un taxi. Nous sommes sept clients, dans la 504 Break.

A Cotonou, nous voyons beaucoup de mototaxis, appelé au Bénin « Zemidjan-man », leur conducteur portant tous un tee-shirt jaune numéroté. C’est un des métiers les plus dangereux du Bénin, leur moto étant souvent surchargée.
La route est effectivement très poussiéreuse, nous obligeant à porter un masque (acheté à la gare routière).

Sur « l’autoroute », nous franchissons le portique d’un péage. La modernité (les péages) est aussi arrivée au Bénin.
Le long de la route, je vois beaucoup d’arbres, tels des badamiers (que Daniel prend pour des colatiers) et des mantalys (Terminalia mantaly). Je vois aussi quelques tecks, reconnaissables par leurs grandes feuilles.
Nous arrivons enfin à la ville historique d’Ouidah, où nous devons visiter le Musée Historique, le temple des Pythons, la Fondation Zinsou et la Porte du Non Retour. Je ne sais pourquoi, Daniel nous fait descendre à 1 km de l’entrée de la ville, ce qui nous fait marcher le long d’une route fréquentée.
A l’entrée de la ville, une petite échoppe : « Cabinet spirituel les 7 pouvoir, Rabbi Avocan Caël Adaq Aca ».

Puis « Tron Kpeto Deka, Alifia Goka Awudja, esprit protecteur et combattant. Lutte contre la sorcellerie. De tous mauvais esprits. Divinité : Bonheur consultation. Protection, Réussite, Longévité, Succès, Paix ».

Et dans la ville « Cabinet de l’ONG St-Salomon, chercheur en spiritualité, Astrologue, numérologue, cartomancien ».
Nous visitons d’abord le Musée Historique, un ancien fort portugais, restauré.

Durant la visite, nous accompagnons un groupe d’humanitaires de la Fondation Raoul Follereau. Ceux-ci m’expliquent que celle-ci soignent des pathologies aussi variées que la lèpre, le noma (stomatite gangrèneuse foudroyante), l’ulcère de Buruli (une infection nécrosante de la peau, dont le vecteur est une punaise aquatique).

Au rez-de-chaussée, une exposition de photos photographe et ethnologue français Pierre Verger, auteur du livre Dieux de l’Afrique, paru chez l’Editeur Revue Noire, en 2002 (d’où sont tiré les photos pour cette exposition).

Au premier étage, une exposition sur les anciens forts coloniaux (dont ne reste que le fort portugais) et sur la traite (l’esclavage). Pas le droit de photographier à l’intérieur aussi. Dommage.

J’apprends du guide, que le roi du Dahomey avait le droit de vie et de mort sur ses sujets. Il coupait un peu trop souvent les têtes. Il ne fallait pas annoncer la mort du roi, au risque de se faire couper la tête.

Que la mort [ou l’anniversaire ?] de Mahomet a sauvé l’ethnie Batombou (ou Baatombu, peuple Bariba) d’une guerre, grâce à l’instauration d’une trêve. Ce peuple a sa fête traditionnelle, la fête de la Gaani96, commémorant cette trêve.

Je m’interroge sur « le devoir d’islamiser à n’importe quel prix, y compris par la guerre « sainte » ». Me reviennent alors les mots de Clémenceau sur la colonisation « Regardez l’histoire de la conquête de ces peuples que vous dites barbares et vous verrez la violence, tous les crimes déchaînés, l’oppression, le sang coulant à flots, le faible opprimé, tyrannisé par le vainqueur ! Voilà l’histoire de votre civilisation ! [...] Et c’est un pareil système que vous essayez de justifier en France, dans la patrie des droits de l’homme ! [...] Non, il n’y a pas de droit des nations dites supérieures contre les nations inférieures. [...] N’essayons pas de revêtir la violence du nom hypocrite de civilisation. Ne parlons pas de droit, de devoir. La conquête que vous préconisez, c’est l’abus pur et simple de la force que donne la civilisation scientifique sur les civilisations rudimentaires, pour s’approprier l’homme, le torturer, en extraire toute la force qui est en lui au profit du prétendu civilisateur. Ce n’est pas le droit, c’en est la négation. Parler à ce propos de civilisation, c’est joindre à la violence, l’hypocrisie »97.
Puis, nous visitons la Fondation Zinsou d’art contemporain africain, dont le lieu d’exposition a été ouvert en 200598.

L’exposition actuelle comprend des œuvres d'artistes tant locaux qu'internationaux : Romuald Hazoumé, Cyprien Tokoudagba, Frédéric Bruly-Bouabré, George Lilanga _ un peintre et sculpteur tanzanien, au style proche de Keith Haring (selon moi) _, Samuel Fosso, Seni Awa Camara, Jean-Dominique Burton, Bruce Clarke _ un artiste sud-Aficain blanc qui a lutté contre l’apartheid _, Chéri Samba, Mickäel Béthé Sélassié, Aston, Kifouli Dossou et Solly Cissé.

Là encore, nous n’avons pas le droit de photographier. Le Fondation ne propose aucun catalogue pour présenter les artistes exposés. Doublement dommage. Mais par contre, nous sommes accompagnées d’une guide, en uniforme, motivée et la visite est totalement gratuite.
Y sont présentés des expositions remarquables comme : a) « Le Roi s’en va t-en guerre » présentant 20 œuvres de l’artiste Cyprien Tokoudagba 99, s’inspirant des œuvres du passé liées aux palais et roi d’Abomey, b) celles de Bruce Clarke, c) de George Lilanga, de Kifouli Dossou (et ses masques) … qui m’ont profondément impressionnées.



Exemples d’œuvres de Cyprien Tokoudagba




Œuvre de George Lilanga



Bruce Clarke


Dans une autre salle, sont présentés 35 magnifiques portraits de chefs chasseurs Nagô du Royaume de Bantè, et 22 photographies de plantes, immortalisés par le photographe belge Jean-Dominique Burton.




Les masques de Kifouli Dossou



Chasseur Nagô. Photographe de Jean-Dominique Burton.



George Lilanga.







Certaines photos de plantes sont accompagnés de leurs noms vernaculaires et d’un commentaire : le Agbele-Konpranron ou Jisè (?), qui soignerait les retards de croissance (Ceiba pentandra ?), le tchao ou tchan madiwé ou tchama dido (Fon, Goun) (Ocimum urticifolium Roth), qui soignerait les maux de ventre et les courbature. Les fruits du néré (Parkia biglobosa) sont ou seraient utilisés, par les tradipraticiens, contre les morsures de serpent et pour soigner les abcès etc. Et ainsi de suite.
← Ce qui m’a le plus impressionné c’est le « masque de la mort », une sculpture de plus de 2 m de haut, constellée d’une myriade de personnages, taillée dans un tronc d’arbre unique (elle a dû demander plus de 1 an de travail) et placée dans une alcôve noire.
Le café de la Fondation, pouvant servir un lieu de rendez-vous, est un lieu agréable. Je laisse une dédicace sur le livre d’or de la Fondation.

Cette visite ne l’intéresse absolument pas. Daniel semble totalement insensible et imperméable à l’art, probablement une lubie d’occidental pour lui.
Dans la rue, je découvre un mantaly d’une très grande taille, de plus de 10 m de haut.



Avec mon python.


Puis nous visitons le temple vaudou des pythons, un temple rond où sont nourris de nombreux pythons. Pour la photo, nous avons le droit à la pose d’un jeune python posé de notre cou, un « cache-col » un peu lourd et heureusement assez amorphe (il semblerait que la religion vaudou soit originaire du Bénin).

La logique vaudou est de « manger la vie » et de maintenir l’harmonie du monde (en évitant les forces magiques).
Puis deux mototaxis nous transportent sur cinq km jusqu’au bord de la mer et la « Porte du Non Retour », une œuvre moderne, commémorant l’embarquement des esclaves, pour un voyage sans retour. Ce lieu est le point d'ancrage des bateaux négriers, à destination des colonies des Caraïbes. Plus de la moitié de ces esclaves mourraient pendant le transport qui durait entre 12 et 15 mois100.


Une plaque commémorative, au bas de monument en forme « d’arc de triomphe » indique :

« OUJIDAH 92

LA PORTE DU NON RETOUR

ELLE SYMBOLISE L'ÉTAPE ULTIME DE LA PLUS GRANDE DEPORTATION OU'AIT JAMAIS CONNUE L'HUMANITE

LA TRAITE NEGRIERE

LES ESCLAVES EN ARRIVANT SUR CETTE PLACE

DE DJEGBADJI FOULAIENT POUR LA DERNIERE FOIS

LE SOL DE L'AFRIQUE ET S'EN ALLAIENT SANS ESPOIR DE RETOUR

VERS UN DESTIN HORRIBLE ET FUNESTE

C'EST CE QUE SYMBOLISE LA PARTIE

DU MONUMENT TOURNEE VERS LA VILLE DE OUIDAH

PAR CONTRE, COTE MER, LA PORTE SYMBOLISE,

MALGRE LES SOUFFRANCES ET LES DOULEURS SUBIES

LE RETOUR DU SOUFFLE DES ANCETRES REVENUS

DE l'AU-DELA DES MERS AINSI QUE LES LIENS

INDISSOLUBLES QUI RATTACHENT

LA DIASPORA NEGRE A LA TERRE AFRICAINE

LE BOURREAU AVAIT TUE UNE FOIS

EN INSTITUANT L'HOLOCAUSTE DES ESCLAVES NOIRS.

EN CONSTRUISANT, AU NOM DE LA TOLERANCE,

DE L'ECOUTE MUTUELLE ET DE LA COEXISTENCE PACIFIOUE DES PEUPLES

CE MONUMENT

LA REPUBLIOUE DU BENIN ET LUNESCO

ONT VOULU INSTITUER LA MEMOIRE.

AFIN D'EMPECHER L'AMNESIE HISTORIQUE

DE S'INSTALLER ET LE SILENCE DE TUER UNE SECONDE FOIS

LES DIZAINES DE MILLIONS D'ESCLAVES

QUI PAR LEUR SANG ET LEUR SUEUR ONT ENRICHI

LES INITIATEURS ET LES DESTINATAIRES

DU COMMERCE TRIANGULAIRE DU "BOIS D'EBENE" ».

Et sur une plaque, est indiqué :

« LA PORTE DU NON-RETOUR

A ETE INAUGUREE LE 30-11-95

PAR LE PRESIDENT DE LA REPUBUQUE

SON EXCELLENCE

MONSIEUR NICEPHORE DEIUDONNE SOGLO

MONSIEUR FEDERICO MAYOR

DIRECTEUR GENERAL DE L'UNESCO

MONSIEUR BOUTROS BOUTROS GHALI

SECRETAIRE GENERAL DE l'O.N.U.

A L'OCCASION DE LA CELEBRATION DE L'ANNEE 1995

COMME L'ANNEE INTERNATIONALE DE LA TOLERANCE »


Mais nulle part, ne sont indiqués les auteurs de ce monument (je ne les trouverais nulle part sur Internet).
Devant la Porte de Non-Retour, nous rencontrons 3 jeunes femmes belges qui font du soutien scolaire, avec du matériel pédagogique, livres, cahiers, stylos … Je me demande ce qui est préférable pour l’Afrique, les livres seuls ou les nouvelles technologies de l’information (TIC) ( ?). Pendant qu’elles se photographient, Daniel cherche à être photographié et inclus dans leur photos ( !).
Plus loin, un autre grand monument, en forme aussi de porte, commémore l’arrivé des premiers missionnaires catholiques au Bénin, et sur lequel est inscrit "Ici débarquèrent le 18 avril 1861, les pères Borghero & Fernandez, messagers de la bonne nouvelle. Les trois premières sœurs au DAHOMEY en août : - sœur Monique, sœur Cyprien, sœur Dominique". Une belle publicité pour l’église catholique.

Sur un petit kiosque proche est peint "Le bruit de la mer n'empêche pas les poissons de dormir".
Depuis mon arrivée au Bénin, Daniel cherche à être, systématiquement, sur toutes les photos (de lieux, de personnes) que je prends (photos que je lui remets systématiquement le soir, à sa demande). Dans chaque photo, il se met en scène et prend une pose étudiée. A la longue, cela devient un peu agaçant. Ce que j’ai pris, au départ, comme un jeu de Daniel, ne serait-il, en fait, pas le reflet d’un narcissisme gigantesque chez Daniel ?

Daniel veut que je le prenne en photo devant l’océan. Mais chaque fois, qu’une vague meure à ses pieds, il s’enfuit effrayé. Je comprends alors qu’il ne sait pas nager. Mais comment une personne qui la l’air si sûre d’elle peut-elle avoir si peur de l’eau ?

La route, appelée route des esclaves, qui conduit de Ouidah à la Porte de Non-Retour, est bordée de statues symboliques, dans le style des œuvres du royaume du Dahomey, rappelant l’esclavage.
La visite express de la cité historique d’Ouidah a été vite « expédiée », déjà terminée à 16h, un peu trop vite à mon goût101. J’ai l’impression qu’il a participé à cette visite, juste pour me faire plaisir, mais que celle-ci ne le passionnait pas (il m’a expliqué avoir peur des embouteillages de Cotonou auxquels nous n’échapperont pas et dans nous serons d’ailleurs bloqués, durant plus d’une demi-heure, en particulier le long d’une usine chinoise de BTP, où toutes les enseignes sont en chinois. Tous les essais du chauffeur de taxi pour s’en dégager ne serviront à rien).

Sur la route, avant Cotonou, je repère un grand magasin « Bénin semences102 ». Je demande à m’y rendre. Mais finalement, Daniel ne m’y emmènera jamais, considérant que les semences qui y sont vendues ne sont pas certifiées.
Après le taxi collectif du retour, nous prenons 2 mototaxis de la gare routière de Cotonou pour nous rendre au domicile de Daniel. Il les fait arrêter plus loin que son domicile. Il m’explique qu’il leur a fait croire que sa maison était ailleurs, car il a peur qu’ils viennent le voler la nuit103.
A la télévision, présentation d’une initiative intéressante, « 
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