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12ème UNIVERSITE Hommes-Entreprises


L’ ECONOMIE EST-ELLE ASOCIALE ?

Développement durable ou responsable ?
31 août & 1er septembre 2006 - Bordeaux - Cité mondiale

Compte-rendu assuré par les étudiants de Bordeaux Ecole de Management



La 12ème université Hommes-Entreprises du CECA s’est déroulée à la Cité mondiale de Bordeaux le 31 août et le 1er septembre 2006.


Ouverture de la conférence


Christophe de la Chaise, directeur du CECA a ouvert cette conférence et en a assuré le fil rouge.

Il remercie en introduction ses nombreux partenaires :
Alice Mégastore, la Caisse d’Epargne, EDF, Orange & France Telecom, la CUB, Gaz de Bordeaux, le Conseil Régional d’ Aquitaine, le syndicat des vins de Pessac-Leognan, la Lyonnaise des Eaux, le Conseil Général de Gironde et le CEA.
Cette université a également été réalisée avec le concours de
l’ANDCP, l’APACOM, APS, Bordeaux Ecole de Management, le CPA, France Bleu Gironde, l’Hôtel Mercure, Objectif Aquitaine et la SNCF.
La problématique principale de cette université est : l’économie est-elle asociale ?

Quelles attitudes devons-nous avoir devant nos clients, nos salariés, nos actionnaires ?

Des personnalités économiques, politiques, des écrivains aventuriers, des DRH, des spécialistes des jeunes, des chefs d’entreprises, des écoles de commerce sont venus pour tenter de répondre à ces questions.


Introduction générale



François Buttet, Président du CECA

C’est au tour de François Buttet, Président du CECA, de prendre la parole. Tout d’abord, il présente ce qu’est le CECA, le Centre Entreprise et Communication Avancée.

C’est une jeune association aquitaine qui a été crée en 1987 par une dizaine de grands groupes. Aujourd’hui, elle en compte une quarantaine et regroupe 60 000 salariés. Cette association poursuit plusieurs objectifs. En premier lieu, elle vise à former des cadres et des dirigeants à la communication et au management ; d’autre part, elle produit des bases de données, des films, des outils de communication et les met à disposition pour des entreprises de la région. Depuis 1993, il faut ajouter à son actif la réalisation d’une université estivale qui remporte chaque année un succès plus important.

Aujourd’hui, le thème majeur de cette conférence est le développement durable élargi à l’économie, à la société. L’économie est-elle asociale ? Le débat ne se réduit pas à une vision binaire. On répondra par l’affirmative, si l’on se réfère à des pratiques économiques destructrices. Et par la négative, si l’on se réfère à l’idée que la croissance économique est vecteur de richesses économiques. Il faut en plus ajouter à ce débat les dimensions sociale et financière.
Alain Rousset, Président du Conseil Régional d’Aquitaine, Président de l’Association des Présidents de Région

La parole est maintenant donnée à Alain Rousset, Président du Conseil Régional d’Aquitaine. Selon lui, la politique doit avoir un sens avant-gardiste et réformiste afin de redonner sens et confiance au progrès. Il donne par la suite son opinion sur la question phare de cette université, l’économie est-elle asociale ? Le débat n’est pas binaire pour lui non plus. L’économie paraît asociale si l’on écoute les médias qui parlent de délocalisation, de batailles sur les prix, les salaires…

Cependant, l’économie est en permanence en mouvement et donc par définition en déséquilibre. Il existe ainsi des facteurs d’équilibre, de morale (il n’y a pas de loi de la jungle dans l’économie) pour que la société fonctionne.

Nous traversons une phase d’érosion de la société. L’Etat providence est remis en cause, le rapport de force capital/travail a changé (ce n’est plus le même que pendant les 30 glorieuses), la sensation d’une progression dans l’échelle sociale est moins forte, une montée de la pauvreté massive se ressent. Peut-on alors parler de divorce complet, d’une opposition entre l’économie et le social ?

Au niveau de l’Aquitaine, il y a un espoir en quelque sorte. De nombreuses recherches ont été entreprises dans le domaine de la santé, de l’économie d’énergie. En 10 ans, 120 entreprises ont été créées directement par les universités.

La France est-elle suffisamment dynamique ? D’après lui, la France est trop centralisée, le réseau de PME n’est pas assez important. L’économie française possède 3 grands atouts qu’il faut préserver :

  • le système de santé

  • les transports

  • le système éducatif

Il faut arrêter de critiquer le système social français et bien distinguer ce qui est bon et mauvais, ce qui fonctionne et ce qui a besoin de réformes (retraites, éducation).

Enfin, il faut insister sur le problème du système centralisé français. « Je prône la décentralisation tellement notre système est grotesque. »

En conclusion, il faut mettre un peu de morale dans la politique, décentraliser l’économie afin de rapprocher les décisions du citoyen et enfin, augmenter la puissance syndicale et associative.

Présentation du programme mondial de responsabilité globale, initié par l'ONU
Laurence Harribey, Directrice de la pédagogie à Bordeaux Ecole de Management et Jean-Louis Duqueroix, Directeur de la Communication, Caisse d'Epargne Aquitaine-Nord
Ce programme est une initiative pour un management globalement responsable.

Jean-Louis Duqueroix présente le Global Compact, qui est un pacte mondial conclu par 2000 entreprises, mobilisées par Kofi Anan pour envisager une autre façon de voir l’Economie à l’échelle de la planète. Et pour diffuser plus largement un autre système de valeurs chez les dirigeants, il convient de leur inculquer une autre façon d’appréhender l’entreprise pendant leurs études. C’est ainsi que l’ONU a eu l’idée de créer des tandems entre une entreprise pionnière et une école de commerce visionnaire dans plusieurs pays, et de les amener à travailler ensemble et à partager leurs meilleures pratiques. Ces tandems, issus de 20 pays travaillent ensemble aujourd’hui sur l'impact des décisions des entreprises sur leur environnement. Il est en effet important de tenir compte des différentes visions du monde selon les cultures. C'est ce que l'on appelle la responsabilité globale.

L'objectif final des entreprises est de créer de la richesse. Le problème qui se pose est comment on la crée et surtout comment on la répartit.

Laurence Harribey a organisé sa réflexion autour de trois axes majeurs.

  • De quelle responsabilité parlons-nous?

Il est nécessaire de former des managers globalement responsables. En effet, aujourd'hui, il y a beaucoup de richesse mais aussi beaucoup de pauvreté, que ce soit dans les pays du Sud ou bien dans nos pays. Les entreprises ont la responsabilité de créer de la valeur et les Etats, celle de créer de la cohésion; mais la mondialisation change la donne. Désormais, il n'y a plus de répartition simple de la responsabilité.

La responsabilité est devenue intemporelle. Elle suppose des droits et des devoirs : nous avons des devoirs envers les générations futures: c'est un droit pour elles. Ainsi, devons nous avoir une vision sur le long terme. Le problème est qu'en termes économique et politique, nous avons une vision exclusivement concentrée sur le court terme.

  • Comment cette responsabilité s'exerce-t-elle ?

"Global Business means global responsability". L'entreprise doit créer de la valeur, mais celle-ci ne doit pas être limitée à la valeur financière. De plus, l'entreprise a besoin d'une cohésion économique, politique et sociale pour durer. L'entreprise est devenue un acteur, parmi d'autres, du bien commun, exerçant sa responsabilité de façon illimitée.

Dans ce contexte, être un manager responsable suppose des compétences et des vertus : il faut savoir appréhender l'entreprise dans son sens global car une décision est avant tout contextuelle et culturelle. Il faut aussi savoir assumer les risques qu'une décision suppose.

On parle de management des risques pour les entreprises; le management des risques responsables concerne l'environnement, c'est-à-dire que l’on s'intéresse à l'impact des actions de l'entreprise sur le pays d'accueil mais aussi sur le pays d'origine, par exemple dans le cas des délocalisations. L'entreprise doit alors être un acteur pluriel.

Les vertus du manager responsable sont la capacité à développer un esprit critique, une connaissance de soi et une capacité d'engagement comme de renoncement.

  • Comment agir concrètement?

Différentes idées sont proposées:

-élargir la plateforme de l'initiative de créer un grand nombre de binômes Ecole/Entreprise dans un plus grand nombre de pays

-accréditer les écoles de management, à l’échelle internationale, selon des critères de management responsable

-passer d'une notation financière de l'entreprise à une notation globale, c'est-à-dire une notation sociale et environnementale, extra financière. Il s'agit ici d'une notion plus qualitative, qui devra être démontrée par tous les dirigeants souhaitant lever des fonds « propres » pour le développement de leur entreprise.

-construire un programme de formation pilote des dirigeants au management responsable.


Présentation d’une initiative de sensibilisation à la communication responsable :
Jean-Marc Gancille, Responsable des relations extérieures de France Telecom, administrateur de l’APACOM

Par une note d'humour, Jean-Marc Gancille soulève la sensation schizophrénique de la plupart des communicants, souvent en pôle position du développement durable, en tant que porte paroles de leur organisation sur cette question très prégnante dans les discours d’entreprises. Ceux-ci se trouvent dans le même temps complices, par leurs décisions quotidiennes, de dégâts et gabegies dans l’exercice même de leur profession : édition de documents, organisation de séminaires dispendieux, frais de réception…etc.

Il est temps de mettre en place une communication qui soit elle aussi responsable, et de mettre en cohérence les actes avec le discours.

Le programme de sensibilisation à la communication responsable de l’APACOM, Association des Professionnels Aquitaines de la Communication (qui regroupe 500 communicants) a été lancé il y a trois ans. Il a pour but de former les communicants aux pratiques responsables liées à leur fonction. Ainsi à titre d’ exemple, lorsqu'un événement est organisé, l'utilisation des transports en commun pour se rendre sur place doit être mise en avant, tout comme par exemple la prescription d’ hôtels labellisés pour leur respect de l'environnement… Un programme complet et concret d’actions auquel sont formées aujourd’hui les agences de publicité de la région, afin de sensibiliser leurs annonceurs.

Conférence d’Hubert Reeves, Astrophysicien

« Vraies peurs et fausses idées sur l’avenir de la planète »
Hubert Reeves est un astrophysicien de renom, défenseur inconditionnel de la planète. Il est Docteur en astrophysique nucléaire de l’Université de Cornell, Directeur de recherche au CNRS depuis 1965 et Président de la Ligue ROC pour la préservation de la Faune Sauvage.

Il est également auteur de nombreux ouvrages d’astrophysique dont Mal de Terre ou Chroniques du ciel et de la vie, dans lesquels il dresse un bilan des menaces qui mettent en péril la vie sur terre.

Sur ce sujet, il s’est lié avec Nicolas Hulot qui partage son combat sur l’urgence de préserver la planète.

Hubert Reeves commence son intervention en posant la question suivante :

Comment se fait-il que ce soit maintenant que nous sommes confrontés à ce problème de préservation de la planète ?

Et son corollaire : Pourquoi nos parents ou nos grands parents ne se sont-ils pas occupés de ce grave problème ?

Hubert Reeves a commencé à s’intéresser à ce problème depuis 2001 ; il s’est renseigné sur ce sujet et a découvert les menaces qui pèsent sur la planète. D’après lui, le problème vient de la confrontation de trois facteurs importants :

  • l’augmentation très importante et très rapide de population mondiale (ce n’est cependant pas le facteur le plus grave car on peut déjà observer un ralentissement de l’accroissement du taux de natalité dans le monde)

  • l’augmentation de la puissance des technologies utilisées par les hommes et la capacité de ces technologies d’affecter la planète

  • la Terre n’est pas infinie ; c’est le facteur le plus important

Les hommes savent depuis bien longtemps que les ressources, l’espace vital ne sont pas infinis.

Il y a un retour des déchets (la pollution) car il n’y a pas de stockage infini.
Hubert Reeves poursuit son intervention en citant le livre de J.Diamond, intitulé Effondrement. Cet ouvrage explique comment certaines sociétés s’effondrent alors que d’autres arrivent à survivre. Il cite en exemple l’île de Pâques pour montrer que les guerres internes sont des menaces pour l’avenir de la planète. Ce livre raconte l’histoire de plusieurs civilisations comme les Mayas, les Inuits du Groenland qui se sont effondrées et celle du Japon qui leur a survécu.

Ainsi, à l’échelle de la planète, connaissons nous aujourd’hui une situation que d’anciennes civilisations ont déjà vécue. Il faut prendre conscience que, comme ces civilisations disparues, nous pouvons être en danger.


La Terre est un ensemble fini


Par la suite, Hubert Reeves s’appuie sur une photo satellite de la Terre. Il veut dénoncer des problèmes inquiétants : « la Terre est pleine de gens ». La Terre est inondée d’éclairages urbains, d’autoroutes, de puits de pétrole, elle est malmenée par des feux de forêts, la pêche intensive.

Le constat est inquiétant « nous avons brûlé la moitié du pétrole qu’il y a sur la Terre. »

La Terre a mis 100 millions d’années pour fabriquer du pétrole, du gaz et nous avons mis seulement un siècle pour le brûler. Cela montre bien l’impact de la vie humaine sur la planète.

D’autre part, le fait de brûler du pétrole entraîne des émissions de CO2 et provoque l’effet de serre. C’est le phénomène de réchauffement de la planète. L’impact de l’homme est très important à cet égard. D’après une étude de l’IPCC (International Panel on Climate Change), l’activité humaine est majoritairement responsable du réchauffement planétaire (à plus de 90%).

On pourrait croire que l’augmentation d’un degré de la température mondiale n’est que peu importante, mais ce n’est pas le cas. Les effets secondaires sont très inquiétants : on prévoit plus d’ouragans, plus d’inondations, plus de sècheresses et plus de canicules dans les années à venir, et ceux-ci seront encore plus violents.

Il est important donc de développer une conscience planétaire afin que lorsque nous faisons une action, nous nous rendions compte que cela peut avoir des répercussions à l’autre bout de la planète.

Hubert Reeves dénonce ensuite le problème de stérilisation et de perte des terres arables car les cultures y sont trop intensives. Il y a également une érosion de la biodiversité (plus de 1000 espèces disparaissent chaque année). Il y a vraiment une croissance rapide de la disparition des richesses, et de la pauvreté. « La misère est le terreau du terrorisme. »
Les leçons du passé

Aujourd’hui, on tire les leçons du passé. En étudiant et en observant les situations antérieures, on apprend que des situations bien plus graves ont existé : augmentation de 25 degrés de la température, très forte augmentation des gaz carboniques due à des problèmes climatiques. On en retient les leçons suivantes :

  • la vie est robuste, on ne peut pas l’interrompre

  • mais des espèces ne peuvent s’adapter et disparaissent, d’autres survivent et alors se développent plus rapidement


La 5e et dernière extinction d’espèces en date était celle des dinosaures. Nous pourrions être la 6e, nous pouvons disparaître et cela par notre faute.

Serait-il dommage que l’homme disparaisse ? Pour Hubert Reeves, ce serait bien plus que dommage. « Les hommes n’ont pas fait que des bêtises », aucune autre espèce que l’homme n’a pu faire émerger l’art et la culture, la science ni la compassion.

En effet, la vie dans le passé était dirigée par la logistique des jungles. Dans la nature humaine, il y a la compassion. Et si l’homme disparaît, la compassion disparaîtrait avec lui.
En conclusion, la question suivante est posée : l’intelligence est-elle un cadeau empoisonnée ?

Si celle-ci nous amène à nous autodétruire, il aurait peut être mieux fallu que l’homme soit une tortue (espèce pas très intelligente mais existant depuis 300 millions d’années). C’est nous même, êtres humains qui pourront donner un jour la réponse à cette question.

Débat : Alain Juppé/ Hubert Reeves : les effets de la mondialisation sur la gouvernance
Pouvez-vous, en tant qu'homme politique, avoir une action sur l'évolution du cours des choses ?
Alain Juppé: Aujourd'hui, la priorité environnementale doit être LA priorité du gouvernement. En effet, par exemple au Canada, l'hiver arrive deux mois plus tard et finit un mois plus tôt. Ce constat constitue désormais un consensus scientifique, comme l'a démontré la conférence sur le réchauffement climatique à Montréal en 2005. Tous les acteurs y étaient présents: ONG (Organisations Non Gouvernementales), chefs de gouvernements…

Mais il est tout de même permis de garder l'espoir puisque, par exemple, la qualité de l'air des villes françaises est meilleure qu'il y a 20 ans. Une modification des comportements est nécessaire: moins utiliser la voiture, séparer les déchets…

L'espèce humaine a la capacité de se détruire (armes de destruction massive, réchauffement de la planète). Il faut donc agir à tous les niveaux de la gouvernance pour pouvoir faire quelque chose:

-mondiale: protocole de Kyoto

-régionale: Union Européenne

-nationale: les Etats nations

-proximité: les villes (transports, construction et urbanisme, gestion de l'eau)
Hubert Reeves : L'espèce humaine a en effet la capacité de se détruire.

La couche d'ozone diminue en épaisseur pour des raisons humaines, notamment du fait du gaz des aérosols. Ces molécules ne polluent pas mais une fois éclatées, leur chlore se diffuse dans la couche d'ozone et la réduise. De plus, on assiste au développement des pluies acides. « En ce qui concerne ma vision de l'évolution des choses, je ne suis ni optimiste, ni pessimiste; Il faut juste savoir ce qu'il faut faire et s'y tenir ».


Que pensez-vous de l'éthanol et des biocarburants en général?
Hubert Reeves: Je ne connais pas très bien ce domaine. Mais le biocarburant pose un problème de place par rapport aux surfaces de culture nécessaires pour répondre aux besoins. On sait que l'on peut produire des voitures moins polluantes. Or les individus ne cherchent pas cela quand ils en achètent une. Il faut une crise, comme la montée du prix du baril de pétrole, pour que les gens prennent conscience de l'état des choses.
Alain Juppé: Ce n'est qu'avec le premier choc pétrolier qu'il y a eu des changements de politique: création de l'heure d'été, diminution de l'éclairage publique. Mais cela n'a pas duré. Les gouvernements peuvent et doivent jouer un rôle.

Le problème est que les besoins des pays émergents sont croissants: pour produire une unité de PNB, leur économie utilise cinq à six fois plus d'unités de pétrole qu'un pays occidental.

Il est important de s'interroger sur la relation entre la mondialisation, le développement durable et la croissance. La mondialisation fait reculer la pauvreté même si l'écart entre les plus riches et les plus pauvres se creuse.
Les théories sur la non croissance voire la décroissance économique se développent: peut-on avoir cela comme objectif ?
Alain Juppé: Il faut une autre croissance, plus respectueuse, plus environnementale. Mais il ne faut pas parler de décroissance.
Hubert Reeves: Il ne faut pas parler de décroissance car cela est dangereux pour les sociétés.


Que pensez-vous du protocole de Kyoto ?
Hubert Reeves : Il constitue un tout petit premier pas puisqu'il n’a pour objectif de réduire que de 6% l'émission de gaz carbonique. Or, pour qu’il y ait un effet significatif sur la planète, il faudrait les réduire de 50% à 60%.

Nous émettons trop vite du gaz carbonique: 9 milliards de particules par an aujourd'hui, contre 2 milliards en 1900.

On ne retrouvera plus cet équilibre; on va vers un autre équilibre. La question est de savoir comment gérer la nouvelle planète pour que cela reste viable.
L'opinion est-elle prête à accepter une autre gouvernance, plus environnementale, avec une croissance limitée ?
Alain Juppé : C'est toujours le problème d'une autre croissance: le PIB peut augmenter grâce à la croissance des services. Les préoccupations environnementales intéressent de plus en plus l'opinion publique.

Questions du public
Si l’on continue à ne rien faire, les scientifiques peuvent-ils connaître le délai de la catastrophe?
Hubert Reeves: On ne peut pas donner de date. Les expériences des sociétés et des civilisations passées qui ont disparues peuvent nous aider à comprendre notre société.

On va plus vite que la nature, donc on ne prend pas le temps de la réflexion: comment prendre les bonnes décisions? Y a-t-il un comité des sages?
Alain Juppé: Il n'en existe pas réellement. C'est un progrès d'avoir des discussions pluridisciplinaires (politique et scientifique notamment) mais c'est difficile du fait de l'utilisation de termes techniques.
Hubert Reeves: La science a de plus en plus une mauvaise image car elle n'a pas finalement apporté que des bonnes choses. Mais la science n'est pas morale en soi. Ce sont les scientifiques qui doivent se poser des questions sur le bien fondé de leurs actions, comme pour la bombe atomique par exemple. La science a toujours un impact important sur la société, donc il faut toujours la considérer.

Il est important de sortir des clivages politiques pour avancer en faveur de l'environnement. Cependant, on constate une situation paradoxale: le ministère de l'environnement dispose d'un faible budget (1% du PIB en moyenne) alors que la population se déclare de plus en plus consciente des problèmes environnementaux.
Le programme de l'ONU peut-il s'appliquer aux gouvernements comme il s'applique aux formations des managers ?
Alain Juppé : Ce serait une bonne idée. Il faut proclamer une mobilisation générale.


Témoignage de Sonia et Alexandre Poussin
Pour la deuxième journée de la 12e université Hommes-Entreprises, un témoignage passionnant de Sonia et Alexandre Poussin ouvre les débats. Ce couple écrivain et voyageur a traversé l’Afrique entièrement à pied, du Cap de Bonne-Espérance au lac de Tibériade, avec très peu d’argent et aucune assistance logistique. Leur but premier était la rencontre avec l’autre et la volonté de devenir son prochain.

Pourquoi un tel voyage ?

Quand on demande à Alexandre et Sonia Poussin ce qui les a poussé à partir, ils répondent qu’ils voulaient changer ce que l’on disait sur l’Afrique. Il est vrai que l’on ne rapporte que des mauvaises nouvelles de ce continent, pourtant si riche. Depuis leur voyage, ils témoignent que là bas, beaucoup de gens sont heureux. Les africains sont pauvres mais pas misérables, ils vivent à leur façon.

La préparation ?

Alexandre et Sonia Poussin ne se sont pas réellement préparés pour ce voyage. Ils n’ont pas eu l’impression non plus d’accomplir quelque chose d’exceptionnel. Ils ont seulement pris les habitudes des africains. Dans ce continent, les gens marchent beaucoup. Il n’est pas rare en Afrique, à titre d’exemple, que les enfants marchent plus de 15 km pour se rendre à l’école.

Chacun portait un tout petit sac à dos, avec le strict minimum à l’intérieur. Les Poussin ne disposaient que d’une seule tenue pour tout le voyage. Ce dénuement relevait d’un choix délibéré et de la conviction que le meilleur moyen de se faire accepter était de ressembler aux africains. Cela leur a été bénéfique.

L’accueil des Occidentaux en Afrique ?

Sonia et Alexandre Poussin ont été très bien reçus partout où ils ont été. L’adage de ce voyage : « On peut vivre de rien et être généreux de rien ». Leur objectif était d’inverser la vision des Africains sur l’Occident. Les occidentaux ne sont pas que des guerriers, des hommes violents roulant en 4X4, ce sont aussi des personnes généreuses et curieuses de découvrir l’humain.

De ce voyage, les Poussin ont rapporté un magnifique livre Africa Trek et des images éblouissantes. Nous avons eu la chance de voir des extraits de ce périple émouvant de 14 000 km.

Le barrage de la langue ?

Nous avons pu voir que dès qu’ils été reçus chez des africains, ils étaient fort bien accueillis. Le contact se faisait naturellement malgré le barrage de la langue. Les Poussin ont essayé d’apprendre les langues et dialectes africains sur place, grâce à des rencontres avec des anglophones. Ceux-ci leur transmettaient le lexique de base qui leur permettait de se débrouiller. En complément les Poussin apprenaient des chansons, des hymnes et des prières par cœur. A l’occasion de ce voyage, ils ont également appris l’arabe. Mais la langue n’est pas le seul moyen de communication en Afrique, le regard et la simple présence suffisent pour instaurer une relation.

Le retour à la vie « normale » ?

Le voyage a duré 3 ans et 3 mois alors qu’était prévu initialement un périple de 18 mois ! Le retour en France n’a pas été trop difficile, d’autant plus que Sonia Poussin était enceinte de 3 mois. Mais cela fut tout de même une sorte de choc. En effet, partis le 1er janvier 2001 et privés d’informations internationales pendant toute la durée de leur périple (qui ne traversait pas les villes), le visage du monde qu’ils ont retrouvé était bien différent. En effet, pendant toute cette période, l’Occident a été touché par plusieurs catastrophes sans précédent : attentats du 11 Septembre, la nouvelle monnaie unique l’euro, la canicule, le tsunami…

Depuis leur retour, leur emploi du temps est consacré à la médiatisation de leur expérience inédite (ils ont écrit deux livres et tourné une douzaines de films pour les chaînes Voyage et France 3), à l’éducation de leur enfant, et à la préparation de leur prochain périple.

La religion en Afrique

Tous les africains sont croyants, bons et généreux car ils sont religieux. Les familles qui les ont accueillis ont initié Sonia et Alexandre Poussin à leurs pratiques. Il y a en Afrique 40% de catholiques. L’Eglise est importante et indépendante de l’Etat. C’est un reliquat de la colonisation. Il n’y pas tant d’animistes et de musulmans que l’Occident le croît. Dans les pays musulmans, comme le Soudan, les Poussin ont été également très bien accueillis, voire mieux que dans d’autres régions.

La différence de comportement la plus flagrante ?

La relation au temps est complètement différente. Les Africains prennent leur temps ; il a fallu à Sonia et Alexandre Poussin le temps de la marche pour le découvrir. Par exemple, lorsqu’un Africain donne un rendez-vous le lundi, s’il vient le mardi ce n’est pas grave. Alors qu’en Occident, ce type de comportement est impensable.

Le développement durable en Afrique ?

Il est inexistant. L’écologie est un luxe que l’Afrique ne peut s’offrir. C’est pourtant le continent qui détient le plus de ressources au monde. Le problème africain est un problème de management et de politique. Il faut imposer aux africains de gérer leurs ressources.

Le plus beau souvenir ?

La tribu des Maomis. Dans cette tribu, la viande est taboue. Il n’y a pas de chasse, les africains ne prennent rien à la nature. Ainsi, les animaux sauvages n’ont pas peur de l’homme et ils s’en approchent. C’est un spectacle splendide.

Un projet pour venir en aide à ce peuple ? Des solutions ?

D’après Sonia et Alexandre Poussin, cela fait 50 ans que l’Occident ne fait rien. Depuis l’époque coloniale, tout ce qui est entrepris en Afrique ne fonctionne pas. Il faut que les gouvernements et les chefs d’entreprise occidentaux mettent de l’éthique et de la morale dans leurs relations avec l’Afrique. Cela commence à s’améliorer grâce aux actions de l’ONU et de l’Europe, mais beaucoup reste à faire.

De plus, il faut empêcher les dirigeants africains de « mendier » des suspensions de dettes, car cela les encourage à ne pas se préoccuper du développement économique de leur pays.

Il faudrait également financer et assurer des services de sécurité pour que les partis d’opposition puissent jouer pleinement leur rôle, faire tomber les gouvernements dictatoriaux et les régimes de corruption et mettre en place une véritable démocratie. Enfin, il faut aussi empêcher l’exil des cerveaux africains qui sont très nombreux chaque année.

Pour finir, il faut aussi que les pays occidentaux interviennent plus activement dans le domaine de la santé, par exemple en opérant les africains souffrant de la cataracte. Cette maladie très répandue est due au diabète africain. Les Poussin ont déjà trouvé un chirurgien pour organiser cette intervention qui devrait se mettre en place rapidement.


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