Redonner du sens à notre enseignement du supérieur








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date de publication06.10.2017
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Redonner du sens à notre enseignement du supérieur

L’enseignement supérieur a deux fonctions :

  • Développer la connaissance, élever le niveau culturel de la nation, comme le préconisait jadis le Conseil National de la Résistance

  • Fournir les qualifications supérieures nécessaires au développement économique et social du pays.

Aujourd’hui, c’est près de la moitié d’une classe d’âge qui est appelée à entrer dans l’enseignement supérieur, après un baccalauréat qui lui transfère ce droit d’entrée. Il est de la responsabilité de l’Etat que la formation des jeunes bacheliers s’effectue dans les meilleures conditions possibles. Il doit le faire en fonction d’un héritage historique assez particulier à la France. L’université ne constitue en effet, à la différence d’autres pays, qu’une partie limitée de l’enseignement supérieur. A côté des 80 universités il existe près de 450 Ecoles grandes ou moins grandes, préparées dans autant de classes préparatoires, ainsi que 2 200 Sections de Techniciens Supérieurs (STS) dans les lycées. Les effectifs se répartissent ainsi :

En milliers

Université IUT STS CPGE Autres* Total

1960-61 215 000 8 21 66 310

1980-81 805 000 54 68 40 215 1 180

2000-01 1 277 000 119 239 70 455 2 160

2009-10 1 268 000 118 240 81 608 2 320

*Autres : grandes écoles, formations commerciales, paramédicales, etc.

On constate que depuis 10 ans, les effectifs proprement universitaires n’augmentent plus et que, par contre, les « autres » (ceux des Ecoles anciennes ou nouvelles) s’accroissent nettement. Si l’on considère les coûts moyens par étudiant, on s’aperçoit qu’en 2008, un étudiant à l’université (avec les IUT) revient à 9 400 €, alors qu’un élève de STS revient à 13 200 et un élève de classe préparatoire à 14 500. C’est dire la misère des universités au moment où elles prennent leur autonomie et assurent leur propre gestion.

A ces différences structurelles s’en ajoutent d’autres qui constituent de vraies inégalités. Si en STS, les enfants d’ouvriers sont plus de 22%, ils ne dépassent guère les 9 % en université. A l’inverse, les étudiants dont l’origine se situe dans les professions libérales ou cadres supérieurs, sont près de 30 % en université et guère plus de 6 % en STS.

A cette sélection sociale, s’ajoute une autre sélection, plus complexe, qui relève de ce qu’il faut appeler « l’échec universitaire ». Au bout d’un an, environ 65 % poursuivent dans la même discipline (mais ils ne sont que 55 % en sciences humaines et sociales), tandis que 10 % choisissent une autre discipline et que 25 % quittent l’université.

Ce rapide aperçu montre un échec patent des dispositifs d’orientation et de toutes les formes d’aide à la poursuite d’études. Le système fonctionne par exclusion plutôt que par encouragement. L’enseignement supérieur apporte de bonnes qualifications aux divers niveaux, mais elles sont réservées à un nombre réduit d’étudiants, ceux qu’on appellera une élite. Cette restriction porte atteinte aux capacités d’innovation et de développement du pays, ainsi qu’à son niveau scientifique et culturel.

Depuis 2007, la loi LRU a permis aux universités de devenir « autonomes », sans les mettre à niveau de leurs responsabilités par des dotations suffisantes (même si elles ont augmenté récemment). La question qui se pose désormais est de savoir si cette autonomie va conduire à les refermer sur elles-mêmes ou si elle va leur permettre de devenir les acteurs essentiels de la rénovation et de la restructuration de l’enseignement supérieur.

C’est à cette tâche que doivent contribuer l’Etat et les collectivités territoriales, avec l’appui des forces vives du pays.

Dans quel sens conviendrait-il d’agir ? Trois orientations devraient s’imposer :

  1. Assurer une logique commune aux formations supérieures

  2. Lutter contre l’échec universitaire

  3. Rapprocher Ecoles, universités et centres de recherche dans des pôles de recherche et d’enseignement supérieur, pour l’aménagement du territoire, pour développer l’innovation et selon une nouvelle gouvernance.

1.Une logique commune

Les universités ont mis en place le dispositif adapté au niveau européen, dispositif dit LMD : un cycle de trois ans pour une licence, suivi d’un cycle de deux ans pour un master (ou maîtrise) auquel s’ajoute un troisième cycle d’au moins deux ans pour un doctorat. La France, dans les années 60, a mis en place un cycle de formation en deux ans pour produire des Techniciens supérieurs capables de répondre aux besoins secondaires et tertiaires de la période. Ce fut une réussite aussi bien dans les lycées avec les STS que dans les universités avec les IUT (selon un statut dérogatoire). Aujourd’hui, on constate une double dérive :

  • Bac. Pro. et bac techno. se concurrencent pour l’entrée dans des STS, dont les spécialités sont assez confuses : le BTS garantit moins un emploi que le bac. Pro. Le niveau III est déséquilibré entre un niveau IV qui a remplacé le niveau V dans de nombreux secteurs professionnels et un niveau II accaparé par des Ecoles de création récente (pour l’informatique, le commerce, le management, le paramédical, etc…)

  • Les IUT préfèrent recruter des bac. S ou ES plutôt que des bacheliers technologiques, afin de garantir un bon niveau de formation, ce qui les conduit à développer des mentions complémentaires avec une année supplémentaire, en relation étroite avec les milieux économiques.

Qui plus est, certaines universités ont mis en place des licences professionnelles (en trois ans), ouvertes en formation initiale ou continue. Elles sont organisées avec des secteurs professionnels qui ont besoin de recruter de nouveaux profils ; elles permettent aussi une réorientation d’étudiants en premier cycle. Elles pourraient permettre à l’avenir de donner une qualification supérieure à des titulaires du BTS et leur permettre d’accéder à des DESS, à des masters spécialisés ou à des concours pour certaines Ecoles préparant au titre d’ingénieur. Il en serait de même avec des titulaires du DUT en vue d’obtenir une mention complémentaire et de poursuivre leurs études en second cycle de l’université.

Il serait évidemment nécessaire de prévoir des aides financières (bourses ou prêts d’études) pour des étudiants qui sont souvent d’origine modeste. Ce serait un moyen de démocratiser l’université et d’en élargir le recrutement pour de meilleures qualifications (niveau I ou II).

2. Lutter contre l’échec universitaire

Un élargissement du premier cycle universitaire n’a de sens que si l’on permet aux étudiants de réussir au mieux leurs études. Trop d’étudiants sont conduits à interrompre leurs études au terme de la première ou de la deuxième année du premier cycle. Plusieurs mesures s’imposent :

  • Offrir la possibilité d’une année intermédiaire entre le bac et la préparation d’une licence, analogue aux formations proposées à des bacheliers avant d’entrer en classe préparatoire. Un accompagnement, une aide à l’orientation, un perfectionnement faciliteraient l’entrée en premier cycle en évitant des redoublements par la suite

  • Rapprocher classes préparatoires et premier cycle, dans les méthodes de travail, l’encadrement et la possibilité de préparer des concours dans un cadre universitaire. On peut aussi envisager des équivalences pour ne pas allonger inutilement les études

  • Développer des stages d’observation ou d’initiation qui permettent de concrétiser les formations

  • Assurer une orientation et des bilans de compétence qui permettent des réorientations efficaces pour ceux qui souhaitent changer de voie de formation.

Chaque université devrait comporter un Centre d’Orientation qui fournira aux étudiants l’information nécessaire pour leur perspective professionnelle et leur éventuelle réorientation. Un entretien personnalisé serait effectué pour chaque étudiant en fin de première année. Chaque université devrait également comporter un CFA et un Centre de formation continue. Le CNAM et le CNES pourraient être mobilisés, avec l’aide des nouvelles technologies. La validation des acquis de l’expérience(VAE)serait effectuée par un jury compétent qui délivrera les certifications correspondantes.

La réforme du premier cycle doit faire l’objet d’expérimentations et d’évaluations au niveau national dans le respect de l’autonomie des universités.

Puisque la licence débouche sur un master d’éducation ou un master disciplinaire qui ouvrira au concours d’aptitude à l’enseignement, il importe de permettre lors de la troisième année de licence, d’avoir une information et une première expérience dans ce domaine. L’Institut Universitaire de Formation des Maîtres doit offrir cette possibilité pour élargir le vivier des futurs concours et permettre une orientation positive dès l’entrée en master. Un soutien financier devrait faciliter cette orientation, sur la base d’engagements de service sur un certain nombre d’années.

3.Rapprocher Ecoles et universités

L’Etat, les Régions et les grandes métropoles sont appelés à coopérer pour la création de Pôles de recherche et d’enseignement supérieur, qui rapprochent Ecoles, universités et centres de recherche. Des évolutions ont commencé en ce sens, avec des ensembles polytechniques et des regroupements d’universités d’un même site. Il importe de donner à ces pôles, non une finalité administrative, mais une finalité de développement durable, ce qui implique trois conditions :

  • Une bonne articulation avec le territoire : avec les entreprises (et leurs centres de recherche), avec les dispositifs de formation continue, avec les forces sociales, avec les dynamiques culturelles

  • Une priorité à l’innovation, qu’il s’agisse de l’innovation pédagogique ou des conséquences d’une stratégie de Recherche et Développement fondée sur une bonne articulation entre les moyens de la recherche publique et les entreprises innovantes, en particulier PME et ETI

  • Une amélioration de la gouvernance pour éviter deux écueils : la présidentialisation du système ou la bureaucratie par empilement des responsabilités. Pour les universités, un équilibre doit être trouvé entre un directoire, un Conseil d’Administration, un Conseil scientifique et un Conseil de la vie étudiante, avec les garanties démocratiques (représentativité) nécessaires. Un comité d’orientation doit réunir les partenaires d’un même PRES, sur la base d’une charte et d’un contrat pluriannuel auquel s’associent l’Etat et la Région. Certains pôles prendront une importance européenne, ce qui impliquera la mise en relation avec des partenaires d’autres pays membres de l’Union Européenne. Les programmes nationaux, régionaux, européens, avec les financements correspondants, auront avantage à se compléter tant pour la recherche que pour les échanges universitaires : des contrats pluriannuels y pourvoiraient.

A ces trois orientations qui concernent l’enseignement supérieur, il convient d’ajouter une rénovation de nos capacités de recherche. C’est l’objet d’une autre réflexion.

Robert CHAPUIS

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