Livre premier révolution et contre-révolution








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La guerre secrète contre

la Russie soviétique
LA GRANDE

CONSPIRATION
Michel SAYERS et Albert E. KAHN
Traduit de l’Américain par ALBERT GERMAIN

AVANT-PROPOS
Dans la préparation de cet ouvrage, les auteurs ont copieusement utilisé les documents officiels du Département d'Etat des États-Unis, les débats et les rapports de diverses Commissions du Congrès des Etats-Unis, les documents officiels publiés par le Gouvernement de Grande-Bretagne, et les comptes rendus in extenso, publiés par le Gouvernement soviétique, des débats des procès d'espionnage, de sabotage et de haute-trahison qui ont eu lieu en U.R.S.S. depuis la Révolution.

Aucun des événements ou dialogues mentionnés dans ce livre n'a été inventé par les auteurs. Tous les matériaux utilisés proviennent des diverses sources indiquées, dans le texte ou dans les notes bibliographiques.

Ils désirent exprimer leur gratitude en particulier à Messieurs Harper, pour l'autorisation qu'ils leur ont donnée de citer longuement Britain's Master Spy : Sidney Reilly's Narrative written by Himself, edited and compiled by his Wife (Un maître espion anglais: les aventures de Sidney Reilly écrites par, lui-même, éditées et réunies par sa femme).

Ils désirent aussi reconnaître ce qu'ils doivent à M. Cedric Belfrage, pour l'aide qu'il leur a apportée dans les recherches et la rédaction des premiers états de cet ouvrage.

Le lecteur trouvera à la fin de certains chapitres une liste des principales références, relatives au ou aux chapitres qui précèdent. Ces références ne constituent en aucune façon une bibliographie qui épuise le sujet. Elles n'ont pour objet que d'indiquer les sources que les auteurs ont jugées particulièrement utiles, et dans certains cas, indispensables.




LIVRE PREMIER


RÉVOLUTION
ET
CONTRE-RÉVOLUTION

CHAPITRE PREMIER


LA MONTEE DU POUVOIR SOVIETIQUE

1 Mission à Petrograd1.


Au cours de l'été de la décisive année 1917 et tandis que le volcan révolutionnaire russe grondait et bouillonnait, un Américain, le major Raymond Robins arriva à Petrograd, chargé d'une mission secrète de la plus haute importance. Officiellement, il voyageait en qualité de chef adjoint de la Croix-Rouge américaine. Mais en fait il appartenait au Service de renseignements de l'armée américaine. Sa mission secrète consistait à aider an maintien de la Russie dans la guerre contre l'Allemagne.

La situation sur le front oriental était désespérée. L'armée russe, misérablement équipée et mal commandée, avait été mise en pièces par les Allemands. Ebranlé par la guerre et pourri de l'intérieur, le régime féodal tzariste avait chancelé et s'était écroulé. En mars 1917, le tsar Nicolas II avait dû abdiquer et un Gouvernement provisoire avait été mis en place. Le mot d'ordre révolutionnaire: « Du Pain, la Paix et de la Terre ! » se répandait dans le pays, résumant toutes les aspirations anciennes et les espoirs de l'heure des millions de Russes pauvres, affamés, fatigués de la guerre.

Les alliés de, la Russie, la Grande-Bretagne, la France et les Etats-Unis d'Amérique, craignaient que l' armée russe abandonnât la lutte. A tout moment, un million de soldats allemands pouvait tout à-coup être retiré du front oriental et jeté, à l'Ouest contre les forces alliée épuisées, La perspective que le blé de l'Ukraine, le charbon du Donetz, le pétrole du Caucase et toutes les autres res­sources illimitées du sol russe puissent tomber dans les griffes rapaces de l'Allemagne impériale, était également alarmante.

Les Alliés s'efforçaient désespérément de maintenir la Russie en guerre, au moins jusqu'à ce que les renforts américains eussent atteint le front occidental. Le major Robins 'était l’un des nombreux officiers du Service de renseignements, diplomates et militaires à la fois, qu'on avait dépêché d'urgence à Petrograd pour tenter l'impossible afin de conserver la Russie en guerre...

Agé de 43 ans, d'une énergie sans limite. doué d'une éloquence extraordinaire et d'un grand charme personnel, avec ses cheveux noir, et son visage d'aigle, Raymond Robins était une personnalité distinguée, bien connue du public américain. II avait abandonné une situation brillante dans les affaires à Chicago pour se consacrer à la philanthropie et au travail social. Politiquement; il était du parti de Roosevelt., Il avait joué un rôle de premier plan dans la fameuse campagne de 1912, où son héros, Théodore Roosevelt, avait essayé de parvenir â la Maison blanche sans l'aide de la haute finance ou des machinations politiciennes. Robins était un militant libéral, un combattant infatigable et vibrant pour toutes les causes où il s'agissait de lutter contre la réaction.
Quoi, Raymond Robins? Cet homme de Roosevelt? Qu'a-t-il à faire ici?, s'exclama le colonel William Thompson, chef de la Croix-Rouge américaine en Russie, quand il apprit que Robins lui était donné comme adjoint. Le colonel Thompson était un républicain et un opportuniste. Personnellement il avait des intérêts considérable dans des affaires russes, dans des mines de cuivre et de manganèse. Mais le colonel Thompson était aussi un observateur réaliste et clairvoyant. Et il avait déjà, en privé, décidé qu'on n'obtiendrait rien par la manière conservatrice que les dirigeants officiel du Département d'Etat des Etats-Unis adoptaient a l'égard de la situation troublée de Russie.

David Francis, l'ambassadeur américain en Russie à cette époque, était un vieux banquier de Saint-Louis, entêté et grand joueur de poker qui avait été auparavant gouverneur de l'Etat de Missouri. Il faisait étrange figure dans l'atmosphère fiévreuse du Petrograd révolutionnaire, avec ses cheveux blancs, ses grands faux-cols empesés à la vieille mode et son habit noir.

Le vieux Francis, disait un diplomate britannique, ne distinguerait pas un socialiste révolutionnaire d'une pomme de terre !

Mais l'ignorance de Francis en ce qui concerne la politique russe ne faisait que renforcer ses convictions. Lesquelles découlaient généralement du bavardage des généraux et des millionnaires tzaristes incompréhensifs qui fréquentaient l'ambassade américaine à Petrograd. Francis affirmait donc que toute la Révolution russe était le résultat d'un complot allemand et que tous les révolu­tionnaires russes étaient des agents de l'étranger. En tout état de cause, il pensait que toute cette affaire serait rapidement, liquidée.

Le 21 avril 1917, l'ambassadeur Francis avait envoyé un télégramme confidentiel à Robert Lansing secrétaire d'Etat des Etats-Unis : «SOCIALISTE EXTRÉMISTE Ou ANARCHISTE NOMMÉ LÉNINE FAIT VIOLENTS DISCOURS SOUTENANT DE CE FAIT LE. GOUVERNEMENT ; A DESSEIN ON LUI LAISSE CHAMP LIBRE; SERA DÉPORTÉ EN TEMPS OPPORTUN »

Mais la Révolution russe loin de s'apaiser après le renversement du tsar, ne faisait que commencer. L’armée russe se dissolvait et personne en Russie: ne semblait capable de s'y opposer. Alexandre Kerenski, l'ambitieux premier ministre du Gouvernement provisoire, faisait des tournées au front oriental, eu prononçant d'éloquents discours devant les soldats ou il les assurait que « la victoire, la démocratie et la paix » étaient à portée de la main. Nullement impressionnés, les soldats russes affamés et révoltés continuaient à déserter par dizaines de mille. En uniformes déguenillés, leurs flots se répandaient sans fin dans les campagnes, dans les champs embourbés par la pluie, le long des routes et des chemins, dans les villages et dans les villes2.

A L’arrière, les soldats russes, de retour au pays, rencontraient les ouvriers et paysans révolutionnaires. Partout, soldats, ouvriers et paysans formaient des comités révolutionnaires, ou Soviets, comme ils les appelaient, et élisaient des députés pour' faire entendre leurs mots d'ordre : « Paix, Pain et Terre », au quartier général du Gouvernement à Petrograd.

Quand le major Raymond Robins arriva à Petrograd, le pays était submergé par un flot de pauvre gens désespérés et affamés. Dans la capitale, parvenaient sans cesse des délégations de soldats venant en droite ligne des tranchées boueuses du front et réclamant la fin de la guerre. Des émeutes provoquées par la famine se produisaient presque tous les jours. Le Parti bolchevik de Lénine, l'organisation des communistes russes que Kerenski avait déclaré illégale et qui se maintenait, clandestinement, croissait rapidement en puissance et en prestige.

Raymond Robins refusa de tenir pour vraies les opinions de l'ambassadeur Francis et de ses amis tzaristes sur la Russie. Il perdit peu de temps dans les salons de Petrograd et se mit en « campagne », selon ses propres termes, pour voir, la situation de ses propres yeux. Robins croyait passionnément à ce qu'il appelait « l'esprit de la rue, cette chose qui est commune en Amérique chez les hommes d'affaires qui réussissent, un état d'esprit qui ne s appuie pas sur les bavardages, mais qui cherche constamment à atteindre les faits ». Il voyagea dans le pays, visita les usines, assista aux réunions syndicales, entra dans les casernes militaires et alla même dans les tranchées infestées de rats du front oriental. Pour voir ce qui se passait en Russie, Robins se mêla au peuple russe.

Cette année, la Russie ressemblait à un immense congrès turbulent. Après, des siècles de silence forcé, le peuple avait enfin libéré sa langue. Partout se tenaient des meetings. Chacun parlait. Les agents du gouvernement, les propagandistes pro-alliés, les Bolcheviks, les anarchistes, les socialistes-révolutionnaires, les mencheviks, tous parlaient en même temps., Les Bolcheviks étaient les orateurs les plus populaires, et les soldats, les ouvriers et les paysans répétaient ce qu'ils disaient.

Montrez-moi pourquoi je me bats? demandait un soldat russe dans un de ces meetings populaires enfiévrés. Est-ce pour Constantinople ou pour une Russie libre? Est-ce pour la démocratie, ou pour les pillards capitalistes? Si vous pouvez me prouver que je défends la Ré­volution, alors j'irai au combat sans qu'il soit nécessaire de me menacer de la peine de mort. Quand la terre appartiendra aux paysans, les usines aux travailleurs, et le pouvoir aux Soviets, alors nous saurons que nous avons quelque chose à défendre, et nous nous battrons pour cela! »

Robins était dans son élément dans cette atmosphère de discussion. En Amérique, il avait souvent discuté avec des marxistes américains, pourquoi n'aurait-il pas discuté avec les Bolcheviks russes ? Et souvent, Robins demandait la permission de répondre aux orateurs bol­cheviks. Devant des foules, dans les usines et dans les tranchées, l'Américain aux épaules larges, aux yeux sombres se dressait et parlait. Aux auditoires russes, il montrait ce qu'était la démocratie américaine et la menace du militarisme prussien. Invariablement, de vifs applaudissements saluaient ses paroles.

En même temps, Robins ne négligeait pas son travail de la Croix-Rouge. Il devait trouver des vivres pour les villes affamées. En descendant la Volga, il trouva d'immenses stocks de blé pourrissant dans des magasins. Ce blé restait là suite du manque de moyens de transport. Sous le régime incapable du tzar, tous les transports avaient-été détruits et Kerenski n'avait rien fait pour remédier à la situation. Robins proposa de constituer une flotte de péniches pour transporter ce blé par le fleuve. Les fonctionnaires du gouvernement Kerenski lui dirent que c'était impossible. Un paysan vint alors voir Robins, se présentant lui-même : il était le président d'un Soviet paysan de la région. Il déclara qu'on trouverait des péniches. Et le lendemain matin, le blé commença à remonter la Volga vers Moscou et Petrograd.

Partout, Robins eut. des preuves pareilles de la confusion et de l'incapacité du Gouvernement- Kérenski, opposées à l'organisation et à la détermination, des Soviets révolutionnaires. Quand le président d'un Soviet disait qu'une chose serait faite, elle était faite.

La première fois que Robins alla dans un village russe et qu'il demanda à voir les autorités locales officielles. les paysans se mirent à rire. «Vous feriez mieux de voir, le président du Soviet lui dirent-ils. »

Qu'est-ce que c'est, ce Soviet ? demanda Robins.

Le Conseil des députés des ouvriers, des soldats et des paysans.

Mais c'est une sorte d'organisation révolutionnaire, protesta Robins. Je veux voir les autorités civiles régulières.

Les paysans rirent de nouveau: «Oh ! elles ne signifient plus rien. vous feriez mieux de voir président du Soviet!»

De retour à Petrograd, après son voyage d'enquête,­Robins fit un premier rapport au colonel Thompson.

«Le Gouvernement provisoire de Kerenski, disait-il, est une sorte d'appareil bureaucratique, imposé d'en haut et soutenu par des baïonnettes à Petrograd, à Moscou et dans quelques autres villes ». Le gouvernement réel du pays était exercé par les Soviets. Mais Kérenski était partisan de continuer la guerre contre l'Allemagne, et pour cette raison Robins pensait qu'il devait rester au pouvoir. Si les Alliés avaient intérêt à empêcher la Russie de sombrer dans un chaos complet et à tomber ainsi sous la domination de l'Allemagne, ils devaient peser de toute leur influence pour obliger Kérenski à reconnaître les Soviets et à composer avec eux. Le gouvernement des Etats-Unis devait être pleinement averti des faits avant qu'il ne soit trop tard.

Robins fit ensuite une proposition audacieuse : il fallait lancer immédiatement une campagne gigantesque de propagande pour convaincre le peuple russe que l'Allemagne constituait la véritable menace contre leur Révolution.

A la surprise de Robins, le colonel Thompson exprima sans équivoque son accord avec son rapport et avec sa proposition. Il lui déclara qu'il allait câbler à Washington en soulignant le plan de propagande et en demandant confirmation et des fonds pour le mettre à exécution. En attendant, car le temps était précieux, Robins devait l'entreprendre de suite.

Mais on aurons-nous de l'argent? demanda Robins.

- Je mettrai un million de ma poche, dit le colonel Thompson.

Robins était autorisé à tirer jusqu'à concurrence de ce montant sur le compte personnel du colonel à Petrograd. Avant tout, il fallait, ajouta Thompson, maintenir l'armée russe sur le front occidental et empêcher l'Allemagne d'entrer en Russie.

Par ailleurs, le colonel Thompson se rendait parfaitement compte des risques qu'il courait en intervenant si activement et si personnellement dans les affaires russes.

- Savez-vous ce que cela signifie, Robins ? dit-il.

- Je pense que cela veut dire que c'est la seule chance de sauver la situation, mon colonel, répondit Robins

- Non, je-veux dire : savez-vous ce que cela signifie pour vous ?

- Qu'est-ce que cela signifie?

- Cela signifie que si nous échouons, vous serez fusillé,

Robins haussa les épaules: « Des hommes meilleurs et plus jeunes que moi, meurent tous les jours sur le front occidental ». Il ajouta, après un silence

- Si je suis fusillé, vous, mon colonel, serez pendu.

- Je ne serais pas étonné que vous ayez raison répliqua le colonel Thompson.

2. Contre-Révolution.



Tandis que les vents d'automne, humides et froids, soufflaient de la mer Baltique et que des nuages bas et chargés de pluie obscurcissaient le ciel de la ville, les événements se précipitaient à Petrograd.

Pâle et nerveux, portant son habituelle tunique uniforme kaki, boutonnée jusqu'au col, les yeux exorbités et le bras droit plié a la Napoléon, Alexandre Kerenski, chef du Gouvernement provisoire, marchait de long en large dans son bureau du Palais d'hiver.

- Qu'attendent-ils de moi? criait-il en s'adressant à Raymond Robins. La moitié du temps, je dois parler le langage du libéralisme de l'Europe occidentale, pour complaire aux Alliés, et le reste du temps, je dois parler celui du socialisme russe, si je veux sauver ma vie.

Kérenski avait raison d'être inquiet. Dans son dos, ses principaux défenseurs, les millionnaires russes et ses alliés anglo-français, conspiraient déjà pour le chasser du pouvoir.

Les millionnaires russes menaçaient ouvertement de faire appel aux Allemands, si l'Angleterre et la France refusaient d'agir pour stopper la Révolution.

« la Révolution, est une maladie, déclara Lianozov, «le Rockefeller russe», au journaliste américain John Reed. Tôt ou tard les puissances étrangères devront intervenir, comme on interviendrait pour guérir un enfant malade et lui apprendre à marcher.»

Un autre millionnaire russe, Riabouchinski, déclara que la seule solution était « de s'emparer des faux amis du peuple, ces soviets et comités démocratiques, et de les pendre ! »

Sir Samuel Home, chef de l'Intelligence Service di­plomatique britannique en Russie avait eu des entretiens avec ces millionnaires russes et avait regagné Londres, pour y rapporter qu'une dictature militaire était la meilleure solution au problème russe. Selon Home, les meilleurs candidats pour le poste de dictateur en Russie étaient l'amiral Koltchak qui, disait Home, était ce qu'il avait trouvé de plus proche d'un « gentleman anglais», et le général Kornilov, le nerveux commandant en chef cosaque de l'armée russe.

Les gouvernements anglais et français décidèrent d'appuyer le général Kornilov. Il devait être l'homme énergique qui maintiendrait immédiatement la Russie en guerre, anéantirait la Révolution et protégerait les investissements financiers anglais et français en Russie.

Lorsque Robins. apprit cette décision, il sentit que les Alliés avaient commis une grave erreur: Ils ne comprenaient pas les sentiments du peuple russe et ils faisaient tout simplement le jeu des Bolcheviks qui, dès le début, avaient prophétisé que le régime de Kérenski deviendrait un paravent derrière lequel la contre-révolution se préparerait secrètement. L'attaché militaire britannique, le major général Alfred Knox et le chef de la mission militaire britannique à Pétrograd prièrent brutalement Robins de fermer sa bouche.

La tentative de putsch se produisit le 8 septembre 1917 au matin. Tout d'abord une proclamation de Kornilov, en qualité de commandant en chef de l'armée, appela au renversement du Gouvernement provisoire et au rétablissement de «la discipline et de l'ordre». Des milliers de tracts, prônant Kornilov, le héros de la Russie, furent répandus dans les rues de Moscou et de Pétrograd. Dans son livre La Catastrophe, paru plusieurs années plus tard, Kérenski a révélé que «ces tracts avaient été imprimés aux frais de la Mission militaire britannique et apportés à Moscou de l'Ambassade britannique à Pétrograd dans le wagon, du général Knox, l'attaché militaire britannique». Puis Kornilov donna l'ordre à vingt mille hommes de marcher sur Petrograd. Des officiers français et anglais en uniformes russes marchaient avec les soldats de Kornilov.

Kérenski était épouvanté par cette trahison. Il était encore salué à Paris et à Londres comme un «grand démocrate» et comme le «héros des masses russes». Et pourtant ici, les représentants des Alliés tentaient de le renverser ! Il se demandait désespérément quoi faire et ne faisait rien.

Le Soviet de Pétrograd contrôlé par les Bolchéviks, de sa propre initiative, ordonna une mobilisation immédiate. Aux ouvriers armés se joignirent les marins révolutionnaires de la flotte de la Baltique et les soldats du front. Des ouvriers en casquette et en veste de cuir, armés, disposés, dans les rues de la ville. On mit en position des pièces d'artillerie et des mitrailleuses. Les gardes rouges, des ouvriers en casquette et veste de cuir, armés de fusils et de grenades à main, patrouillèrent dans les faubourgs boueux.

En quatre jours, l’ armée de Kornilov se désagrégea. Le général lui-même fut arrêté par le Comité de soldats qui avait été constitué en secret dans sa propre armée, Environ quarante généraux de l'ancien régime, qui étaient impliqués dans la conspiration de Kornilov furent encerclés dès la première après-midi à l’hôtel Astoria où ils attendaient la nouvelle du succès de Kornilov. Le ministre de la guerre adjoint de Kérenski, Bonis Savinkov, fut chassé de son bureau par les clameurs de la foule pour avoir participé au complot. Le Gouvernement pro­visoire vacillait sur ses bases.

Le putsch avait précisément eu pour résultat la chose qu'il voulait empêcher : un triomphe des Bolchéviks et une démonstration de la force des Soviets.

C'étaient les Soviets et non Kérenski qui avaient réellement le pouvoir à Pétrograd.

«La force croissante des Soviets, dit Robins, réussit dans cette affaire, sans aucune violence... C'est leur puissance qui à vaincu, Kornilov».

L'ambassadeur Francis, d'autre part, télégraphia au Département d'Etat des Etats-Unis:

«ÉCHEC KORNILOV IMPUTABLE MAUVAIS CONSEILS MAUVAISES INFORMATIONS, MÉTHODES IMPROPRES, INOP­PORTUNES. BON SOLDAT PATRIOTE MAIS INEXPÉRIMENTÉ. GOUVERNEMENT TRÈS EFFRAYÉ POURRA PROFITER DE LA LEÇON ».

3. Révolution.



Les événements se précipitaient maintenant à là vitesse de l'éclair. Encore clandestin, Lénine avait donné à la Révolution un nouveau mot d'ordre «Tout le pouvoir aux Soviets! A bas le Gouvernement provisoire »

Le 7 Octobre, le colonel Thompson, inquiet, télégraphia à Washington

« BOLCHEVIKS CHERCHENT MAINTENANT CONTROLER CONGRES PANRUSSE DES SOVIETS D'OUVRIERS ET DE SOLDATS CONVOQUE ICI CE MOIS. S'ILS RÉUSSISSENT CONSTITUERONT NOUVEAU GOUVERNEMENT. RESULTAT DESASTREUX ABOUTISSANT PROBABLEMENT PAIX SEPAREE. EMPLOYONS TOUS MOYENS MAIS DEVONS AVOIR AIDE IMMEDIATE SINON -TOUS EFFORTS SERONT TROP TARD ».

Le 3 novembre, une conférence secrète des chefs militaires alliés en Russie se tint dans le bureau du colonel Thompson: Que fallait-il faire pour arrêter les Bolchéviks? Le général Niessel, chef de la mission militaire française, attaqua violemment le Gouvernement provisoire pour son incapacité et traita les soldats russes de «chiens jaunes», ce qui provoqua, la sortie de la pièce d'un général russe, rouge de colère.

Le général Knox reprocha aux Américains de n'avoir pas soutenu Kornilov.

  • Cela ne m'intéresse pas de raffermir Kérenski et son Gouvernement provisoire, cria-t-il à Robins. Il est incompétent, incapable et nul. Vous auriez dû être avec Kornilov.

- Et bien, mon général, répondit Robins, vous étiez avec Kornilov !

Le général anglais rougit: « La seule chose possible en Russie, c'est une dictature militaire, dit-il. Ces gens ont besoin d'un fouet !

- Mon général, dit Robins. Vous pourrez vous trou­ver en présence d'une dictature d'un tout autre genre.

- Vous pensez à cette bande de Bolchéviks ?

- Oui, c'est à eux que je pense.

- Robins, dit le général Knox, vous n’êtes pas un militaire et vous ne comprenez rien aux affaires militaires. Les militaires savent comment agir avec des gens de cette sorte : on les prend et on les fusille !

- Oui si on les attrape ! J'admets, mon général, ne rien connaître aux choses militaires, mais je m'y connais en questions populaires : j’ai travaillé avec le peuple toute ma vie. J ai été voir ce qui se passe en Russie, et je pense que nous avons affaire à un problème populaire.

Le 7 novembre 1917, quatre jours après, cette conférence, les Bolchéviks prenaient le pouvoir en Russie.

La Révolution bolchévique qui a ébranlé le monde s'est produite étrangement et presque imperceptiblement au début. C'est la révolution la plus pacifique de l’histoire. Quelques bandes de soldats et de marins déambulaient fortuitement dans les rues de la ville. Il y eut quelques coups de feu épars, sporadiques. Hommes et femmes se rassemblèrent dans les rues, discutant, gesticulant, lisant les derniers appels. Les rumeurs contradictoires habituelles circulaient. Les trams descendaient et remontaient la perspective Nevski. Les ménagères allaient aux provisions. Les journaux conservateurs de Pétrograd qui parurent ce jour-là comme d'habitude ne signalèrent même pas qu'une révolution venait de se Produire.

Presque sans opposition, les Bolchéviks occupèrent les Centraux téléphonique et télégraphique, la Banque d'Etat et les Ministères. Le Palais d'hiver, siège du Gouvernement provisoire de Kérenski, fut entouré et assiégé.

Kérenski s'enfuit au cours de l'après-midi dans une voiture de l'Ambassade américaine et battant pavillon américain. Au moment de partir, il envoya en hâte à l'ambassadeur Francis un mot dans lequel il déclarait qu'il reviendrait avec dès troupes du front et qu'il « liquiderait la situation en quatre jours ».

A 6 h du soir, l'ambassadeur Francis télégraphia au secrétaire d'Etat Lansing

« BOLCHÉVIKS SEMBLENT AVOIR CONTROLE SUR TOUT ICI. N'AI PAS PU SAVOIR OU SONT LES MINISTRES ».

Vers le milieu de cette nuit, froide et humide, des camions, circulèrent dans les rues boueuses, visitant par périodes régulières les postes de sentinelles installés aux carrefours autour de braseros. Des camions, on lançait des proclamations sur lesquelles on lisait :
AUX CITOYENS DE LA RUSSIE
Le Gouvernement provisoire est renversé: Le pouvoir est passé aux mains du Comité militaire révolutionnaire, organe du Soviet des députés d'ouvriers et de soldats de Pétrograd, placé à la tête du prolétariat et de la garnison de Pétrograd

La cause pour laquelle le peuple a combattu: proposition immédiate d'une paix démocratique, abolition de la grande propriété foncière, formation d'un gouvernement soviétique, cette cause est assurée du succès.

Vive la révolution des soldats, des ouvriers et des paysans !

LE COMITÉ MILITAIRE RÉVOLUTIONNAIRE PRÈS LE SOVIET DES DÉPUTÉS D'OUVRIERS ET SOLDATS DE PÉTROGRAD.
Des centaines de gardes rouges et de soldats s'étaient rassemblés en masses compactes autour du Palais d'hiver brillamment éclairé, le dernier bastion du Gouvernement provisoire déjà déchu: Tout-à-coup, la masse se mit en mouvement, envahit la cour, sauta par-dessus les barricades et pénétra dans le Palais d'hiver. Les anciens mi­nistres de Kérenski furent arrêtés dans la grande salle élégamment décorée où ils avaient siégé toute la journée autour d'une grande table. La table était jonchée de feuilles de papier, tout ce qui restait d'une proclamation qui ne fut jamais terminée et qui commençait par ces Mots : « Le Gouvernement provisoire fait appel à toutes les classes du pays pour soutenir le Gouvernement provisoire.. »

A 10h45, dans la nuit du 7 novembre 1917, le Congrès, panrusse des Soviets de députés ouvriers et de soldats tint sa séance d'ouverture dans la grande salle de réception de l'Institut Smolny qui était auparavant une académie distinguée pour les filles de l'aristocratie tzariste. L'immense salle, pleine de fumée, avec ses colonnes de marbre, ses candélabres blancs, et son parquet incrusté, donnait maintenant asile aux représentants élus des soldats et des ouvriers russes. Sales mal rasés, fatigués, les députés au Congrès, des soldats qui avaient encore de la boue des tranchées sur leur uniforme, des ouvriers en casquette et veste de cuir noir, des marins en jersey rayé et portant le petit béret rond à rubans, écoutaient attentivement les membres du Comité central exécutif qui se présentaient à tour de rôle à la tribune.

Le Congrès dura deux jours. Au soir du deuxième jour, lorsqu'un petit homme courtaud, dans une veste fripée, monta à la tribune, son crâne chauve brillant et un paquet de feuilles de papier à la main, une acclama­tion générale et enthousiaste l'accueillit.

L'acclamation dura plusieurs minutes. Alors, se penchant légèrement en avant, l'orateur dit « Nous allons maintenant aborder la construction de l'ordre socialise ». L'orateur était Lénine.

Le congrès se termina par la formation du premier Gouvernement soviétique, le Conseil des Commissaires du peuple, présidé par Vladimir Illich Lénine.


4. Non reconnaissance.



Le lendemain, l'ambassadeur Francis envoyait à son ami Maddin Summers, consul général américain à Moscou, une note dans laquelle il disait : «On dit que le Soviet des ouvriers et soldats de Pétrograd a constitué un gouvernement sous la présidence de Lénine, Trotski étant ministre des Affaires étrangères, et Madame ou Mademoiselle Kollontaï, ministre de l'Éducation. Dégoûtant ! mais j'espère qu'on fera l'effort nécessaire pour que plus cette situation est ridicule, plus prompt soit le remède ».

A Washington, l'ambassadeur télégraphia qu'à son avis la durée du nouveau régime soviétique n'était qu'une question de jours. Il insistait auprès du Département d'Etat pour qu’on ne reconnut pas le Gouvernement russe, tant que les Bolcheviks n'auraient pas été renversés et remplacés par des « patriotes » russes...

Le même matin, Raymond Robins entrait dans le bureau du colonel Thompson, à la direction de la Croix-Rouge américaine à Pétrograd.

«Mon colonel, dit Robins, nous devons agir vite. L'idée que Kérenski peut rassembler une armée quelque part, que les cosaques vont venir du Don, et les gardes blancs de Finlande, c'est de la folie. Ils n'arriveront jamais jusqu ici. Il y aurait trop de paysans armés sur leur route. Non, ce groupe qui vient d'entrer en-scène à l'Institut Smolny va garder la place pendant un bon bout de temps! »

Robins demanda à son chef l'autorisation de se rendre à Smolny et d'y avoir un entretien avec Lénine. « En majorité, ce sont des gens honnêtes et de valeur », dit Robins en parlant des Bolchéviks. Avant de répondre, Thompson montra à Robins un ordre qu'il venait de recevoir de Washington et qui l'enjoignait de rentrer aux Etats-Unis pour information. Pour ce qui était de lui, il était du même avis que Robins : les Bolchéviks représentaient bien les masses populaires russes et quand il serait en Amérique, il s'efforcerait de convaincre de cela le Département d'Etat. En attendant, Robins, promu au grade de colonel, devenait chef de la mission dé la Croix-Rouge américaine en Russie. Le colonel Thompson serra donc la main de soir ancien adjoint et lui souhaita lionne chance...

Robins ne perdit pas de temps. Il. alla droit à Smolny et demanda à parler à Lénine.

-J'étais pour Kérenski, déclara franchement Robins; mais je constate un décès quand je suis devant un cadavre, et je considère le Gouvernement provisoire comme mort. Je désire savoir si la Croix-Rouge américaine peut être utile au peuple russe sans que cela nuise à nos intérêts nationaux. Je ne suis pas d accord avec votre programme intérieur, mais les affaires intérieures de la Russie ne me concernent pas. Si Kornilov, ou le tsar, ou n'importe qui d'autre était au pouvoir, je lui parlerais de la même façon.

Lénine eut immédiatement de la sympathie pour cet Américain franc et dynamique, et il essaya d'expliquer à Robins les caractéristiques du nouveau régime

-On dit que je suis uni dictateur, déclara. Lénine. Je le suis pour le moment. Je suis un dictateur dans la mesure où je m'appuie sur la volonté des masses ouvrières et paysannes. Si je cessais de faire ce qu'elles veulent, elles me chasseraient du, pouvoir et je serais aussi impuissant que le tsar. En ce qui concerne les aspects économiques du régime soviétique, Lénine poursuivit : « Nous allons lancer un défi au monde en créant une république des travailleurs. N'appartiendront pas aux Soviets ceux qui possèdent des stocks, ceux qui sont propriétaires. Pour y appartenir, il faudra être un travailleur. Le bassin houiller du Donetz sera représenté par des mineurs, les chemins de fer par des cheminots, le service postal par des travailleurs des P.T.T. etc.

Lénine, exposa à Robins un autre paragraphe essentiel du programme bolchévik: la solution de la « question nationale ». Sous le régime tzariste, les innombrables groupes nationaux de la Russie avaient été impitoyablement brimés et transformés en peuples colonisés. « Tout ceci doit changer, dit Lénine. L'antisémitisme et tous les autres préjugés primitifs analogues exploités par le tsarisme pour dresser les divers groupes nationaux les uns contre les autres, doivent être balayés. Toutes les nationalités et minorités nationales de la Russie seront complètement émancipées; elles auront des droits égaux et jouiront d'une autonomie régionale et culturelle». Lénine dit à Robins que l'homme qui aurait à résoudre ce problème complexe et de première importance était un Bolchévik qui faisait autorité en matière de question nationale, joseph Staline3.
Robins demanda à Lénine dans quelle mesure on pouvait compter que la Russie continuerait la guerre contre l'Allemagne.

Lénine répondit en toute franchise que la Russie avait déjà cessé de se battre. La Russie ne pouvait s'opposer à l'Allemagne tant qu'une nouvelle armée, une armée rouge n'aurait pas été constituée. Cela prendrait du temps. Toute la structure pourrie de l’industrie et des transports russes devait être réorganisée de fond et comble.

«Le gouvernement soviétique, poursuivit Lénine, désire être reconnu par les Etats-Unis et recherche leur amitié» . Il n'ignorait pas les préjugés que l'on nourrissait dans les milieux officiels contre son régime et il offrit à Robins plan minimum de collaboration : en échange d’une aide technique fournie par les Américains, le gouvernement soviétique se chargerait de récupérer tout le matériel de guerre du front oriental, sans quoi on n'éviterait pas qu'il tombât entre les mains des Allemands.

Robins fit connaître au général Judson, l'attaché militaire américain qui commandait la mission militaire américain en Russie, les propositions de Lénine, et le général Judson se rendit à Smolny pour mettre au point les détails de l'accord. Judson avait une demande supplémentaire à formuler: les centaines de milliers de prisonniers de guerre allemands entre les mains des Russes ne devaient pas être rapatriés avant la fin de la guerre. Lénine accepta.

Le général Judson informa aussitôt l’ambassadeur Francis qu'il serait de l'intérêt des Etats-Unis de reconnaître le gouvernement soviétique.

« Le gouvernement soviétique est le gouvernement de fait, et il faut entretenir des relations avec lui », dit Judson.

Mais l'ambassadeur avait un autre avis et l'avait déjà fait connaître à Washington.

Quelques jours après, un télégramme du secrétaire d’Etat Lansing indiquait à l'ambassadeur Francis que les représentants des Etats-Unis devaient « suspendre toutes communications directes avec le gouvernement bolchévik ». Le télégramme précisait « Avisez-en Judson ».

Un deuxième télégramme expédié peu après, rappelait le général Judson aux Etats-Unis.

Robins pensa donner sa démission pour protester contre la position du Département d'Etat. A sa surprise, l’ambassadeur Francis lui demanda de rester à son poste et de maintenir ses contacts avec Smolny.

«Je pense qu'il ne serait pas sage, de rompre brusquement, complètement vos relations, c'est-à-dire de cesser vos visites, de même, j'ai besoin de savoir ce qu'ils font et je resterai entre vous et le feu ».

Ce que Robins ne savait pas, c'est que Francis voulait avoir tous les renseignements possibles sur le Gouvernement soviétique pour des raisons particulières, qui lui étaient personnelles.

5. Diplomatie secrète.



Le 2 décembre 1917, l'ambassadeur Francis envoyait à Washington son premier rapport confidentiel sur l'activité du générai Kalédine, ataman des cosaques du Don. Francis qualifiait le général de «commandant en chef des cosaques, au nombre de 200.000 ». Le général Kalédine avait recruté une armée blanche contre-révolutionnaire parmi les cosaques de la Russie méridionale, proclamé « l'indépendance du Don » et se préparait à marcher sur Moscou pour renverser le Gouvernement des Soviets. Des groupes secrets d'officiers tzaristes, à Pétrograd et à Moscou, faisaient de l'espionnage antisoviétique pour Kalédine et conservaient le contact avec l'ambassadeur Francis.

A la demande de Francis, un rapport plus détaillé sur les forces du général Kalédine fut envoyé au Département d'Etat quelques jours plus tard par Maddin Summers, le consul général américain à Moscou. Summers qui avait épousé la fille d'un grand seigneur tzariste, nourrissait contre le régime soviétique des préjugés encore plus violents que l'ambassadeur Francis lui-même.

Selon le rapport de Summers au Département d'Etat, Kalédine avait déjà rallié autour de lui, tous les éléments « loyaux et « honnêtes » de la Russie méridionale.

Le secrétaire d'Etat Lansing télégraphia à l'Ambassade américaine à Londres, pour lui recommander d'accorder secrètement un prêt afin de financer la cause de Kalédine. Ce prêt disait le secrétaire, devait être fait par l'intermédiaire ou du gouvernement anglais ou du gouvernement français.

« Je n'ai pas besoin d'insister auprès de vous, ajoutait Lansing sur la nécessité d'agir vite et d'insister auprès de ceux avec qui vous parlez, sur l'importance qu il y a à ce qu'on ignore que les Etats-Unis montrent de la sympathie pour le mouvement Kalédine, et, encore moins qu'ils l’assistent financièrement ».

On conseilla à l'ambassadeur Francis de faire usage de la plus grande discrétion dans ses rapports avec les agents de Kalédine à Pétrograd, afin de ne pas faire naître les soupçons des Bolchéviks.

Malgré les précautions envisagées, le complot fut découvert par le Gouvernement soviétique, qui se tenait sur des gardes quant à la possibilité d'une intervention des Alliés en Russie. A la mi-décembre, la presse soviétique dénonça l'ambassadeur américain d'avoir secrètement conspire avec Kalédine. Francis nia effrontément con­naître le chef cosaque.

« Je vais faire un communiqué à la presse, télégraphia Francis au secrétaire Lansing le 22 décembre, dans lequel je démentirai en clair, avoir eu connaissance du mouvement Kalédine, ou toutes relations avec lui, en me basant sur vos instructions précises de n'intervenir aucu­nement dans les affaires intérieures et sur le fait que je les ai scrupuleusement observées. »

Isolé par l'hostilité des Alliés, et trop faible pour affronter seul la massive machine de guerre allemande, le Gouvernement soviétique devait se protéger du mieux qu'il pouvait. L'Allemagne constituait la menace la plus immédiate.

Pou sauver la nouvelle Russie et gagner du temps afin de procéder aux réorganisations essentielles et à la constitution d'une armée rouge, Lénine proposa de signer une paix immédiate sur le front occidental.

« Il nous faudra bien conclure une paix de toutes façons, dit Lénine à ses collaborateurs, après avoir brossé un tableau détaillé des conditions désastreuses dans lesquelles se trouvaient les transports, l'industrie et l'armée, Il faut que nous devenions forts et pour cela, il faut du temps... Si les Allemands se mettent à avancer, nous serons obligés d'accepter n' importe quelle paix, une paix qui sera pire alors»
Sur l'insistance de Lénine, une délégation soviétique se rendit en hâte à Brest-Litovsk, où se trouvait le grand quartier général de l'armée allemande de l'Est, pour y apprendre les conditions de paix de l'Allemagne.

Le 23 décembre 1917, le lendemain du jour de la première session des préliminaires de la conférence de paix de Brest-Litovsk, des représentants de la France et de la Grande-Bretagne se réunissaient à Paris et concluaient un accord secret pour le démembrement de la Russie. Cet accord intitulé: «Accord franco-anglais du 23 décembre 1917» définissait les zones d'action françaises et anglaises. Selon ses termes, l'Angleterre recevait une zone d'influence en Russie, comprenant les pétroles du Caucase et le contrôle des provinces baltes; la France, une zone lui donnant le fer et le charbon du bassin du Donetz et le contrôle de la Crimée.

Ce traité secret franco-anglais devait constituer le cadre de la politique que ces deux nations allaient poursuivre à l'égard de la Russie dans les années ultérieures.
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