Cours de sémiotique 1992/1993








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Cours de sémiotique 1992/1993

Michel Balat

(…) 5/01/93.


Rappel sur les trois catégories : la priméité, la secondéité, la tiercéité.

La priméité c’est tout ce que nous rencontrons de manière immédiate, au point que nous ne pouvons même pas parler de rencontre, mais d’une manière d’être là avec la chose même. Ensuite, la secondéité, je vous avais parlé d’une sorte de rencontre brutale, un peu comme un poing qui tape sur la table, qui correspond à la catégorie classique des existants, ou des singuliers. Et enfin, la troisième catégorie, celle de la tiercéité, qui est en somme celle du signe, c’est-à-dire, tout ce qui est là pour autre chose.

Donc trois modes de rencontre du monde. Puis nous avons montré que ces catégories étaient hiérarchisées. La catégorie première se suffisait à elle-même, la catégorie seconde présupposait la première, à savoir que tous les objets de l’univers second doivent nécessairement posséder quelques éléments dans la catégorie première. La catégorie troisième présupposait les deux autres hiérarchiquement. Je vous avais montré comment nous pouvions appliquer cela au signe, en disant que nous rencontrons pleinement le signe, dans la tiercéité. Nous avons vu que dès que nous postulions une chose pareille, cela voulait dire que nous rencontrions le signe comme un interprétant, ce qui présupposait un objet et un représentement, qui était le premier du signe. D’où la définition.

Le signe est une relation triadique entre un premier, le Représentement, un second, l’Objet du signe, et un troisième qui est l’Interprétant proprement dit.

Puis nous avions commencé à regarder d’un peu plus près le signe, et voir s’il n’existait pas différentes catégories de signe. Nous avons appliqué la même méthode à l’analyse du signe lui-même. En considérant le Représentement, nous avons remarqué qu’il pouvait être abordé de trois manières différentes. Soit comme un Ton, dont je vous avais dit que c’était sans doute le Représentement proprement dit, c’est-à-dire celui qui est là le plus naturellement du fait de sa priméité. Soit comme Trace ou Tessère, recevant quelque élément de la catégorie seconde. Soit comme Type, le Représentement troisième par excellence. (D’autres termes pour les désigner : qualisigne, sinsigne, légisigne.) Puis nous avions vu les différentes manières dont se présentait le rapport entre le Représentement et l’Objet (R/O), et nous avions vu qu’il y avait, là aussi, trois types de rapport, centrés autour du plus naturel, l’indice, avec, d’un côté, une icône, que l’indice présuppose le cas échéant, l’icône comme rapport du semblant, et, d’une autre côté, le symbole qui est ce rapport entre le Représentement et l’Objet, revisité par la tiercéité, et j’avais parlé là, d’accrétion.

Aujourd’hui, nous allons voir du côté de l’Interprétant. Que fait l’Interprétant : il dit la même chose que ce que dit le Représentement. Donc un Interprétant, c’est quelque chose qui a le même objet que le R. L’exemple typique étant la traduction. Si je dis « homme » et « man », « man » est un Interprétant ipso facto de « homme », parce qu’il dit la même chose que « homme ».

Si nous appliquons notre trichotomie à l’Interprétant, nous allons nous trouver devant trois éléments, trois classes d’Interprétant :

R R/O I(R/O)

3 Type Symbole ARGUMENT

2 Trace INDICE Proposition

1 TON Icône Rhème

R : Le Type ou Légisigne, la Trace ou Tessère, le Ton ; R/O : le Symbole l’Indice ou l’icône qui sont les 3 types de rapports qu’un signe entretient avec son objet. Puis les nouveaux, l’Argument, la Proposition, dont le nom officiel est le Dicisigne ou signe dicent, qui vient de « dicere », c’est le signe qui dit. Le Rhème, c’est le signe qui ne dit pas.

Le plus authentique des Représentements c’est le Ton, le reste est accrétif ; le plus authentique des rapports R/O est l’Indice, le plus authentique des Interprétants est l’Argument. Gardons les mots avec ce qu’ils peuvent évoquer, mais l’Interprétant quand il vraiment est interprétant, c’est un Argument. Ça c’est pas mal comme idée, car au fond, quand nous ne regardons que l’essence même de l’interprétant, c’est toujours un argument. Ce n’est pas évident à première vue. Prenons l’exemple que je vous donne avec « homme », nous n’avons pas l’impression, là, d’avoir un argument. Et pourtant, il y a bien quelque chose d’argumental là-dedans. Ce n’est pas une simple association d’idée, ça force la conviction. Le seul fait de l’association ne suffit pas à expliquer la force de conviction que peut avoir une traduction. Ce n’est pas associatif. Toutes les personnes qui se sont confrontées à la traduction le savent. Bien sûr, il y a des éléments associatifs, ça évoque, il y a des mots qui arrivent tout de suite, mais quand nous avons trouvé « la bonne traduction », nous nous sentons convaincu. Un peu comme si cela avait la forme d’une hypothèse, qui, comme vous le savez, a une tendance presque naturelle à s’imposer à votre esprit. Voilà ce que ça veut dire. Nous voyons qu’il y a une sorte de processus de nature inférentielle. L’inférence c’est passer d’une prémisse à une conclusion. C’est ça faire une inférence. Prémisse « s’il pleut », conclusion « alors je me mouille ». Inférence vient du latin : « in fero », « je porte dans », et c’est « l’enfer », c’est le même mot. L’enfer et l’inférence proviennent de la même racine, c’est diabolique en quelque sorte ! C’est la diabologique inférentielle ! Ou encore « l’inférence c’est les autres… » enfin, bon ! Là, nous pouvons nous amuser un peu. Il y a quand même quelque chose d’inférentiel, même lorsque nous aurons à faire à une catégorie aussi pauvre, c.-à-d. aussi riche sur le plan interprétant, que l’est celle du Rhème, il faudra toujours garder à l’esprit, qu’il y a quelque chose d’inférentiel.

Donnez-moi une proposition : « j’ai chaud ».

Je est (ayant chaud)

Sujet est prédicat

Au sujet, JE, j’attribue le prédicat, P, ou « S est P », que nous allons écrire :

si S alors P,

S  P

« Si » c’est « je », alors « chaud ». En fait, là où nous avons l’impression d’avoir une affirmation catégorique, nous pouvons toujours la mettre sous une forme hypothétique (vieille histoire de la logique aristotélicienne : les propositions catégoriques et les propositions hypothétiques). « Si c’est je, alors chaud » c’est une proposition hypothétique, « j’ai chaud » c’est une proposition catégorique. Nous voyons bien que sur le plan de l’essence même de la proposition, il n’y a pas de différence entre les deux. Nous voyons qu’il y a quelque chose d’inférentiel : nous posons « S » comme prémisse et nous avons comme conclusion le prédicat. Cela nous montre que la proposition est une forme dégénérée de l’argument. Ce n’est pas un argument plein, mais pourtant cela peut être ramené à la forme d’un argument. Avec l’interprétant nous sommes toujours, plus ou moins, dans le monde de l’argument.

Le Rhème, c’est quoi. En fait c’est quand je dis : « — est P ». Nous ne disons ni quoi, ni qu’est-ce. Nous gardons la structure, c’est un blanc, une place vide, nous pouvons mettre ce que nous voulons : « — est ayant chaud ». Un rhème, ce serait un argument, très paradoxal, dans lequel la prémisse est quelconque. Un argument avec prémisse blanche. C’est tordu d’arriver à dire qu’un tel objet est un argument. Nous sommes aux frontières de ce qui est admissible. Mais, en raisonnant comme ça, nous pouvons arriver à rendre compte du fait que l’argument touche jusqu’au rhème.

Dans le « il fait chaud », nous verrons que le « il » est un indice des conditions de l’émetteur, ou de l’énonciateur, du locuteur, là vous prenez le mot qui vous va bien. C’était très important de vous le dire, ne serait-ce que pour respecter la méthode que j’avais commencée à suivre. Mais il se trouve que là, la méthode consistant à commencer par l’argument serait problématique. Je veux bien essayer de partir de là, mais comme l’argument va nécessiter de grands développements, j’ai peur qu’on se perde un peu. Gardez cette idée, »(Si)— est P ». Voilà l’élément argumental du rhème.

Nous allons commencer par le rhème, c’est plus raisonnable. Le rhème, si je l’oppose à ses prédécesseurs, est quelque chose qui ne dit rien. Si je dis « — est chaud », je ne dis rien. Tant que je n’ai pas de sujet, ça revient à ne rien dire. Nous sommes d’accord ? Non !

— » Chaud » ça un sens.

Bien sûr que « chaud » a un sens. Cela ne veut pas dire que c’est insensé. Ça ne dit rien. Par exemple, « dis-moi de te dire quelque chose ! » Je réponds : « abeugue, débégué, ubugu, chaud froid, clair… » Là, tu devrais me dire : « mais qu’est-ce que tu dis ? ».

— Là j’ai plusieurs sens : « fait chaud ! « 

Attention, si je dis : « fait chaud ! «, c’est la même chose que : « il fait chaud ». C’est une proposition complète. Mais si tu veux absolument éviter les propositions, éviter de proposer quelque chose, éviter des mots-phrases, tu en est réduit à ne rien dire. Nous pouvons énoncer comme ça des choses qui ne disent rien, au sens de dire, au sens de proposer. Nous le verrons sur la nature de la proposition. Mais attention, ce n’est pas parce que je dis une proposition, que, ipso facto, c’est propositionnel, il n’y a pas de signe en soi. Par exemple « reposez armes » ce n’est pas une proposition, bien sûr, les grammairiens vous diront que oui, mais si nous regardons quel est l’effet de ce signe, quel est-il ? C’est de reposer les crosses par terre, c’est le seul effet de ce signe. Donc, de ce point de vue là, ce n’est pas un signe propositionnel. C’est un signe qui est aux frontières du pavlovisme sémiotique. C’est un impératif, c’est réflexe, c’est un ordre. Mais nous pouvons avoir d’autres éléments. L’autre jour nous évoquions avec Gérard Deledalle une conférence qu’il avait organisée sur le Zen, au Japon. Il avait fait venir un moine zen, il l’a enregistré, et me dit-il, « je vous passerai la bande magnétique ». Je lui alors dis que je ne comprenais pas le japonais. « Moi non plus !, mais j’ai tout compris, j’ai entendu les cris les plus impressionnants de ma carrière ». Cet homme poussait des cris, et le public était pris par quelque chose dans ce qu’il « disait ». Nous voyons bien que ce n’était pas formellement propositionnel. Le but était celui d’une recherche tonale, ce n’était pas un but intellectuel, comme celui de la proposition. Nous devons voir les effets du signe pour en déduire sa nature réelle. Donc tout va dépendre de la nature de l’interprétant. Si je dis : « le ciel est bleu » et que mon interprétation soit que le bleu du ciel devienne représentatif du ciel, je vous montrerai que c’est comme ça que fonctionne une proposition. On vous propose en somme un échange : vous, vous avez le ciel, et il vous est proposé de le remplacer par « bleu ». Voilà ce que dit « le ciel est bleu ». Là, je suis déjà en train de faire de l’analyse de la proposition. La proposition est de dire que le prédicat « est bleu », va devenir le signe de ce dont le sujet, le ciel, était un signe.

— » Reposez armes », c’est presque un rhème.

Oui, ce serait dans l’ordre du rhème. « Reposez armes » c’est clairement un impératif. C’est un impératif de réflexe, c’est essayer d’associer des bruits à des actes, directement, sans penser, au point que même quelqu’un qui ne comprendrait pas le Français, pourrait très rapidement être mis au parfum sur la signification réelle de ces borborygmes. Avec l’interprétant nous sommes dans les choses délicates, nous risquons de partir dans tous les sens parce que c’est quelque chose de très vaste. Ce que je vous propose, ce sont quelques garde-fous, nous allons en avoir trois : la forme rhèmatique de l’interprétant, la forme propositionnelle, et la forme argumentale. Nous allons voir chacune des trois.

Le rhème ne dit rien, même si vous n’êtes pas persuadés de ça, ce n’est pas tragique, le tout c’est que vous puissiez accéder à ces idées, et en faire la critique par vous-mêmes. Le rhème se présente comme un signe qui est un interprétant premier, a priori, un interprétant qui, en tant que tel, ne permet pas de savoir de quoi nous parlons. C’est flou. Nous avons plutôt une impression de potentiel. Un grand logicien, Frege, Gottlob, a écrit un livre « Ecrits philosophiques », je ne me souviens pas exactement du titre, dans lequel il étudie ce qu’est une fonction. C’est un texte historique, pour les mathématiciens, c’est un grand texte. C’est le premier qui a évoqué l’idée de fonction insaturée. Insaturée, c’est-à-dire qu’il lui manque quelque chose pour vraiment avoir du corps. La fonction, c’est ça. C’est : f(x). Ce n’est pas une proposition de Frege qui aurait été assez d’accord pour qu’il n’y ait même pas « x », qu’il n’y ait rien, même pas un point : f( ), quelque chose qui serait en attente. Si nous mettons x, nous pouvons avoir l’impression que nous tenons quelque chose, que f(x) c’est quelque chose. La fonction est insaturée, elle va nécessiter des éléments pour venir la compléter. C’est « est P », vous allez trop vite, du calme ! « est chaud »; « est bleu »; mais dites-moi quoi ? Pour le moment nous en restons à « est bleu ». Cette idée d’insaturation est très importante, elle a donné naissance à ce qui, en logique, est appellé maintenant, fonction propositionnelle, c’est très exactement ça. C’est : « — est bleu ». Nous mettons une petite barre devant, car il faut bien mettre quelque chose devant, c’est un vieux problème, un problème de sémiotique, finalement. Pourquoi mettons-nous une barre ? c’est un problème qui s’est posé chez les Assyriens, ce sont eux qui ont inventé le premier « zéro », celui qui n’a servi à rien, car il a fallu attendre le sixième siècle après J.-C., pour avoir enfin un zéro qui serve à quelque chose. A cette époque-là, l’an 2 000 avant J.-C., les gens qui manipulaient l’écriture était une caste, c’étaient les savants et les religieux. Souvent d’ailleurs c’étaient les mêmes. Ils étaient très forts en astronomie et en comptabilité, puisque c’était un peuple de marchands. Ils chiffraient les transactions, on découvre régulièrement des tablettes, même la guerre en Irak n’a pas arrêté les fouilles et les découvertes. Les savants avaient une écriture spéciale pour les nombres, celle en base 60, il leur fallait 60 signes pour arriver jusqu’à 60, après ça allait mieux. Et ils avaient, en même temps inventé la numération de position, celle que nous connaissons. Nous écrivons « 123 » et nous lisons « cent vingt trois ». Ce qui n’a rien à voir avec la numération des latins, puisque « 123 » en Latin c’est « CXXIII ». Ce qui est tout à fait différent, ce n’est pas un problème de position, nous ajoutons la valeur des symboles. Si nous ajoutions la valeur des symboles cela ferait, 1+2+3, cela ferait 6, mais pas 123, d’accord ? Donc la valeur du symbole dépend de sa position dans la série. Ils avaient inventé ça, et nous l’avons perdu, il a fallu attendre 3 000 ans, pour retrouver la numération de position. (2500 ans). Du coup se posait le problème du zéro, car si nous voulons écrire « mille vingt trois », nous écrivons : « 1 » et puis il nous faut écrire un truc pour indiquer qu’à la seconde colonne il n’y a rien. Eux ils mettaient un petit pic, avec ce que nous appelons un « cuneus », un « coin », qui leur permettait de tracer dans l’argile une marque. Ça c’était le zéro.

Mais ils étaient devant un problème, parce que pour eux le zéro c’est lorsqu’il n’y avait rien. Mais quand il n’y avait rien sur plusieurs colonnes, cela posait un problème, car ils maniaient souvent des grands nombres, avec l’astronomie, à ce moment-là, ils mettaient un zéro. On ne savait si cela valait pour une, deux ou trois positions. Cela ne marchait pas très très bien, évidemment, eux, étaient initiés, ils savaient la différence entre un milliard et cent, ils savaient ce qu’ils mesuraient, c’était dans un monde où les signes étaient plus des aide-mémoire, ce n’était pas vraiment la prétention à un symbolisme.

Comme au Moyen Age, les « neumes » en musique. Quand on connaissait la mélodie, on se guidait à l’aide des espaces, c’étaient donc des aide-mémoire, des « notae », et non du symbolisme, comme dans l’écriture musicale qui a été codifiée par la suite. Ils avaient un truc, un pic pour un, deux ou trois zéros et ça ne posait aucun problème. Ils n’avaient aucune conception utilitaire, au sens du calcul, de ce zéro. C’est pour ça que j’ai dit que ce n’était pas un vrai zéro.

C’est le même problème avec le « est P ». Que je vous dise aussi que parfois, ils écartaient légèrement les deux chiffres, pour noter qu’il manque quelque chose de plus, pour dire qu’il n’y a rien dans cette autre colonne. Mais là aussi, c’est un peu compliqué, quel est le degré d’écartement ? il aurait fallu codifier. Car cela n’était pas vraiment un code, il aurait fallu faire comprendre à l’autre ce que ça représente. Dans la mesure où il y avait une connivence, le code pouvait être extrêmement variable, nous voyions à peu près ce que ça voulait dire. C’étaient des points de repère pour des gens qui savaient. Car même dans le cas de la comptabilité, on connaissait l’ordre de grandeur, comme par exemple, sur certains marchés arabes, la méthode dite de la couverture, où l’on compte sur phalanges, grâce au système d’opposition des doigts, si l’on compte, cela fait douze. Nous avons douze phalanges, le compte à base douze existe dans les sociétés agricoles, la douzaine, la grosse, etc. ce sont des choses que nous connaissons. Donc au cours de la transaction, le marchand et l’acheteur se prenaient la main, qu’ils recouvraient d’une couverture, et se faisaient des propositions sur phalanges. Là, l’ordre de grandeur était connu, ils ne se trompaient pas. Ils rentraient dans les détails des chiffres significatifs. L’avantage de ce truc-là, c’est que personne ne le voyait. Si jamais la transaction ne se faisait pas, on passait au suivant… Maintenant nous perdons tout ça, nous ne faisons plus de transactions, vous avez les soldes, c’est 20% et pas 25% et c’est tout. Les prix sont fixés.

L’ordre de grandeur était connu, même dans le cas des comptables. Il y avait deux numérations, la numération savante, celle de position en base 60, et la numération vulgaire, comme très souvent dans les sociétés hyperhiérarchisées, très religieuses, il y avait la numération bonne pour les hautes sphères de la société et puis l’autre. Ce qui fait que dès que les sociétés ont connu les premières révolutions, transformations, la numération s’est perdue puisqu’elle était à l’usage d’une caste d’initiés. Nous pouvons comprendre que la numération babylonienne ait disparu, alors que l’autre a persisté par contamination auprès d’autres peuples. Toutes ces numérations qui ont existé comme savantes, n’ont pas survécu aux transformations sociales. Notez bien que pour faire passer une numération de l’état de savante à populaire, ça été une grande histoire. Je ne sais pas pourquoi, je vous parle de tout ça, mais cela doit avoir un sens… Vous savez qu’il a fallu plusieurs centaines d’années pour imposer la numération de position, ne serait-ce qu’en Europe ! A l’époque, nous avons des lettres, un riche marchand allemand écrivait à un des ses cousins en Italie, et lui demandait de recevoir son fils pour qu’il apprenne la division, parce que, disait-il, en Allemagne on apprend très bien l’addition, mais il n’y a pas de bon professeur pour la division. Il y avait des divisions sur table à calculs, qui étaient très difficiles, sur des abaques. Pour simplifier, pas de problème, sur les abaques, ils apprenaient l’addition et la multiplication en Allemagne directement, mais si nous voulions apprendre la division, il fallait aller en Italie. Il paraît qu’en France, la multiplication était très bien enseignée. Ce qui a changé tout ça, c’est l’introduction de la numération de position, car la différence que nous pouvons faire entre la numération habituelle et la numération de position, est que dans la numération de position nous pouvons calculer avec les symboles. Nous additionnons des chiffres, tandis qu’avec l’autre, nous ne pouvons rien faire avec les symboles qui sont de purs aide-mémoire. Tout ceci est resté dans l’histoire sous le nom de la querelle entre les Algoristes et les Abacistes, ce ne sont pas des partis politiques mais presque, les Abacistes étaient les partisans de l’abaque, les Algoristes les partisans du calcul symbolique, avec les chiffres, ça vient de « Al Khovarizmi » qui était le fondateur de l’algèbre. Au Moyen Age, ils donnaient des noms baroques aux philosophes et mathématiciens arabes, ils l’appelaient « Algorismus », ce pauvre Al Khovarizmi, d’où ce qu’on connaît maintenant sous le nom d’algoritme, une procédure.

En partant comme ça dans tous les sens, je ne sais pas si tout ça est très utile, mais ça vous montre que tous ces problèmes de notation sont réels. Si je ne mets rien devant « est P », qu’est-ce que ça veut dire ? il faut donc que je mette quelque chose qui s’efface, qui ne prenne pas de consistance, qui n’indique rien, simplement qui se contente d’indiquer une place. C’est très important, c’est la fonction-place. Le rhème promeut l’idée même d’une fonction-place. Donc nous le mettons avec une petite barre : « — est P ». Quelque chose peut arriver à la place de la petite barre horizontale qui est là, et nous dirons que notre rhème sera saturé, et un rhème saturé c’est une proposition.

Nous pourrions dire que là, au fond, c’est une proposition incomplète, mais ça ne va pas très bien, parce qu’il pourrait manquer le prédicat, comme dans « il fait — », ce n’est pas dans ce sens-là. Par contre il vaut mieux dire rhème saturé. Là c’est beaucoup plus clair. Et saturé par quoi, là nous en parlerons quand nous aborderons la question de la proposition.

Ce que je fais là, c’est reprendre des vieilles histoires, je reprends la grammaire. Avec les classes de signes, avec les indices, avec les icônes, je vous ai déjà donné le nom de cette activité, qui est ce que nous appelons la grammaire spéculative. Tout ce qui s’occupe des conditions mêmes du matériel signifiant. Si maintenant nous essayons de regarder d’où viennent ces histoires de rhème, cela provient d’un vieux terme de logique, qui est le terme de prédicat. C’est « pre-dicere », nous sommes pas dans le « dicere », nous allons y arriver. Le prédicat a donné le nom de « predicamentum », qui est la traduction latine du terme grec « catégorie ». Les catégories, sont des catégories de prédicat. Le rhème c’est, dans la logique traditionnelle, ce que l’on appelle le prédicat. Ça peut être aussi ce que nous appelons le terme. Mais il faut faire très attention, car dans la catégorie du terme en logique, il y a le nom. Si je dis « S est P », j’ai deux termes, « S » et « P », or ils ne jouent pas le même rôle. L’un est sujet, l’autre est prédicat. Donc à la place de terme, il vaudra mieux employer celui de prédicat, ou, mieux encore, le terme de rhème qui est encore plus clair. Existe-t-il un rapport entre le terme et le rhème ?

Nous pourrions considérer le « S » aussi comme un prédicat.

Le ciel est bleu, quelque chose est le ciel, est bleu.

J’ai chaud, quelque chose est je, est ayant chaud.

Nous retrouvons la catégorie du terme et sa relation profonde avec le rhème, puisque tout terme peut être rhèmatisé. Ce qui nous fait perdre nos habitudes grammairiennes classiques, parce que si vous dites : « quelque chose est le ciel et est bleu », je ne suis pas sûr que vous soyez compris tout de suite. Là nous avons la structure sous-jacente d’une proposition quelconque du type « S est P ». Il y a une relation étroite entre la notion de terme et la notion de rhème, sans avoir à passer par le prédicat. Vous ne ferez jamais admettre à un grammairien ou logicien classique, que « ciel » soit un prédicat, il vous dira non, c’est un sujet, et il aura raison. Par contre vous voyez que c’est fondamentalement un rhème, ce qui me permet de le convaincre ensuite, que ça peut être prédicatif.

« Si S alors P » ce n’est pas la même chose que « si P alors S ». Ça peut se voir de la manière suivante, « si x est S », alors x est P ». Voilà la forme que j’utilise. Ça ne veut pas dire que « si x et P, alors x est S ». Parce que si ça a chaud, ce n’est pas nécessairement je. Il y en a d’autres qui ont chaud. Donc nous ne pouvons pas dire « si P, alors S ». Si c’est Alfred, alors il a chaud. D’où, si x est Alfred, x a chaud, mais si x a chaud ça ne veut pas dire que x est Alfred. Si je prends une proposition particulière, je ne peux pas l’inverser de n’importe quelle manière. Si c’est je, alors il a chaud, mais s’il a chaud, ce n’est pas nécessairement je. Maintenant si nous généralisons à outrance, il y a quelque S qui est P, alors si c’est P, ce sera peut-être quelque S, mais cela peut être encore d’autres que ceux auxquels j’ai pensé. Actuellement il y a d’autres gens qui ont chaud, ceux qui habitent au Brésil.

Il fait très chaud, ici, je peux ouvrir ? Si nous passons de « je a chaud », à « je a froid », on le dira. Ce sur quoi je veux faire porter l’attention, c’est que nous sommes autour de la question des premiers termes, des termes du langage, mais faites bien attention à ceci, c’est que la forme exprimée c’est « — est P », et sans doute il est vrai que c’est bien comme ça que tout interprétant fonctionne à minima. La chose que nous faisons à minima, quand nous interprétons, c’est au moins de fixer un prédicat, de dire : « — est ça ». Si je dis « le ciel est bleu », c’est très pratique car nous sommes devant des choses élémentaires. Nous savons bien que pour nous, le ciel, c’est bleu. Ce qui se présente pour nous c’est que le bleu, représente le ciel. Nous sommes devant le processus interprétatif minimal qui est celui qui vient fixer des prédicats comme signes de sujet. C’est une substitution. Le rhème, son but, quand il sera dans une proposition, ce sera de se substituer au sujet de la proposition. C’est pour ça que Frege l’a appelé, une fonction propositionnelle. Mais pour que cela ait une fonction pleine, pour être activement une proposition, il faut le saturer, lui donner quelque os à ronger.

Quand je vous dis, c’est une fonction propositionnelle, je vous donne l’élément qui est le plus lié au langage. Or, comme vous le savez, la sémiotique ne se contente pas d’examiner les questions du langage. Le seul fait que nous puissions imaginer que des traces sont des signes nous sort du langage. Il nous faut, donc, une définition du rhème qui ne soit pas strictement langagière, comme par exemple, le rhème c’est le prédicat. J’aurais trop attiré sur le caractère langagier de la chose. Et c’est précisément pour cela que nous utilisons ces termes un peu tordus, comme « rhème », « dicisigne » et « argument ». Seul l’argument sera préservé, car étant troisième, il est clairement en langage, mais le premier, le rhème, peut-être pouvons-nous en avoir une conception qui ne soit pas, comme ça, brutalement, en langage. C’est-à-dire, un élément premier qui va nous permettre de considérer que quel que soit le représentement que j’aie à ma disposition, il sera interprété par, j’ose à peine le dire, une icône. C’est ça le rhème, c’est l’icône, mais une icône « ouverte » par le marque-place. Exemple : quelqu’un vous fait une démonstration complexe, — je me souviens, quand j’étais mathématicien, j’avais suivi un cours, qui durait toute une année, pour démontrer un théorème, le théorème du zéro de Hilbert, à la fin, qu’est-ce qu’attendait de nous le professeur, il attendait que nous disions, c’est lumineux. Lumineux, c’est un rhème. Et pourtant Dieu sait si c’est un signe complexe ! C’est le coup d’alea jacta est, l’autre se fend d’une proposition, et le type crève, il se noie, (il paraît que le Rubicon n’est pas très profond), c’est le premier mort de la guerre, il interprète alea jacta est, pour lui le sort en était réellement jeté, définitivement. C’est un interprétant, je n’oserai pas dire que c’est rhématique, mais c’est rhématoïde, c’est comme « lumineux ». Ce qui arrive souvent, c’est que la seule chose qui va vous rester d’une situation complexe, c’est un résumé tout simple, là un mot, « lumineux », ou bien un impression. Nous pouvons dire que là, nous sommes dans le rhème. Je vous rappelle ce que je vous ai dit sur l’icône, de son objet, elle s’en fout. Le rhème ça pourrait dire beaucoup de chose et ça ne dit rien en même temps. Comme « oh ! Je pourrais vous en dire ! » et nous en restons là, c’est la menace rhématique. Une impression peut être un rhème, vous écoutez un morceau de musique, c’est un rhème. Mais cela ne signifie pas que toute sensation soit un rhème, ni que tout rhème soit une sensation, mais nous pouvons mettre, parmi les rhèmes, selon les circonstances, une sensation. Nous pouvons dire que pour l’aveugle qui associe au coup de trompette la couleur rouge, c’est un rhème, quand il entend le coup de trompette, il voit rouge, si je puis dire. Le matériel rhématique est notre premier potentiel interprétant. Parfois, cela ne nécessite même pas d’être complété. Le rhème se suffit à lui-même. Nous, au fond, c’est à peu près comme ça que nous fonctionnons.

Avez-vous lu Aristote ? Nous comprenons que ce type ait tenu 2 500 ans, il a fait quelque chose de solide. Lorsque j’avais lu « l’Ethique à Nicomaque » j’avais été pris d’un enthousiasme délirant pour ce livre, quelques temps après je parlais avec mon frère, je lui dis, « je viens de lire un livre, c’est vraiment extraordinaire ! » Alors me dit-il « qu’est-ce qu’il soutient comme idée ? « Ma réponse : … ?» Donc pour vous dire que ces sortes de résumés, c’est un peu pour mémoire. Ça c’est un rhème, nous sommes à peine dans le cadre propositionnel. Ce qui reste c’est une impression d’enthousiasme. Dire des mots, ce serait trop.

— Et le rêve ?

Le rêve est rhématique. C’est une rhèmerie…Avez-vous rhèmé cette nuit ? Ça fait partie de ces éléments qui peuvent très bien clôturer une enquête sémiosique. Ce qui ne veut pas dire que toute enquête sémiosique se conclut par un rhème, parfois, ça se conclut par une proposition, ou par un argument. Mais nous pouvons considérer qu’il y a une bonne part de nos enquêtes sémiotiques qui se concluent par des rhèmes, ce qui est une manière de les suspendre. Nous pouvons la reprendre. Les enquêtes non conclues, pour solde de tout compte, utiliseront un rhème. Peut-être le processus du refoulement marche comme ça. Le refoulement c’est un rhème. C’est bien une situation complexe, un système de rhèmes, qui vient suspendre l’enquête. Par contre quand nous concluons par une proposition, nous avons beaucoup plus l’impression d’être dans une approche de saisie du monde. La proposition c’est donc, « le ciel est bleu ». Nous y sommes arrivé, enfin, nous en sommes convaincu. C’est fait, c’est quelque chose qui s’inscrit comme une proposition, mais pas simplement comme un rhème, même si cette proposition à son tour peut être interprétée, mais ça c’est autre chose. Nous voyons bien qu’il peut y avoir des conclusions. Ce que nous appellerons le pragmatisme, ce sera précisément cette capacité à pouvoir définir certains noyaux propositionnels. Ça ne tourne pas autour des rhèmes car le rhème oublie la dimension d’attribution, c’est de l’attribution sans sujet, c’est très embêtant, nous ne pouvons pas en rester là.

Nous sommes au niveau des interprétants, au fond, le rhème c’est ce qui va interpréter le rapport R/O, comme une priméité. Ce qui ne veut pas dire que ce soit une priméité, c’est là que nous voyons que c’est non conclu, si ce n’est pas une priméité, il y aura encore du travail à faire pour avancer. C’est une « stase », la stase rhématique.

Je pense qu’il est temps que je vous donne les définitions des deux autres niveaux. Le rhème c’est ce qui interprète le rapport R/O comme une priméité. Le dicisigne ou proposition, c’est ce qui interprète le rapport R/O comme une secondéité. L’argument, comme une tiercéité. Ce que ça veut dire, je le dirai dans chacun des chapitre. Pour le rhème, vous commencez à voir, c’est pour ça que je vous ai parlé d’icône. Nous allons voir, un autre problème, celui de la structure de ce tableau.

R R/O I(R/O)

3 Type Symbole Argument 333

2 Trace Indice Dicisigne 222

1 Ton Icône Rhème 111

Nous avons d’une part, le 3 qui présuppose le 2, qui présuppose le 1. Qu’est-ce que cela nous donne, a priori, dans le tableau ? Je pourrais avoir un signe dont le Représentement soit un Type, le R/O soit indiciaire, et l’Interprétant soit dicent. Je dispose de 3 termes, donc je peux les combiner. Je prends autrement : j’ai un I(R/O) qui est un dicisigne, je remonte, quel est le R/O ? ça peut être soit un symbole, soit un indice, soit une icône. Je suppose que c’est l’icône. Je remonte : une icône présuppose un R, qui est soit un type, soit une trace, soit un ton. Je suppose que c’est un type. Donc je pourrais avoir un signe qui se présente à moi comme un type iconique dicent (nous verrons qu’en fait ce n’est pas possible). C’est de la combinatoire toute simple. Chacun présuppose le précédent.

Si je prends un ton, est-ce qu’il peut être engagé dans un symbole, dans un indice ou dans une icône ? Qu’est-ce que ça veut dire ? Rappelez-vous de ce que j’avais dit pour l’indice, pour qui il fallait qu’il y ait quelque secondéité dans le R/O. Pour l’indice, il fallait au moins avoir une trace. Au-dessous, c’est foutu, je ne peux pas. Le type, oui, puisqu’il présuppose des traces. Donc, un ton ne peut être associé qu’à une icône. Une icône, est-ce que ça peut être un argument, un dicisigne ou un rhème. Même chose, l’icône c’est quelque chose qui est premier. Donc le premier ne peut pas être lu comme un argument, ce n’est pas possible. L’icône ne peut être que rhématique. Donc le ton ne peut être que iconique et rhématique. Nous ne pouvons pas faire mieux avec le ton. Je ne peux pas monter.

Maintenant si je m’élève un peu au-dessus. Au niveau de la trace : je peux avoir un indice, mais je peux dégénérer une trace, une tessère peut très bien être iconique. L’indice, lui, peut être un dicisigne ou un rhème. Le type peut être un symbole, un indice ou une icône. Le symbole peut être un argument, un dicisigne ou un rhème. Voilà ce jeu de flèches qui est celui des présuppositions.

L’argument peut provenir de quoi ? Il présuppose un R/O mais qui est nécessairement un symbole, et le symbole ne peut provenir que d’un type. L’argument ne peut être qu’un type symbolique argumental. Le ton ne peut être qu’un ton iconique rhèmatique. Après nous faisons des combinaisons, nous allons les détailler.

333 argument : type symbolique argumental. Le dicisigne peut provenir d’un symbole et d’un type : 332, type symbolique dicent. Type symbolique ce n’est pas la peine puisque le symbole est toujours un type. Donc nous dirons : symbole dicent qui est la proposition. Nous pouvons avoir aussi le type indiciaire dicent : 322. Le type symbolique rhématique : 331 ou symbole rhématique. Le type indiciaire rhématique : 321. Le type iconique : 311. Nous pouvons avoir, la trace indiciaire dicente : 222. Maintenant nous sommes obligé de descendre et de passer au rhème, par tout ce qui se termine par 1. Nous aurons la trace indiciaire rhématique : 221. La trace iconique : 211. Et enfin le ton : 111.

333

332

331 322

321 222

311 221

211

111

Avec les présuppositions nous avons pu faire ce tableau qui se nomme : le treillis des classes de signe forgé par Robert Marty, enseignant à l’Université de Perpignan.

Donc voilà ce tableau complexe, qui est le mouvement entre le ton et l’argument, avec tout ce système qui a son intérêt propre et qui, à mon sens reste encore insuffisamment exploité dans la littérature sémiotique. Cela peut paraître paradoxal, mais j’ai vu beaucoup d’utilisation de ce tableau dans la littérature, uniquement pour des raisons de classification. Alors que nous voyons bien que ce tableau a une autre profondeur que celle de la classification, puisqu’il établit des relations internes entre les signes.

Pour le contenu.

L’argument, c’est le syllogisme. Le symbole dicent, c’est la proposition : « le ciel est bleu ». Le symbole rhématique ce sera l’équivalent du terme logique : un mot. Le type indiciaire dicent, donc un type c’est-à-dire quasi-langagier, indiciaire, doit avoir, eu égard à son objet un rapport existentiel, il faut qu’il soit dicent, c’est-à-dire que ce soit du genre propositionnel. Là, il y a une différence entre le symbole dicent et le type indiciaire dicent, nous passons du symbole à l’indice, l’image la plus classique du type indiciaire dicent c’est : un panneau, ou un tableau portant le nom de la personne qui est peinte : c’est indiciaire, c’est un type puisque c’est un nom, c’est dicent parce que le personnage représenté est celui dont le nom est marqué en bas. Ça fonctionne exactement comme une proposition, dont le sujet est le nom qui est inscrit dessous, exemple, la statue de Hyacinthe Rigaud, avec le nom inscrit sur la stèle, est un type indiciaire dicent, pourquoi, c’est un type parce qu’il y a le nom de Rigaud dedans, c’est dicent car le nom de Rigaud est le sujet, et toute la statue dit que c’est la même chose que le sujet, donc nous sommes dans la structure du dicisigne, indiciaire parce que le nom est collé sur la statue, sans quoi cela ne marcherait pas. Le type indiciaire rhématique c’est physiquement le « ça », c’est un type, c’est indiciaire parce que j’ai absolument besoin de la situation, c’est rhématique parce que c’est un terme, ce n’est pas une proposition. Je ne propose rien en disant « ça », je me contente d’attirer l’attention sur… C’est un type qui attire l’attention sur son objet de manière immédiate, il ne dit rien sur l’objet, simplement qu’il est là, il indique. La trace indiciaire dicente, la photo, mais c’est surtout l’indice de l’enquête policière, les indices de Sherlock Holmes sont des traces indiciaires dicentes, elles disent quelque chose. Le type iconique : l’onomatopée, le diagramme. La trace indiciaire rhématique, par exemple la courbe de température, ne dit rien, on lui fait dire de l’extérieur, on rajoute quelque chose pour pouvoir l’assimiler, la signature de quelqu’un, c’est rhématique, c’est une trace, nous ne pouvons pas dire que c’est quelque chose du langage, c’est indiciaire, il était là, il a écrit, c’est lui. La trace iconique, un dessin. Le ton c’est n’importe quoi, c’est-à-dire l’essentiel de ce à quoi nous pouvons accéder, mais c’est toujours là. Quel que soit le signe que vous preniez, il présuppose toujours un ton, et toujours une trace iconique. Ce serait intéressant de se pencher sur la trace iconique pour voir quelque chose de plus.
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