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le stade fusionnel: 1+1=1, où on n'est pas dégagé de l'autre, où on est l'un dans l'autre, où on ne fait pas de distinction entre moi, mon monde interne et mon monde externe. Il n'y a aucune différenciation, c'est un paradis, un nirvana, une fusion, un infini, où on se trouverait dans une sensation sans limites.


  • La relation duelle: 1+1=2, qui peut être mise en place à partir de l'expérience du miroir. Je me vois dans le miroir. Cette expérience est intéressante dans la construction et l'émergence d'une identité, d'un langage, "je suis, je me vois", dans la mesure où elle passe des étapes ontologiquement intéressantes.

Quand on met un bébé devant le miroir, comme l'a fait Wallon, il réagit comme un animal, c'est-à-dire qu'il essaie d'attraper l'autre bébé qu'il voit dans le miroir. Il fait la même chose quand il voit quelqu'un. Il essaie de nous agripper, surtout dans les yeux. Cette activité est double. La première est d'aller toucher l'autre pour avoir un contact, une limite, pour sentir si c'est encore eux ou si c'est l'autre. En même temps, ils se dirigent vers les yeux, qui sont attirants, car ce sont des trous. Les enfants doivent mettrent leurs doigts dans tous les trous, et tout d'abord ceux de leur propres trous.
L'attirance du trou, de la béance correspond au fantasme originaire, d'emboîtement,

d'aller vers le trou, le vide, l'absence, la castration, là où il n'y a rien, ce qui inquiète.
En se développant, le bébé va développer des conduites qui vont dans le même sens, mais qui deviennent intelligibles et intelligentes, c'est à dire qu'il va aller voir derrière le miroir parce qu'il croit qu'il y a un obstacle qui empêche de prendre cet objet, mais que cet objet est quand même là. Dans sa construction, l'enfant a appris à appréhender l'objet.

C'est la mère de l'enfant, "suffisamment bonne", qui est capable de contenir, de soutenir, de mettre en dynamique et de présenter l'enfant (faire rencontrer à l'enfant les objets du monde extérieur). Grâce à cela, l'enfant va aller vers l'objet, le plus souvent le poing fermé, en l'ouvrant quand il touche l'objet. Selon Vigotzki, avant qu'il y ait un schème mental, il y a toujours un schème moteur. Il y a toujours quelque chose de l'ordre du perceptivo-sensori-moteur qui précède l'organisation d'un schème mental, intérieur. Le premier acte intellectuel de l'enfant sera d'appréhender ce qui va se passer.
Dans un deuxième temps, plutôt que d'aller vers l'objet le poing fermé, il va y aller en ouvrant la main. Il a intégré quelque chose qu'il pourra remettre en phase dans sa démarche intelligente.
Ensuite, l'enfant se rend compte que dans le miroir, ce n'est pas un objet, mais ça devient un reflet, un double, qui n'est pas encore lui. C'est l'expérience de l'inquiétante étrangeté. On voit quelque chose qu'on sait être un reflet, mais qu'on ne sait pas encore que c'est notre reflet. Pour que l'enfant puisse se voir comme lui-même dans le miroir, il doit avoir une représentation correcte de lui-même, qui se fait grâce à l'expérience du miroir.
Pour le bébé, il y a une représentation de soi qui n'est pas encore disponible à se reconnaître dans une image de soi. Une image de soi est typiquement quelque chose d'interne et d'externe. On a une représentation interne, qui est aussi externe. Pour accéder à cette représentation en miroir, il faut pouvoir faire une différence entre l'interne et l'externe. Ici, l'enfant se rend compte que c'est un miroir. Il y fait des grimaces, etc. Il active son image, sans savoir que c'est lui. C'est à ce moment-là que l'adulte accompagne ce jeu.
Dans un troisième temps, l'enfant va se rendre compte que c'est lui qui est l'image dans le miroir. En effet, l'adulte qui l'accompagne exerce avec lui une double fonction du miroir: "je te regarde, et on se regarde". Une représentation spéculaire de lui-même se met en place. Il peut s'approprier une image de lui qui n'est plus externe, mais qu'il va pouvoir intérioriser parce qu'il a été aidé en cela par un adulte, dans la relation, qui lui a permis de se voir dans le rapport à l'autre, dans la physionomie de l'autre, dans le visage de l'autre, dans son regard, comme il se voit dans le miroir.
Il y a là la mise en place d'une image spéculaire de soi, l'émergence du "je", dans le sens de "je me vois".


  • l'oedipianisation: 1+1=3: c'est tout ce qui est à la base de la capacité de s'identifier symboliquement en tant qu'être différent, et aussi d'avoir, de cette différence, quelque chose qui peut se diversifier symboliquement. Voir que je suis différent de l'objet, c'est une manière de me décaler. Pouvoir à ce moment-là, diversifier cette différence (je suis différent parce que je suis une femme et que c'est un homme, parce que je suis blanche, intelligente, etc.), amener une diversité de registres symboliques, qui s'organisent à partir de la différence symbolique sexuelle, va permettre à l'individu d'identifier les modes à travers lesquels il peut se vivre différent de l'autre. Cette oedipianisation permet de se séparer du 1+1=1, qui se rapproche du vécu intra-utérin.



  1. La normalité


La mise en place de la construction de l'objet et de la construction du lien, le clinicien va tenter, à partir d'un moment et d'un lieu privilégiés, de permettre à des individus en difficulté de construction d'objet, de vécu de lien, de venir expérimenter quelque chose qui leur permettra de reprendre, de remettre en scène des choses qui semblaient toujours se répéter sur le même mode, totalement inefficace, inadéquat quant aux questions simples de ce qu'il en est de vivre bien dans le monde social, à savoir la capacité de s'adapter à la réalité extérieure (d'appréhender, de se représenter, de percevoir correctement les objets du monde extérieur, et les fonctions qui les lient entre eux) biologiquement et psychiquement. C'est tout l'apprentissage que les enfants font grâce à leurs parents ('ne touche pas ça, ça brûle, mon chéri').

C'est l'apprentissage des limites, où on se confronte aux règles de survie dans le monde extérieur. On apprend à s'adapter, ce n'est pas inné. La mère suffisamment bonne est celle qui est capable de penser les besoins, les désirs de son enfant, et de même imaginer pour lui, en lui donnant la possibilité d'une pensée divergente, associative, créatrice.
Il y a aussi l'intégration, qui est différente de l'adaptation. S'intégrer, c'est s'intégrer à des règles symboliques d'un mode de vie. Ce n'est plus seulement la réalité qui est en question, mais c'est le lien, le rapport, ce qui organise ces liens. Ce sont tous les phénomènes symboliques qui constituent, organisent une culture, et qui font que, pour vivre dans cette culture, il faut connaître un minimum de règles grâce auxquelles on peut être accepté, dans lesquelles on peut être reconnu, et pas rejeté. L'intégration est la capacité à se faire reconnaître, accepter à partir de son identité symbolique. Pour entrer dans un groupe, il faut passer certaines épreuves symboliques (ex: payer sa cotisation).
La troisième dimension d'"être normal" est l'autonomie, la créativité, qui permet de prendre son indépendance. C'est aussi une capacité de normalité. Elle rejoint le processus qui va guider la réflexion sur la construction de l'objet et du lien; c'est-à-dire ce paradoxe de l'identité, être même et différent, pouvoir s'accrocher à quelque chose qui nous fait nous sentir comme proche de quelqu'un d'autre, à appartenir, même physiquement à quelqu'un (ex: les couples qui doivent toujours s'agripper). Dans certaines relations, on a tendance à revenir à une relation de lien, qui peut aller jusqu'à la fusion, comme par exemple dans le contact sexuel, où on ne sait plus où on est, lorsque l'on a la sensation que les corps, emboîtés ne font plus qu'un. Il y a toujours le retour vers "qu'est-ce que je fais là? Dans quoi je me suis engagé ?". L'autre devient un autre.
La scène de la conception manque à l'homme, même si l'accouchement est filmé etc. , ça reste une représentation externe. Une photo de soi, petit, ça ne nous donne pas une représentation interne de nous petit. C'est pour retrouver l'image manquante que nous copulons, grandissons, nous représentons.
Réfléchir sur la normalité et sur la pathologie nous aide, en tant que clinicien, à comprendre les choses.

La mère suffisamment bonne doit offrir du lien à son enfant, mais elle doit aussi penser la rupture, elle doit apprendre à laisser son enfant. Les mères "toxiques" sont des mères fusionnelles, polluantes. On peut être polluant par l'absence. Un mère qui n'est jamais là va laisser son enfant dans des difficultés qui, éventuellement seront prises en charge par d'autres. L'enfant doit se sentir important, mais il doit faire la différence entre "je suis important" et "je suis essentiel".
Il y a d'autres types de mères polluantes, par exemple, la mère qui prend l'enfant pour elle. Elle sera tantôt totalement présente, de façon intense (tu es mon sang, tu es ma vie, tu es ma chair, tu es moi!)et tantôt elle sera totalement absente, et l'enfant sera laissé parce qu'autre chose de "plus important" va occuper la mère.
Ces mères créent des ruptures violentes, dans lesquelles l'enfant aura des difficultés à construire son identité au sens d'une permanence, de trouver dans le temps quelque chose qui lui donne le sentiment d'exister. Quand sa mère fait attention à lui, il existe passivement, en tant que prolongement matriciel de l'autre qui lui dit avec toute sa verve et sa chaleur: "tu es moi, tu es ma chair", etc. et qui, à la seconde d'après disparaît, "tu n'es plus rien". On retrouve ces éléments dans la notion d'emprise, que l'on retrouve chez les pervers, les psychopathes, les pédophiles, c'est-à-dire des personnages qui utiliseront, dans un projet d'emprise, l'autre. Pour ces gens, une relation d'emprise est une relation dans laquelle l'objet ne sert jamais qu'à ce qu'on veut, l'autre n'a pas de place, en dehors de ce à quoi il doit servir au moment où l'autre l'investit.
Ces mères qui partent et qui reviennent créent des formes de relations d'emprise très particulières, car tout à coup, elles créent un vide, ce qui peut provoquer de l'autisme. Chez les personnalités "borderline", "bordure", l'objet de ces personnalités est tout ou rien. Ces personnes investissent des objets, qui doivent remplir massivement quelque chose. Si les objets ne le font pas, ils ne sont rien. Avec une mère totalement présente ou absente, ce qui manque, c'est une expérience de séparation, qui permet à l'enfant de se dire "elle est là, mais elle peut repartir, et quand elle est partie, elle peut revenir", or, dans ses premières expériences, il ne vit pas de séparation, de possibilité quelconque pour l'enfant d'élaborer la séparation. C'est plus une dimension de rupture. C'est comme dans certaines relations amoureuses, où la personne est là, et du jour au lendemain s'en va, sans explications.
La séparation permet de ne pas vivre dans une complète dépendance par rapport à l'autre, d'être autonome. Si on ne peut pas se séparer, on vit totalement en dépendance de la présence hyper-gratifiante ou de l'absence de l'autre, qui nous renvoie au vide de notre intériorité. L'enjeu de cela est que dans la construction de notre épaisseur psychique, si on ne peut pas vivre la séparation de "moi" face au "non-moi", de telle sorte que notre intériorité puisse se représenter l'autre absent, l'autre ne sera jamais qu'un objet réel et rien d'autre. Il ne sera pas étayé, porté par des représentations.
La chanson qui dit "je t'aime encore plus quand tu n'es pas là", correspond au fait que quand l'autre n'est pas là, on peut l'imaginer absent, on peut se faire des fantasmes à son sujet, etc. que l'on n'est pas forcé de vivre dans la réalité, et heureusement, car sinon, l'autre deviendrait un objet faisant partie d'une relation d'emprise par le fantasme. Le pervers ne sait pas s'arrêter dans la mise en actes d'un fantasme. Il voit une femme qui passe, il la sélectionne, et ils ne savent pas s'arrêter, et doivent accomplir leur "tâche", de viol, de violence, etc. c'est comme si il avait un fantasme en tête, mais qu'il n'avait aucun pouvoir de l'arrêter, de le contrôler.


Ce fantasme, nous l'avons tous, quand nous voulons séduire quelqu'un. C'est un fantasme proche du viol: "je voudrais me la faire". Mais dans la mise en actes, on ne va pas aller trouer dans la réalité, comme le pervers.

Au contraire, on va se dire "cette fille me plaît, ce garçon est chouette" etc. la mise en acte va alors être d'abord infantile: on revient à un exercice de plaisir à l'autre qui ne sera pas tout de suite génital. On va aller manger ensemble (sexualité infantile sur le mode oral), on va lui parler, le faire rire. On met en scène, dans le comportement, une série de fantasmes que l'on a eu l'occasion de préparer, pour les transformer.
L'épaisseur psychique permet cette souplesse de pensée, qui permet de transformer ses fantasmes. Si on est dans l'emprise, dans la fusion, on n'aura pas cette capacité de vivre et de prendre autant (si pas plus ) de plaisir intérieurement avec ce qui va se passer. Si on réfléchit à ce qu'est le rapport sexuel, c'est quelque chose de court, indépendamment des prémisses (qui sont une sexualité infantile agile). Autant la bouche et la génitalité sont des éléments largement acceptés sexuellement, autant l'anus est assez absent dans les prémisses sexuelles. On propose à l'autre de manger ensemble, de baiser ensemble, mais pas de chier ensemble. Par contre, au sens sublimatoire, l'analité est toujours présente dans le rapport sexuel.
Le fait de retenir le plaisir, de ne pas être éjaculateur précoce (au sens propre et figuré) est de l'analité, c'est une forme de rétention: ne pas donner ou se donner le plaisir tout de suite. Les prémisses, en soi, c'est mettre en place un processus de rétention, qui peut aller jusqu'à la rétention totale ("non, pas ce soir").
C'est aussi ça, la séparation: pouvoir postposer dans le temps quelque chose qui est de l'ordre du plaisir. Cette attitude peut mener à la dérive qui consiste à ne vivre le plaisir que dans le refus, la rétention: ne jamais pouvoir donner, ne jamais pouvoir se laisser aller à…
Dans le lien amoureux, il y a une réactualisation dans la vie interne, de quelque chose qui ne correspond pas forcément à une mise en actes des choses. Sur les scènes des théâtres intérieurs, il y a diverses façons de vivre les choses, d'y goûter, de prendre du plaisir au sens de l'intériorité, et éventuellement de faire partager ces choses. C'est difficile, dans une relation amoureuse, où la relation passe d'une relation purement sexuelle à une relation totale, au sens de l'amour, de partager son intériorité. Dans le rapport sexuel, on est poussé à la régression, à la sensorialité. C'est difficile de décrire ce qu'est la jouissance, le plaisir orgasmique, de le décrire, de mettre des mots dessus. En général, c'est quelque chose de sensoriel, ou au contraire, fantasmatique, alimenté d'images. Certains ont aussi des supports d'images (ex: les enfants qui vont acheter des magazines porno).
La pornographie n’est jamais qu’une image du rapport sexuel. C’est toujours la même scène répétée plusieurs fois. Il n’y a aucune mise en scène, d’expression de désir, ou de fantasme. C’est de la chair à sexe. C’est une image qui vient en aplat, et c’est risqué. En effet, les enfants n’ont pas la capacité nécessaire de faire la différence entre interne et externe, ni de construire leur propre fantasme sur leur corps sexué. Tout à coup, ils voient en aplat une image qui dit ‘ça, c’est la sexualité’, alors que le pornographique, c’est tout sauf de la sexualité, au sens des psychologues. C’est du biologique, de l’organique, avec éventuellement un minimum de fonctionnalité.
Le pornographique nous donne à voir ce qui devrait rester un mystère, c’est-à-dire la première fois. C’est comme si, tout à coup, ils nous dévoilait le fantasme originaire, une image de ce qu’est le rapport sexuel. Or, le rapport sexuel est une expérience physique, mais surtout mentale.
Cette notion de la ‘première fois’ est typiquement cette mise en accord, et éventuellement en rupture, entre :


  • Le vécu d’un corps auquel on accepte de s’abandonner, un corps autre, auquel on accepte aussi éventuellement de s’abandonner (ce qui n’est pas toujours évident)




  • Toute une série de pensées, de fantasmes, d’imaginaires, qu’on s’autorise à avoir à ce moment-là.


C’est une mise en accord d’une vie psychique, d’une sexualité psychique, avec un corps qui s’autorise, qui s’abandonne, qui s’approprie quelque chose qui est de l’ordre de l’accès au plaisir à travers l’orgasme. Certains auteurs de psychologie font de l’orgasmolatrie : ils idolâtrent l’orgasme. C’est une forme de fantasme de penser que le rapport sexuel doit déboucher sur l’orgasme. Ceci rend abscons toute tentative d’éducation sexuelle, car on ne peut fournir aux autres qu’une image idéale de la sexualité. Ce qu’il faudrait, c’est de pouvoir mettre une parole sur le rapport sexuel. C’est pour ça qu’il faut lire, car ça force à se représenter, ce qui n’est pas possible avec les films porno.
Ce qui est important, c’est le lieu privilégié, où, dans un lien singulier, que quelque chose de l’ordre de l’intériorité va pouvoir se mettre ou se remettre à fonctionner. Dans un lieu clinique, on va juste aider, soit en étant metteur en scène adjoint, scénariste adjoint, acteur dans la pièce, éclairagiste.

On va servir d’étayage pour l’autre, non pas dans la réalité (on ne va pas utiliser, comme certains le préconisent, de techniques pratiques, comme pour combattre l’éjaculation précoce), mais il faut laisser la réalité venir aux gens, il faut les laisser s’autoriser leur réalité, sinon, c’est une réalité qui leur est imposée, et qui va de nouveau faillir.
Ça peut aussi devenir des idéalités, qui vont, intérieurement les bloquer, les inhiber, ou les mettre en fascination. Il faut leur permettre, par étayage, en s’appuyant, en se relayant, en se médiatisant dans ce qu’ils vont vivre de lien avec nous, de relancer leur intériorité, de faire en sorte qu’ils puissent reprendre en charge de metteur en scène, acteur, etc. leurs propres désirs, leur propre vie, pour qu’ils puissent après s’autoriser la mise en œuvre de leurs désirs, dès lors qu’ils rencontreront quelqu’un qui acceptera de jouer le rôle dans la réalité, d’une part de leur pièce de théâtre avec eux. On ne trouve jamais quelqu’un qui joue toute la pièce avec nous (c’est le compagnon idéal).
Il faut accepter de ne jouer que des parts de pièces avec les autres. Sa pièce à soi, on ne sait jamais la jouer toute entière dans la vie, il y a toujours quelque chose qui ne va pas. Par exemple, on n’arrive pas à jouer le troisième acte parce qu’il manque un acteur, etc. On jouera intérieurement, et on continuera éventuellement à le faire. Certaines personnes passent toute leur vie à ne vivre qu’intérieurement. Ce n’est pas pour autant qu’ils vivent mal, et qu’ils ne s’intègrent pas.
La clinique que nous allons aborder est une clinique qui va venir dans la foulée de tout ça.


  1. Réflexion sur l'examen psychologique


On peut schématiser cet examen comme ceci :




A B


B vient rencontrer A. Le rectangle représente la relation AB, c’est-à-dire la relation clinique. Dans un premier temps, c’est B qui vient vers A (les psychologues ne se promènent pas dans la rue en criant « psychologue clinicien ! » pour recruter des clients). Il n’y a pas d’intrusion, de démarche du psychologue pour aller vers le patient de façon directe. De façon indirecte, on peut trouver des publicités sur des cliniques, etc.

Une relation clinique, c’est d’abord une notion de cadre, et ensuite, une notion de contrat. On va établir un contrat, on va même l’expliciter (nous allons nous voir trois fois, pour voir ce qui ne va pas, nous réfléchirons à tout cela, etc.).



  1. Le cadre


Il est schématisé par le carré de la relation AB. Il se traduit dans trois dimensions dont nous avons déjà parlé en théories de la personnalité :


  • le réel

  • le symbolique

  • l’imaginaire


C’est l’apport d’un premier niveau d’analyse sur la question de, quand on aborde quelque chose, quels sont les espaces (au sens métaphoriques) qui sont concernés.


  • Le cadre dans la réalité


Le lieu où on reçoit les gens est un lieu de réalité, qui n’est pas anodin. Est-ce un petit lieu confiné, où on sera rapproché ? Est-ce un grand espace, où l’espace prendra une dimension où la relation créera problème ? Y a t’il des chaises, des fauteuils, des divans, des bureaux, des objets particuliers, des images aux murs ?
La réalité du cadre n’est absolument pas anodine. Cela étant, la règle que l’on donne est que, quelle que soit cette réalité, il faut qu’elle reste plus ou moins fixée. Un bureau de psychologue n’est pas un bureau qui est revu toutes les semaines par un architecte d’intérieur qui rénove des choses, met des couleurs différentes etc. Il serait inutile de concevoir l’architecture d’intérieur et l’habillement d’un bureau de psychologue, car, quoi que l’on fasse, on va toujours en perturber certains et en faciliter d’autres.
Il n’en reste pas moins que cette réalité est présente, parce que c’est dans un cadre de réalité que l’on va travailler. La règle à suivre, dès lors que l’on passe à une clinique axée sur la psychothérapie, sera de fixer le mieux possible cette réalité. Il faut que l’individu se trouve dans quelque chose d’habituel. Cette réalité est un élément important pour la personne qui suit la thérapie. Certains sont terriblement attachés à des objets. Si des choses venaient à disparaître, ça les perturberait, et éventuellement, ils en parleraient à leur thérapeute.
On peut travailler avec tout. Néanmoins, il faudrait éviter d’y mettre des choses trop personnelles. Par exemple, la photo de sa femme en maillot de bains, et les enfants dans la baignoire, peut être perturbant pour quelqu’un qui vient de perdre ses enfants. Dans la clinique, il faut éviter de mettre trop de son identité personnelle.


  • Le caractère symbolique du cadre


Le cadre est intégré à une symbolique sociale. C’est un circuit de centre de santé, un circuit psychiatrique, privé. Certaines personnes refuseraient de consulter un psychiatre dans un hôpital psychiatrique, parce qu’elles ne voudraient pas être considérées comme folles. Déjà, le nom « centre de santé mentale » perturbe certaines personnes. Avant, ça s’appelait « hygiène mentale ».
La symbolique particulière et principale, c’est la symbolique « psy ». Le poids symbolique du psy a de l’importance. Pour certains, « aller chez le psy » est quelque chose d’inquiétant, ou au contraire, quelque chose de pervers, dont ils deviennent dépendants.



  • La force imaginaire du cadre


C’est la notion de « l’objet imaginaire », dont Winnicott parle beaucoup. C’est la représentation subjective d’une thérapie. Avant même qu’on l’ait vu, qu’on ait vu la réalité de ce psychologue, on se l’est représenté. On a alimenté des représentations, et aussi des fantasmes (qu’est-ce que je vais faire avec lui ? qu’est-ce que je vais lui dire ? est-ce qu’il est beau ? est-ce qu’il fume ? est-ce qu’il sent mauvais ? est-ce qu’il a des tics ?).
On a aussi déjà vu des psychologues, on en a des représentations sociales qui viennent alimenter cette symbolique, et cet imaginaire. La confrontation à la réalité, la première rencontre est toujours importante. C’est la confrontation de tout ce qu’on a dans la tête avec un objet, une personne qui est là.
Le cadre se situe donc dans ces trois espaces. Il ne faut pas hésiter à poser des questions à ce sujet au patient (ex:  comment vous représentiez-vous cette thérapie ? comment envisagiez-vous la psychologie ?). Cette demande leur apprend à pouvoir parler de beaucoup de choses.
En effet, une des consignes (qui est une injonction paradoxale la plupart du temps) qu’on donne est « dites le plus librement possible tout ce qui vous vient à l’esprit », c’est-à-dire éviter ces défenses premières qui nous poussent à ne pas vouloir parler de telle ou telle chose. Or, donner une consigne comme celle-là peut braquer le patient (qu’est-ce qu’il veut me faire dire ?).
Le psychologue doit assumer une double position. Il doit être à la fois pénétrant et pénétré. Le fantasme sexuel de la relation clinique est évident. On est pénétré parce que quelqu’un vient chez nous pour nous dire « il faut que vous fassiez ceci », ou, au contraire, « j’attends ceci », ou encore « je ne sais rien faire ». Cette personne va éventuellement attendre d’être pénétrée, c’est à dire qu’elle va se mettre dans une position (homosexuelle) passive. On a l’impression qu’il nous présente son anus pour qu’on le pénètre, pour le faire jouir enfin, pour l’asticoter, pour le faire bouillir, sauter, éclater. La relation clinique est toujours dans cette notion du fantasme renversé. Poser une question indiscrète à quelqu’un, c’est pénétrer son univers intérieur, c’est oser aller chercher chez quelqu’un quelque chose dont il a peut-être toujours voulu parler, mais dont il ne voudra pas parler parce qu’il a peur d’on ne sait quoi. C’est un fantasme qu’il a. Il faut toujours savoir ce qu’on est en train de faire avec la personne, et surtout, ce que la personne fait avec nous.

La plupart des gens n’aiment pas le premier contact avec leur psychanalyste parce qu’il ne dit rien. « j’ai payé 10 000 balles et il ne dit rien ! » : ces 10 000 francs étaient peut-être importants pour la personne, de pouvoir vivre un moment son intériorité, plutôt que de vivre dans la communication. La capacité de vivre seul avec sa vie pulsionnelle avec quelqu’un est assez difficile. C’est tellement facile d’échanger (ex : sms), plutôt que d’intérioriser (je vais la voir bientôt…).
L’apprentissage d’une relation clinique est de pouvoir être, une ou deux fois par semaine, avec quelqu’un qui ne dit rien. Ce plaisir ne vient pas du fait que dans la vie courante, cette personne est toujours avec des gens qui disent beaucoup, mais parce qu’il ne s’autorise pas à avoir ce temps de l’intériorité, comme si sa vie intérieure ne pouvait pas être investie, comme si elle était quelque chose de l’ordre du refoulement, du déni (ça ne peut pas intéresser les gens, ce que je pense).
Dans notre société de consommation, on est de moins en moins capables de se retrouver avec notre intériorité. Pourquoi est-ce si difficile de faire lire les gens ? parce que la lecture, c’est quelque chose dans laquelle il faut intérioriser. Quand on n’intériorise pas ce qu’on lit, on ne comprend pas ce qu’on lit. Investir un objet-texte, c’est un travail permanent de représentation. C’est, à partir d’un mot, se représenter ce à quoi le mot renvoie.

C’est pour cela que la poésie est hermétique pour certains. En effet, chez certains, ce travail est multiphasique, polyforme (un mot peut avoir plusieurs sens). Quand on regarde des images, ce n’est pas la même chose. L’image nous donne l’image, la représentation. Tout ce que l’on fait en regardant des images, c’est voir que ce n’est pas la même chose que la dernière fois. On fait de la comparaison, mais pas de la créativité. Quand on lit, notre intériorité doit créer. De ce texte, il faut en retirer quelque chose : des images mentales, des souvenirs, des associations.
Pour certains individus, le fait de parler est, en soi, thérapeutique. C’est un lieu, un temps dans lesquels ils peuvent enfin exister, alors qu’à d’autres moments ils n’ont pas cette impression d’exister, mais simplement de fonctionner, d’être pris dans quelque chose, voire même dans une relation d’emprise, où on dit toujours ce qu’il faut faire. Certains enfants ne savent rien faire car leurs parents leur disent toujours ce qu’ils doivent faire, et toute leur vie est compartimentée, mise en tiroir. Dans ce temps, l’imaginaire peut tout à coup être réinvesti. C’est l’effet thérapeutique d’une prison. C’est l’enfermement, c’est à dire l’enfer qui ment, c’est le fait de mettre quelqu’un dans un cadre tel que la seule ressource qu’il a, en dehors de se taper la tête contre les murs, de prendre de la drogue, de se battre, de dormir, est de réinvestir son intérieur, mais pas seulement au sens d’un examen de conscience.

Ça correspond au carcéral, qui est le lieu des moines, de la retraite, de l’examen de conscience, le lieu où on pense, où on crée le savoir. Le savoir se crée dans un minimum de calme, de non-pollution.
Le cadre, c’est aussi ce qui est de l’ordre de la relation. Le lien est un cadre de travail, c’est un cadre possible de l’émergence d’une réalité psychique qui va s’interroger, s’analyser, se transformer, produire du changement, revoir les choses différemment, s’appuyer sur d’autres conceptions que celles dans lesquelles le psychisme était aliéné avant.


  1. Le contrat


C’est une notion proche du cadre, au sens symbolique. Le contrat, c’est une expression de la symbolique du cadre, c’est prendre acte à deux d’un engagement mutuel à entreprendre quelque chose, à engager un processus, une relation privilégiée. Pourquoi une relation privilégiée ? Car elle sera artificielle. Ce n’est pas une rencontre. C’est construire une relation qui n’est pas virtuelle, mais qui n’est pas naturelle, mais construite, pour créer ce lieu, dès le moment où on n’aura plus à s’interroger sur pourquoi nous là, puisqu’on va établir le fait que c’est nous, là, moi psychologue, toi patient, ici.
Ce qu’on va mettre en place dans le contrat est de se dire « quel est le cadre dans lequel on va travailler cela, et sous quel mode de contrat ? ». On établit un contrat de fréquence, d’horaires, de lieu, etc. A certains moments, les patients vont attaquer le cadre, le contrat (ils ne viendront pas aux séances, ils en payeront pas, ils arriveront en retard, ils s’enfuiront avant la fin, ils pisseront sur la porte, écriront ‘sale con’ dessus, etc.). Ils n’attaquent pas la personne elle-même.
Ce que l’on va préciser là-dedans, c’est la manière dont cette relation, tout en n’étant pas une relation naturelle, va devenir tellement artificielle, que forcément on pourra y travailler quelque chose de fondamental. C’est le paradoxe du contrat et du cadre. C’est se dire, je suis en train de construire quelque chose d’expérimental sans faire d’expérience, mais en mettant en place un possible relationnel qui va dépendre de ce que les individus vont y amener, mais qui ne dépendra pas ni du cadre, ni des objets, ni de la volonté d’un autre. Le psychologue aura, à un certain moment, à dire, à rappeler le cadre et le contrat. Dans certaines prises en charge, notamment pour les adolescents, il faut avoir un cadre et un contrat souples, pour permettre au sujet de vivre ses mouvements d’attaque, de destruction du cadre. Pour pouvoir construire son identité, il pense qu’il doit tuer, démolir quelque chose. Donc, il faut être parfois souple, mais on ne peut jamais se départir de penser le cadre et le contrat.

Ce qui est clair, c’est qu’il doit être énoncer le plus explicitement et clairement possible, sans rien oublier, y compris à propos de l’argent.
En payant, le patient se dédouane de tout dû psychique à l’autre. il peut mettre son dû psychique dans le relationnel, dans la conflictualité, dans l’élaboration, dans la déconstruction, mais il ne doit rien au psychologue, il ne se sent pas redevable. Cette notion n’est néanmoins jamais atteinte, et des gens offrent des cadeaux à leur psychologue.
Quand quelqu’un traite son thérapeute de salaud, ce n’est pas la personne qu’il vise, mais bien le cadre et le contrat. Le thérapeute est utilisé à toutes les sauces, c’est un écran de projection, de transfert, et rien d’autre. A partir de quelque chose qui se passe dans la relation, l’individu projette sur le thérapeute des images, des représentations, des imagos de son passé, qui correspondent à la manière dont il a vécu dans son passé les relations dont il est capable de vivre, et qu’il va venir reproduire avec le thérapeute. C’est à celui-ci, au delà de ses mouvements contre-transférentiels (identifier : qu’est-ce que ça me fait, qu’il m’insulte ?), de pouvoir analyser le sens de l’insulte, de l’attaque envers le cadre.
On est ici dans des jeux d’empathie. Le concept d’empathie, en psychologie, ce n’est rien d’autre que la capacité que l’on a de ressentir des choses comme si on était à la place de l’autre, comme si on était dans l’autre. C’est une perspective proche de la fusion. L’origine de l’empathie est l’identification projective. C’est, en étant capable de projeter son identification sur l’autre et de s’identifier à l’autre que l’empathie se constitue, et qu’elle peut éventuellement devenir un outil de travail. Cela étant, trop d’empathie va faire qu’on n’aura plus de distance de séparation, de distance suffisante que pour pouvoir gérer des mouvements transférentiels du sujet. Le transfert des gens est surtout décrit à partir de son propre contre-transfert.
La notion de cadre et de contrat nous montrent qu’il est nécessaire de préciser ces choses-là au départ, pour circonscrire ce que va devenir la relation clinique. On va mettre en place un mode de travail dans lequel le clinicien va pouvoir exercer son travail, c’est-à-dire qu’il va pouvoir observer l’autre, échanger avec l’autre, et qu’il va pouvoir introduire un objet test, médiateur, à propos duquel l’autre va devoir réagir, le décalant un peut d’une relation directe, mais sans s’en décolle complètement, et qui va permettre au psychologue de mieux comprendre, mais pas seulement au sens d’un savoir, mais au travers d’une démarche qui va permettre, dans cet espace à l’autre, de commencer à retravailler des choses, et à réengager l’investissement de ses capacités psychiques pour pouvoir entamer des démarches, des processus de changement.
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