Début juillet, j'entamai la deuxième partie de mon séjour. A cette date, je pouvais déjà établir un bilan d'étape








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Début juillet, j'entamai la deuxième partie de mon séjour. A cette date, je pouvais déjà établir un bilan d'étape.
L'administration et la comptabilité étaient désormais en ordre. Tout était, à ce titre, devenu conforme à la réglementation. Comptabilité finances et matières, tenue des registres, des pièces comptables et justificatives, respect des procédures financières et administratives, gestion du personnel militaire, avances de soldes... tout celà baignait dans l'huile et je n'avais plus qu'à assumer les tâches de surveillance traditionnelles.
Le mess mixte fonctionnait bien. Le circuit de ravitaillement en denrées était au point et donnait satisfaction. La qualité des repas était unanimement appréciée, les coûts maîtrisés. Le mess avait été réaménagé en self-service et la fluidité des repas en avait été améliorée. C'était l'oeuvre de Rousselot, car, au départ, je n'étais pas convaincu du bien-fondé de la chose, mais il était sûr de lui, je lui avais fait confiance et il avait très bien réussi son affaire. Les casses-croûte étaient servis à toute heure, de même que les repas du personnel d'astreinte ou travaillant en horaires décalés. Les Rosières entraient enfin en service et les questions de sécurité étaient derrière nous.












Après des débuts difficiles dus aux problèmes logistiques et de transport, les magasins (habillement et matériel commissariat) étaient très correctement dotés et organisés, le personnel avait construit des systèmes de rangement à partir des ressources locales, les inventaires étaient à jour, le matériel réformé selon les règles, les magasins biens tenus.



L'agence postale fonctionnait 7 jours sur 7 à la satisfaction générale.
Tout ceci pouvait être, à cette date, considéré comme définitivement en place et les améliorations à apporter ne concernaient que les détails.
Ceci était pour moi un point très important : c'était in extenso la feuille de route qui m'avait été donnée à mon départ par le commissariat, et répondait aux ordres du Comelef. Ces résultats qui justifiaient de méthodes jugées parfois peu orthodoxes par l'administration centrale, donnaient une légitimité à ce que je souhaitais entreprendre et me conféraient un grand degré de liberté pour agir alors que je ne manquais pas d'idées ni d'objectifs. Dans mon commandement, je me sentais à l'aise dans un cadre suffisamment large qui, grâce à la distance et aux communications malaisées avec Paris, me laissait toute latitude quant aux moyens et méthodes à mettre en oeuvre. Du côté du commandement de l'opération, je me savais soutenu car je rendais compte de tout ce que j'entreprenais, ce qui était indispensable et m'assurait la tranquillité d'esprit nécessaire. J'avais également pris l'habitude de faire remettre personnellement au Directeur central, chaque mois, par l'intermédiaire d'un de mes officiers en fin de séjour, une lettre manuscrite qui faisait le point de la situation et de mon action. Cette méthode inusuelle m'assurait d'être compris sans intervention d'intermédiaires, car je n'étais pas naïf ni inconscient au point de ne pas m'être rendu compte que j'irritais quelque peu certains de mes correspondants métropolitains. Lorsqu'à mon retour, je fus reçu par le Général, cette manière de procéder ne fut pas critiquée.
Un autre point mérite d'être souligné : à cette époque, compte tenu de la brièveté des séjours, brièveté qui ne s'appliquait pas à mon cas personnel puisque je ne devais être relevé qu'en septembre, je me trouvais être, avec mon camarade Dugénie l'officier le plus ancien sur le site. Cette position d'« ancien », la connaissance du terrain, l'expérience acquise, confortées par le fait que l'administration et la logistique étaient désormais solidement établies ce qui me déchargeait des soucis immédiats, me conféraient, sans méconnaître évidemment ma subordination au commandement, l'autorité et la liberté d'action indispensables. Le fait que, parmi les adjoints directs du Comelef, je me trouvais être l'officier le moins ancien dans le grade le moins élevé et qui eut certainement été dans l'armée de terre un obstacle dirimant à l'exercice commode de mes fonctions ne l'était aucunement dans l'armée de l'air où bien souvent la fonction prime le grade. Je bénéficiais enfin, vis à vis des responsables des autres armes, de l'ombre portée du Comelef et de son autorité qui étaient grandes.
Pour les deux mois et demi qui me restaient, je m'étais donc fixé un certain nombre d'objectifs. Au cours d'une conversation, le Colonel Pissochet m'avait dit que, contrairement aux opérations précédentes qui s'étaient toutes terminées au bout de quelques mois, nous allions très probablement rester au Tchad plusieurs années et que l'opération présente constituait la première étape d'un redéploiement des troupes positionnées en Afrique. Il fallait en tirer les conclusions et nos installations devaient être adaptées en conséquence. On peut camper quelques mois, il faut construire pour durer.
Mon action devait donc nettement s'orienter sur le long terme. Il est évident que la rotation du personnel allait se ralentir et les séjours s'allonger. L'amélioration des conditions de vie devenait donc un axe majeur de notre tâche. Bien sûr, nous avions déjà commencé, mais il fallait maintenant accélérer.
Au point de vue des équipements, il fallait doter chaque élément d'unité de matériels dits « de confort » qui, sous ces climats, devenaient obligatoires dès lors qu'on dépassait une certaine durée de séjour.. Nous mîmes rapidement au point, avec chaque chef de service un plan d'équipement de toutes les unités élémentaires en réfrigérateurs, fontaines réfrigérantes et machines à glaçon en tenant compte des urgences. Cela représentait plusieurs dizaines de pièces de chaque type. Il nous fallait également créer un foyer ou plutôt magasin d'achats pour les denrées indispensables qu'on ne pouvait pas trouver sur place (produits de toilette, gel douche, lames de rasoir, piles électriques, pellicules photos, barres chocolatées, chewing-gum, biscuits, stylo billes, papier à lettre, lacets de chaussures...etc) enfin, tout ce qui permet de mener une vie qui se rapproche des standards métropolitains. Cela supposait la création d'un magasin, un plan de ravitaillement et surtout la mise au point d'une structure administrative qui lui permettrait de fonctionner de manière sûre et irréprochable. Pour les logements, il fallait également prévoir de les aménager de manière plus aboutie, les doter d'un mobilier plus abondant et moins rustique, penser à loger les cadres supérieurs de manière plus organisée dans une maison à l'extérieur du site, et penser à généraliser la climatisation en tous lieux. Il fallait enfin penser également aux installations de loisirs.

Nous avions déjà commencé. Courant mai, Fontarnoux m'avait avisé de l'arrivée par Transall d'une douzaine de cartons contenant des livres. Il y avait des romans, des biographies, des policiers, des bandes dessinées, des récits de voyages... Aucune explication n'accompagnait cet envoi, mais je compris immédiatement, pour bien le connaître, qu'il s'agissait là d'un magnifique cadeau du Commissaire Général Estrangin qui savait bien que l'homme ne vit pas seulement de pain. La semaine suivante, nous reçûmes un nouvel arrivage. Il devenait alors possible de créer une petite bibliothèque. Lorsque je leur communiquai mes intentions, mes officiers m'exposèrent que nous ne disposions pas des moyens en personnel pour la faire fonctionner, pour tenir les registres et suivre les prêts. Je rétorquai qu'il nous suffisait de mettre les livres à disposition du personnel en un lieu de passage où chacun pourrait les prendre et les rapporter sans formalité aucune, par exemple au magasin d'habillement. Aussitôt, je me vis opposer les principes réglementaires, à quoi je répliquai que s'il était bon d'avoir des principes solides, c'était surtout pour que, dans certaines circonstances, on puisse s'asseoir dessus. Malgré les objections, je persistai dans ma décision et je crois bien que ce fut la seule fois de tout mon séjour que je passai outre à l'opposition unanime de mes adjoints. J'annonçai au rapport d'Epervier que nous venions de créer une bibliothèque, que les emprunts se feraient sans formalité aucune au magasin d'habillement, qu'ils seraient limités à un livre par personne et par emprunt. Je demandai aux commandants d'unité d'en informer leur personnel en leur précisant que nous étions également preneurs de tous les livres apportés par les militaires, livres qu'ils étaient invités à donner à la bibliothèque à leur départ ou lorsqu'ils les auraient lus, de manière à ce que nous puissions étoffer notre fonds bien modeste pour l'instant. Le succès fut immédiat. Dès le lendemain nous étions dévalisés, mais, ô surprise, nous fûmes aussi submergés par le don de dizaines de bouquins de tous styles. Notre bibliothèque se compléta rapidement. Très vite, nous eûmes plusieurs centaines de volumes. Je fus surpris par l'éclectisme ainsi révélé: cela allait de la bande dessinée à l'anthologie de la poésie grecque de Brasillach. Il y avait donc, au milieu de nulle part, quelqu'un qui lisait Ménandre, les pastorales de Longus et, par-delà vingt-cinq siècles communiait aux mêmes émotions... Il y eut peut-être quelques livres qui ne furent pas rendus. Pour autant, un livre n'est jamais perdu, il continue son voyage... Au final, tout au long de mon séjour, la bibliothèque ne cessa de s'étoffer, ouvrant ainsi à tous des portes sur le monde, sur la beauté, sur l'histoire, sur la poésie et en définitive sur la seule chose qui vaille, c'est à dire l'Homme lui-même.
Lorsque j'avais envoyé Escorihuela à Paris pour négocier la mise en fabrication des armoires type épervier, je lui avais demandé de profiter de l'occasion pour remercier le commissaire Général Estrangin de l'envoi des livres et l'informer du succès que remportait notre bibliothèque, ce qu'il fit. Emporté par son élan, il ajouta qu'il ne nous manquait plus maintenant que le matériel nécessaire pour monter un cinéma de plein air. A sa grande surprise, le Directeur Régional acquiesça immédiatement et le chargea d'acheter, sur le budget de la réserve régionale, l'appareil adéquat. Il revint donc quelques jours plus tard non seulement avec le prototype de l'armoire réalisé par l'ERCA d'Evreux mais aussi avec un projecteur vidéo professionnel tritubes BARCO, le nec plus ultra en la matière. Nous installâmes un écran de 4x3 fabriqué sur place devant le magasin d'habillement avec des bancs et, en moins d'une semaine, le cinéma était créé. Chaque soir, nous projetions le journal télévisé de la veille (les bandes étaient apportées par les équipages du Cotam) et un film. Les rencontres de la coupe du monde de football furent projetées avec un retard de un à deux jours, mais le succès fut considérable. Des boissons fraîches étaient à disposition des spectateurs dans une glacière.
Le commandant de base, le Colonel André Chauvie, grand marcheur devant l'Eternel et arpenteur des chemins de Saint Jacques, toujours d'humeur égale et pince sans rire impénitent, était responsable de l'instruction commando lorsque j'étais poussin à Salon. Lors d'un saut en parachute, une erreur de largage avait contraint la moitié de la promo à se poser hors des limites de la base. Par chance, en tractionnant comme un malade, j'avais pu atterrir juste du bon côté du grillage, à proximité du capitaine Chauvie qui nous attendait au sol, et j'avais eu droit à cette remarque : « Vous avez de la chance, quelques mètres de moins, et je vous mettais un motif pour être sorti de la base sans autorisation » Je l'avais retrouvé, égal à lui-même, à N'Djamena. La création du cinéma fut pour lui l'occasion d'une autre remarque amusée : il me fit observer avec un sourire que les bancs étaient inconfortables, qu'il manquait les ouvreuses, les esquimaux et le pop-corn, mais, comme toujours, il serait indulgent avec les commissaires. Sur le même ton, je le remerciai : « Mon Colonel est longanime : sa bonté le perdra ».
Les rapports que j'entretenais avec l'administration tchadienne (finances, douanes, administration militaire) étaient bons. J'avais été aidé en cela par le directeur de la banque des états d'Afrique Centrale, un français expatrié auprès de qui Minnegheer m'avait introduit et qui, à l'occasion d'une réception qu'il avait organisée chez lui, m'avait présenté au gratin francophile de la haute administration tchadienne. J'avais cultivé ces relations et m'en étais bien trouvé. J'avais notamment fait la connaissance du Président de la société nationale Coton Tchad qui avait bien connu le Commissaire Général Jourdren dont il gardait un excellent souvenir. Il avait été auparavant ministre des finances, et sa propre épouse, qui était médecin, se trouvait être l'actuelle ministre de la Santé. Ce couple sympathique et cultivé (ils avaient tous deux fait leurs études en France) m'avait adopté, décidé qu'il fallait nous tutoyer et nous appeler par nos prénoms. Ils passaient parfois chez moi le soir pour discuter autour d'une boisson originaire d'Ecosse (ils étaient tous deux protestants). Chaque fois que nous nous rencontrions, son épouse ministre prénommée Ruth m'embrassait sur les deux joues, ce qui surprenait toujours un peu les français civils et militaires présents, surtout lorsque cela se passait dans une cérémonie officielle comme par exemple la prise d'armes du 14 juillet où elle trouva tout à fait normal de quitter la tribune officielle pour venir m'embrasser alors que je me trouvais dans le dispositif militaire à la tête de mon unité. Cela me valut quelques remarques humoristiques le soir au rapport d'Epervier et des sourires pleins de sous-entendus de la part de mes subordonnés.
Une question s'était posée à propos des pots de vin exigés par des fonctionnaires tchadiens avec qui nous étions en relation. La chose n'était pas très fréquente, mais le cas se produisait parfois. Le plus souvent il s'agissait de fonctionnaires d'autorité qui nous faisaient clairement comprendre que sans gratification, le dossier que nous souhaitions voir avancer ou la demande que nous voulions voir aboutir n'auraient aucune chance. Les choses étaient présentées de manière habile, comme une participation aux frais induits par nos demandes. Ce fut le cas notamment pour obtenir un texte dérogatoire qui permettait d'importer les vivres frais ravitaillés par avion en franchise de droits de douanes, ou le raccordement de lignes téléphoniques à un central tchadien déjà saturé. Dans ces deux cas, il fallut payer, et bien entendu justifier du paiement. Après négociation, toujours conduite par mon adjoint, j'exigeais une facture en bonne et due forme. L'habitude devait être établie depuis longtemps, car je découvris à mon grand étonnement que le libellé était toujours celui-ci « frais pour travail extra légal »... La somme était alors réglée par le trésorier après émargement d'un reçu nominatif. Les pièces en cause étaient transmises avec la comptabilité mensuelle à la région aérienne. A part cela, les rapports avec l'administration ne posaient aucune difficulté.
J'avais cependant eu une alerte début juin. Jusqu'à l'incident qui nous avait opposé, les embauches du personnel tchadien se faisaient sur présentation de l'attaché de défense. Bien entendu, après les événements que j'ai relatés plus haut, nous recrutions désormais par nous-mêmes tous les employés locaux. Après que nous eûmes renvoyé deux employés indélicats qu'il nous avait précédemment adressés, je reçus une citation à comparaître devant un tribunal suite à licenciement abusif, citation nominative qui me parvint par porteur. Je pensai immédiatement, et j'en suis toujours convaincu, qu'il s'agissait là d'une manœuvre de notre attaché de défense qui voulait m'intimider afin que je vienne à résipiscence. J'aurais logiquement dû faire intervenir le Comelef mais j'estimais que je pouvais régler cette affaire moi-même sans provoquer un clash supplémentaire inutile. Je me contentai donc de rendre compte de la convocation en indiquant, sans faire part de soupçons que je ne pouvais étayer, que je demanderais un entretien au président de juridiction afin de régler cette affaire au mieux.

Néanmoins, me rappelant ce que La Fontaine disait des juges (« selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous feront blanc ou noir ») et n'ayant aucune confiance dans le système judiciaire local, je demandai au capitaine chef des commandos de l'air à être escorté afin d'assurer ma sécurité. Le jour dit, accompagné de deux commandos armés dans ma voiture et suivi par une jeep dans laquelle se trouvaient trois autres cocoy, je me rendis chez le juge à qui j'avais demandé audience.
Arrivé au secrétariat de juridiction je demandai à mes deux gardes du corps de m'attendre pendant mon entretien avec le juge. Le Sergent me dit alors fermement « Mon commandant, le capitaine nous a donné l'ordre de ne pas vous lâcher d'une semelle même si vous alliez pisser. Si vous entrez, on entre aussi ».
J'entrai donc, suivi de mes deux gardes qui restèrent debout derrière moi pendant tout notre entretien. Je justifiai leur présence par des consignes de sécurité draconiennes imposées par le commandement et priai le Président de juridiction un peu surpris d'excuser le déploiement de cet appareil guerrier.
Je rappelai la raison de ma demande d'entretien et l'informai, avec urbanité mais fermeté :

-que je n'agissais pas
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